Nul ne pourrait nier que la drogue est présente dans la société tunisienne et que même nos écoles sont touchées par ce phénomène. La présence de la drogue à l’intérieur et aux abords des écoles est une menace réelle pour les élèves et leurs familles, avec une recrudescence de la violence et de la consommation de drogue dans les établissements éducatifs. La consommation de drogue parmi les jeunes Tunisiens s’est multipliée par 5 ces dernières années, avec plus de 2.573 arrestations liées à la drogue et 220 kg de drogues saisies dernièrement.
En 2024, les forces de sécurité ont saisi 1.816 plaques de cannabis et des milliers de comprimés psychotropes destinés aux jeunes, notamment dans les milieux scolaires. Selon une enquête récente, 20% des élèves estiment qu’il est facile de consommer des stupéfiants et 16,2% affirment que l’accès au cannabis est abordable. Ces données montrent une augmentation préoccupante de la consommation et de la disponibilité de drogues dans les écoles tunisiennes, avec une facilité d’accès signalée par une part significative des élèves. Pourtant, les autorités renforcent les saisies et les interventions pour lutter contre ce phénomène. Cependant, il ne s’agit pas seulement d’intervenir après coup, mais d’empêcher l’installation durable des réseaux de drogue dans l’environnement scolaire.
Cannabis, cocaïne ou ce qu’on appelle couramment «zatla», sans compter les autres stupéfiants (tabac et alcool) circulent secrètement dans nos écoles… Depuis plusieurs années, ces produits stupéfiants ont fait leur entrée dans le milieu scolaire en Tunisie. Le deal se fait généralement au sein de l’établissement entre les élèves, au cours de la récréation, dans les toilettes ou pendant les heures creuses devant les lycées et les collèges, bravant tous les risques de se voir attrapés, mais aussi à travers des dealers étrangers au monde scolaire qui viennent souvent liquider leurs marchandises à ces élèves adolescents qui s’acheminent sans le savoir vers le chemin de la délinquance.
Un phénomène menaçant
En effet, le nombre des élèves consommateurs ne cesse d’augmenter et ils deviennent ainsi auteurs ou victimes d’actes de violence verbale ou physique, s’adonnant à des comportements périlleux au sein même de l’école ou dans les environs pouvant nuire à leur scolarité : absentéisme fréquent, trouble de la concentration pendant les cours, trouble de la mémoire, perte du sommeil, baisse du rendement scolaire, détérioration des relations avec les parents et les professeurs et les camarades de classe.
L’apparition des stupéfiants en milieu scolaire s’est exacerbée, surtout dans les dix dernières années durant lesquelles la situation socio-économique s’est détériorée et où certaines valeurs sociales se sont relâchées. Les sociologues tunisiens qui se sont penchés sur ce phénomène sont unanimes à dire que le recours à la drogue est devenu fréquent dans les écoles, ce qui témoigne d’un signe de souffrance et de mal-être chez les jeunes Tunisiens. De plus, l’avènement de l’internet et le développement des réseaux sociaux dont les élèves sont devenus des accros constituent une donnée nouvelle dans l’entrée de la drogue à l’école. Les élèves consommateurs de drogue, encore adolescents, ne connaissent pas vraiment l’ampleur du danger et sont vite séduits par les trafiquants qui rôdent autour de l’établissement scolaire et font fi des discours moralisateurs sur les dangers des stupéfiants que leurs enseignants ou leurs parents ne cessent de leur tenir.
Lutter contre cette calamité
Responsables scolaires, enseignants et parents d’élèves ne cessent de tirer la sonnette d’alarme autour de la consommation de la drogue en milieu scolaire. Etant conscient de l’ampleur de la situation et des menaces encourues par nos élèves, le ministère de tutelle œuvre en vain à lutter contre ce phénomène, toujours dans le cadre scolaire, afin de les prémunir contre les mauvais effets sur la santé physique et spirituelle de l’élève, en encourageant la création et le développement des activités culturelles, sportives et sociales pendant les heures creuses. La stratégie ministérielle repose essentiellement sur la prévention à travers l’implication des associations de parents, des responsables des établissements scolaires afin de sensibiliser les élèves sur le danger des drogues et des réseaux de trafic. Des mesures qui restent pourtant insuffisantes pour mettre un terme au trafic et à la consommation des stupéfiants à l‘école.
Or, la lutte contre ce phénomène ne peut être que l’apanage du gouvernement, à travers les forces de l’ordre. Il est vrai que, de temps en temps, les services de sécurité resserrent l’étau autour des dealers aux environs des écoles et que des arrestations ont eu lieu. De tels efforts sont louables, mais il paraît que cette tâche n’est pas permanente, ce qui offre davantage l’opportunité aux dealers de se propager partout dans le pays pour liquider leur marchandise sans être interceptés.
Dès lors, pour lutter contre ce phénomène, la mobilisation générale est souhaitable où tous les acteurs de la société doivent mettre la main à la pâte.
La famille, l’école et le gouvernement
Toutefois, le rôle de la famille reste primordial, quoique certains parents n’aient plus d’autorité sur leurs enfants, car une famille qui ne joue pas son rôle contribue à la déviation. Quant à l’administration scolaire, elle est appelée à être plus vigilante concernant les changements bizarres dans le comportement de certains élèves pour prendre les mesures nécessaires avant qu’il ne soit trop tard. A leur tour, les services de sécurité publique doivent être toujours présents et vigilants, devant et aux alentours des établissements scolaires pour intervenir au moment propice et arrêter les dealers. Quels que soient les obstacles à rencontrer, on ne doit pas baisser les bras car, selon les spécialistes en toxicomanie, fumer du cannabis ouvre la porte à la consommation d’autres drogues plus dangereuses dans les milieux scolaires.
Hechmi KHALLADI
