A l’approche de l’Aïd al-Adha, une ambiance tendue règne encore sur les lieux de vente des moutons avec des prix jugés excessifs et qui n’ont guère tendance à baisser. Pourtant, la production ovine se porte bien avec des conditions climatiques favorables et un cheptel capable de satisfaire aux exigences d’un tel événement. Ce paradoxe a incité le Mufti de la République à intervenir, mais serait-ce suffisant pour tout remettre en ordre ?
À l’approche de l’Aïd al-Adha, la question du prix du mouton revient avec insistance dans les foyers tunisiens. Les niveaux atteints, entre 1.300 et 1.600 dinars pour un animal moyen, soit plus de 60 dinars le kilogramme de viande, suscitent chez le consommateur un sentiment de frustration et d’inquiétude dans un contexte marqué par la hausse généralisée des prix au moment où le pouvoir d’achat du citoyen bat de l’aile.
Selon les parties concernées par ce «jeu de prix», le phénomène, qui a tendance à se reproduire ces dernières années, renvoie à des pratiques et des dérives qui échappent, la plupart du temps, à la logique. On en cite, entre autres, la spéculation, les marges excessives des intermédiaires, l’approvisionnement insuffisant des marchés et même l’entente «parfaite» entre vendeurs pour afficher les mêmes prix.
Ces pratiques et réalités du marché ne sont pas dénuées de fondement et constituent la face apparente du problème, mais la seconde face, souvent oubliée, ne manque pas d’inquiéter à plus d’un titre. Car, au-delà des dysfonctionnements du marché, la formation du prix du mouton renvoie à des facteurs plus profonds liés au système de production lui-même, qui obéit à d’autres facteurs dont on parle peu.
Selon les experts du secteur, la hausse des coûts alimentaires, la dégradation des parcours, la faible productivité des troupeaux et les limites structurelles de l’élevage ovin expliquent en grande partie le niveau élevé des prix qui persiste à l’être, même lors des années pourtant favorables sur le plan climatique.
De simples visiteurs et peu d’acheteurs
Sur le terrain, il n’y a plus de régions affichant des prix plus ou moins modérés puisque ce mal semble envahir tous les marchés de vente, dans les grandes villes comme dans les petites et moyennes agglomérations rurales.
Certes, il est encore tôt pour se fixer objectivement sur les intentions des vendeurs, pour la plupart des intermédiaires qui font le tour des champs d’élevage, quelques mois avant l’Aïd, pour proposer aux éleveurs des prix qui leur garantissent un petit bénéfice sans avoir à fréquenter les marchés où à rester à la merci de l’offre et de la demande et d’une probable prise de conscience d’une large partie de citoyens qui finissent par se contenter d’acheter uniquement de la viande.
Ce qui est par contre certain, c’est que l’engouement pour l’achat du mouton de l’Aïd al-Adha est encore faible et risque de le demeurer. Un petit tour dans les marchés de vente de moutons montre que la plupart des visiteurs viennent uniquement pour sonder les prix et quitter les lieux avec quasiment la même certitude, celle que leur pouvoir d’achat ne peut pas supporter de sacrifier un montant qui peut être le double d’un salaire moyen, rien que pour rentrer avec un mouton qui n’en vaut pas le prix !
Les fausses illusions des points de vente directs
Face à cette réalité, les autorités compétentes tentent de mettre en place des points de vente directs du producteur au consommateur pour éliminer, au moins, la marge dont dispose généralement l’intermédiaire, mais cette option demeure peu efficace pour plusieurs raisons. Ces points de vente ne sont pas nombreux, n’assurent pas une offre consistante et se limitent à des calibres qui sont loin de satisfaire les clients.
Il faut également relever la «détermination» des intermédiaires qui tentent par tous les moyens de ne laisser à ces points de vente que des miettes avec une offre peu séduisante.
C’est dire qu’au niveau des ministères de l’Agriculture et du Commerce, on agit au ralenti et on ne fait pas assez pour faire réussir cette option de points de vente directs, au grand bonheur de ceux qui détiennent les rênes d’un marché qui fonctionne à leur guise.
Le Mufti parviendra-t-il à rééquilibrer le marché ?
C’est dans ce contexte confus et ambigu que Hichem Ben Mahmoud, le Mufti de la République, a choisi d’intervenir. Lors de ses déclarations à travers quelques médias, il a appelé à rassurer les Tunisiens ne disposant pas des moyens financiers nécessaires pour accomplir le rituel du sacrifice à l’occasion de l’Aïd. Il a tenu à rappeler que les finalités de la charia reposent sur la bienveillance, la miséricorde et la facilitation. Il a ainsi souligné que le sacrifice, malgré son importance, demeure conditionné par la capacité financière des fidèles. A ce propos, il a précisé que les personnes aux ressources limitées ne commettent aucun péché en s’abstenant d’accomplir ce rituel.
Cette déclaration intervient dans un contexte marqué par une hausse très discutable des prix des moutons, rendant leur acquisition difficile pour de nombreux citoyens. Elle ne manquera pas d’inciter beaucoup de citoyens à s’abstenir de fêter l’Aïd al-Adha avec un pouvoir d’achat aussi déplumé. Ainsi, les prix pourraient basculer vers une nette baisse lorsque l’offre sera supérieure à la demande.
Ce sera le 27 mai…
Rappelons, enfin, que les responsables de la Cité des sciences de Tunis viennent d’annoncer que l’Aïd al-Adha correspondra, d’un point de vue astronomique, au mercredi 27 mai 2026. Selon les calculs astronomiques, l’observation du croissant lunaire marquant l’entrée dans le mois de Dhou al-Hijja est attendue le samedi 16 mai 2026. Le dimanche 17 mai complètera ainsi le mois de Dhou al-Qi’da, tandis que le lundi 18 mai 2026 constituera le premier jour du mois de Dhou al-Hijja 1447 de l’Hégire. Sur cette base, le jour de Arafat, correspondant au 9 du mois, coïncidera avec le mardi 26 mai 2026. L’Aïd al-Adha, célébré le lendemain, aura donc lieu le mercredi 27 mai 2026.
Kamel ZAIEM
