L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a annoncé, le 3 juin, que notre pays commence à produire un radiopharmaceutique, le 18F-PSMA, essentiel pour le traitement du cancer de la prostate.
Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), notre pays a franchi une étape majeure en médecine nucléaire avec la production nationale de 18F-PSMA, un médicament clé pour la détection, la stadification (processus utilisé en oncologie pour déterminer l’étendue anatomique d’un cancer) et la caractérisation précise du cancer de la prostate et son traitement.
Rappelons au passage, que le cancer de la prostate est l’un des cancers les plus fréquents au monde et la deuxième cause de mortalité par cancer chez les hommes dans notre pays.
D’après l’AIEA, le produit radiopharmaceutique a reçu l’approbation officielle de l’Agence Nationale du Médicament et des Produits de Santé (ANMPS), en ce début d’année. Suite à cette étape importante, les essais cliniques ont débuté en mars 2026 et devraient bénéficier à des centaines de patients à travers le pays.
Il est à noter que les techniques d’imagerie avancées sont essentielles au diagnostic et au traitement précis du cancer de la prostate, et les taux de survie sont considérablement améliorés par un dépistage précoce grâce à des techniques nucléaires telles que le TEP/TDM (examen d’imagerie permettant de découvrir des lésions tumorales, d’en faire le bilan d’extension et d’évaluer la réponse à un traitement), avec injection de produits radiopharmaceutiques.
Lors du TEP/TDM, le 18F-PSMA se lie à l’antigène membranaire spécifique de la prostate (PSMA), une protéine présente en grande quantité à la surface de la plupart des cellules cancéreuses de la prostate. Il renseigne sur l’étendue de la maladie et sert à sélectionner les patients susceptibles de bénéficier d’un traitement optimal, notamment la thérapie par radionucléides.
Le produit radiopharmaceutique a été fabriqué grâce à la collaboration de deux agences nationales, à savoir la Société Isotope Radioactif (SISORA), sise au Kram, et le Centre national des sciences et technologies nucléaires (CNSTN), au Pôle Technologique de Sidi Thabet, soutenues par un projet de coopération technique de l’AIEA visant à renforcer les capacités nationales tout au long de la chaîne de valeur de production.
Elimination de la dépendance
Selon un des directeurs au CNSTN, la production locale de 18F-PSMA élimine la dépendance aux radiopharmaceutiques importés, dont la disponibilité était auparavant limitée par des problèmes logistiques, améliorera la continuité des soins pour les patients et permettra à nos hôpitaux de fournir des services de diagnostic de niveau international.
Dans le cadre du projet de coopération technique -un projet de quatre ans-, l’AIEA a fourni une assistance pour la mise en place de protocoles de production de produits radiopharmaceutiques robustes et de systèmes d’assurance qualité. Elle a, également, soutenu la formation de plus de 20 professionnels, notamment des physiciens, des radiochimistes, des radiopharmaciens et des médecins nucléaires.
Le projet a également favorisé la création d’un réseau national de radiopharmacie reliant les instituts de recherche, les services de médecine nucléaire, le monde universitaire et les autorités réglementaires, notamment la Direction de la Pharmacie et du Médicament, afin de garantir la satisfaction des besoins cliniques.
Il est à rappeler qu’en décembre 2025, notre pays a lancé son premier certificat de formation complémentaire en sciences radiopharmaceutiques, soutenu par le projet de l’AIEA en collaboration avec l’Institut national français des sciences et technologies nucléaires.
Ce cours de six mois, dispensé en français, couvre l’ensemble des sciences radiopharmaceutiques : physique et instrumentation nucléaire, dosimétrie, radiobiologie, radiopathologie et radioprotection, méthodologies de production et de contrôle de la qualité, radiopharmacie industrielle et clinique, et recherche et innovations dans le domaine.
La première session a réuni 23 participants tunisiens, 10 participants algériens, burkinabè, congolais, marocains, mauritaniens et sénégalais, renforçant ainsi les capacités nationales et régionales dans ce domaine stratégique.
Zouhour HARBAOUI
