L’alerte maximale est de mise dans certains pays africains qui enregistrent un retour très menaçant du virus Ebola. En Tunisie, ce virus n’est jamais apparu, avant, mais face à la vague d’arrivées de milliers de Subsahariens à travers les frontières, notre pays demeure-t-il à l’abri ? Pour le moment, il n’y a pas de quoi s’alarmer, mais la vigilance est plus que nécessaire pour éloigner ce danger…
Les derniers rapports de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) sont alarmants. Elle vient d’annoncer que l’épidémie du virus Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda constitue une urgence de santé publique de portée internationale, après l’enregistrement de plus de 300 cas suspects et de 88 décès.
Selon les mêmes rapports, l’épidémie actuelle n’est pas encore classée comme une «pandémie mondiale», mais elle représente une «urgence de santé publique de portée internationale», soit le plus haut niveau d’alerte que l’OMS puisse déclarer avant d’atteindre le stade de pandémie mondiale.
Le directeur général de l’organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a expliqué dans une publication sur les réseaux sociaux il y a quelques jours, que la situation n’a pas encore atteint le niveau d’une pandémie, tout en avertissant du risque élevé de propagation de l’infection vers les pays voisins et de son extension à plus grande échelle.
L’organisation a également signalé un cas confirmé en laboratoire à Kinshasa, la capitale du Congo, située à environ 1.000 kilomètres (620 miles) du foyer de l’épidémie dans la province orientale de l’Ituri, ce qui indique une possible propagation plus large du virus. Des indices qui ne laissent pas indifférent et qui nécessitent une grande vigilance.
L’Ebola, c’est quoi ?
La maladie à virus Ebola, également appelée fièvre hémorragique Ebola ou fièvre d’Ebola, est la maladie provoquée par le virus Ebola, qui touche les primates et d’autres animaux tels que le porc. Le virus se transmet à l’homme à partir d’animaux sauvages et circule ensuite au sein des populations humaines par contact avec les fluides corporels de personnes présentant les symptômes de la maladie (à l’issue de la période d’incubation). Des chercheurs pensent que des chauves-souris frugivores de la famille des ptéropodes constituent le réservoir naturel du virus Ebola, bien que les porcs aient été également impliqués dans la transmission d’un virus de même type.
Il s’agit d’une fièvre hémorragique virale aiguë accompagnée d’une atteinte sévère de l’hémostase et du système immunitaire conduisant à une grave immunodépression. Présentant un tableau clinique identique à celui des affections à virus Marburg, la maladie à virus Ebola est réputée plus grave et le plus souvent mortelle chez l’homme, avec un taux de létalité atteignant parfois 90% lors des flambées épidémiques. Ces dernières surviennent principalement dans les villages isolés d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest, à proximité des forêts de feuillus humides tropicales et subtropicales. Aucun facteur de prédisposition à l’infection n’a été identifié ; toutefois, les personnes de 20 à 30 ans semblent particulièrement sensibles au virus.
La Tunisie n’est pas concernée, mais…
Pourquoi justement ce retour du virus peut inquiéter d’autres pays africains, notamment la Tunisie qui n’a jamais été concernée par cette pandémie auparavant ?
Interrogé à ce sujet, Dr Ahmed Fouad Rekik, qui est conscient de ce que le virus Ebola est en train de causer dans certains pays africains, demeure rassurant : «Non, la Tunisie n’est pas actuellement concernée par ce virus, les autorités sanitaires nationales et internationales ayant confirmé que le pays est totalement exempt de la maladie. Et bien que l’Organisation mondiale de la santé ait déclaré une urgence sanitaire dans certaines régions d’Afrique centrale, la situation épidémiologique en Tunisie reste sûre et stable pour les raisons suivantes :
*Absence de risque direct : la Tunisie n’a pas de liaisons aériennes directes avec les pays où les foyers récents ont été détectés.
*Vigilance sanitaire : les autorités continuent de renforcer les mesures de surveillance épidémiologique aux points frontaliers dans le cadre de plans d’urgence préventifs mis en place depuis plusieurs années.
Toutefois, avec l’arrivée massive de milliers de migrants subsahariens, dont certains viennent de pays directement concernés par l’Ebola (RDC, Guinée, Ouganda…), les autorités sanitaires se doivent d’être très vigilantes pour empêcher toute propagation de la maladie.
Parlant des caractéristiques de cette pandémie, notre interlocuteur met l’accent sur l’agressivité et le danger extrême de ce virus : «Le virus Ebola est une affection grave qui touche l’être humain et qui est souvent mortelle si elle n’est pas traitée. Le virus Ebola appartient au genre des Ebolavirus, de la famille des filovirus, qui comprend également les genres Cuevavirus et Marburgvirus. Il existe cinq espèces d’Ebola : Zaire, Bundibugyo, Soudan, Reston et Taï. Les premiers symptômes se manifestent par une apparition soudaine de fièvre, de fatigue, de douleurs musculaires, de maux de tête et de maux de gorge. Ils sont suivis de vomissements, de diarrhée, d’éruptions cutanées et de signes de dysfonctionnement rénal et hépatique. Dans certains cas, des hémorragies internes et externes peuvent survenir (par exemple saignements des gencives ou présence de sang dans les selles). Les résultats de laboratoire montrent souvent une diminution des globules blancs et des plaquettes, ainsi qu’une élévation des enzymes hépatiques».
La maladie à virus Ebola tue en moyenne la moitié des personnes infectées, bien que le taux de mortalité ait varié entre 25% et 90% lors des épidémies précédentes. Le virus est apparu pour la première fois en 1976 lors de deux épidémies simultanées, d’abord dans l’actuel Sud-Soudan, ensuite en République démocratique du Congo, près de la rivière Ebola, qui a donné son nom à la maladie.
Les anticorps monoclonaux redonnent de l’espoir
Alors que l’épidémie d’Ebola progresse rapidement dans l’Est de la République démocratique du Congo, il n’y a toujours ni traitements ni vaccin contre la souche Bundibugyo, responsable du virus en cours de propagation.
Le recours aux anticorps monoclonaux est présenté comme un espoir thérapeutique par les autorités congolaises, mais cette technique reste encore expérimentale pour ce qui concerne les différentes souches virales d’Ebola.
Les anticorps monoclonaux sont des protéines produites en laboratoire à partir d’un clone unique de cellules immunitaires, ce qui les rend toutes identiques. D’où le terme de monoclonal.
Ils sont conçus pour reconnaître une cible très spécifique, et peuvent agir comme des anticorps naturels en neutralisant des agents pathogènes. Ces anticorps sont utilisés pour traiter diverses maladies, notamment certains cancers et infections virales. Dans le cas d’Ebola, plusieurs anticorps monoclonaux ont démontré leur efficacité, en particulier contre la souche Zaïre.
Des recherches sont en cours pour développer des anticorps capables d’agir sur les autres souches du virus, comme Soudan ou Bundibugyo, mais ces approches restent encore expérimentales.
Kamel ZAIEM
