Par Slim BEN YOUSSEF
En ces jours de baccalauréat, la Tunisie retient son souffle devant ses enfants. Dans les salles d’examen, des milliers d’élèves affrontent la page, la peur, le trac, parfois les nuits blanches et les regards suspendus de la maison. Chaque copie porte une histoire. Et derrière chaque histoire, il y a souvent une voix. Celle d’un enseignant.
Il faut rendre à l’enseignant le respect dû aux porteurs de feu. Ces femmes et ces hommes tiennent encore une lampe dans le vent mauvais des années. Ils avancent avec des cartables lourds, des salles fatiguées, des craies patientes et cette obstination ancienne qui consiste à croire qu’un enfant peut toujours devenir plus vaste que son destin apparent. L’école commence là : dans cette confiance déposée sur un front inquiet.
L’enseignant façonne la seule matière qui vaille : l’esprit libre. Il transmet des leçons, bien sûr, des dates, des théorèmes, des textes, des langues. Mais il transmet aussi une manière d’entrer dans le monde, de questionner sans trembler, de lire entre les lignes et parfois entre les blessures. Un bon maître ouvre des cahiers et des horizons. Il corrige des fautes et des solitudes. Il apprend à chercher juste, à douter sans se perdre, à tomber sans se briser.
Car l’école véritable enseigne aussi l’échec. Elle enseigne l’essai, la rature, l’inachèvement. L’intelligence grandit souvent dans une marge froissée. Une erreur peut devenir un seuil. Une hésitation, une méthode. Le doute, quand il est accompagné, devient une noblesse intérieure. Voilà ce que l’enseignant porte en silence : cette lente éducation du courage.
Reste alors l’essentiel. Revaloriser l’Éducation commence par la reconnaissance pleine de celles et ceux qui lui donnent visage et voix. Cela exige des écoles entretenues, des formations solides, des écoles normales restaurées, des méthodes libérées, une autorité protégée par la confiance plutôt qu’usée par la défiance. Une nation qui fatigue ses enseignants appauvrit ses élèves. Quand les maîtres s’épuisent, l’avenir baisse les yeux.
Camus n’a jamais oublié Louis Germain. Dans la mémoire d’un homme devenu écrivain, un instituteur demeurait une source, une main, une lumière première. Chaque pays possède ses Louis Germain anonymes. Ils entrent en classe chaque matin, portent le monde à hauteur d’enfant et l’avenir à hauteur de maître.
