Le dossier des diplômés chômeurs, qui figure depuis plusieurs années parmi les principales préoccupations sociales en Tunisie, semble connaître une nouvelle évolution susceptible de relancer les espoirs de milliers de jeunes confrontés à un chômage de longue durée.
L’Union des diplômés chômeurs a annoncé, samedi 13 juin 2026, avoir reçu une proposition de rendez-vous avec la présidence de la République, quelques jours seulement après le mouvement de protestation organisé devant le palais du gouvernement à la Kasbah pour réclamer l’application de la loi n°18 de 2025 relative au recrutement exceptionnel des diplômés de l’enseignement supérieur sans emploi. Dans un communiqué publié à cette occasion, l’organisation a tenu à préciser que cette invitation ne saurait être interprétée comme une remise en question de sa revendication fondamentale, à savoir l’application intégrale de la loi entrée en vigueur le 23 décembre 2025 après sa publication au Journal officiel de la République tunisienne.
Chômage des diplômés, parmi les principaux défis sociaux
Pour les représentants des diplômés chômeurs, la rencontre proposée doit avant tout permettre d’examiner les modalités pratiques de mise en œuvre du texte législatif ainsi que le calendrier de son exécution effective. Ils insistent également sur la nécessité que cette réunion débouche sur des engagements précis, des mesures concrètes et un échéancier clairement défini afin de mettre fin à une attente qui dure depuis plusieurs mois. Cette évolution intervient dans un contexte où la question du chômage des diplômés constitue l’un des principaux défis sociaux auxquels les autorités tunisiennes sont confrontées. Malgré les réformes engagées ces dernières années et les différentes initiatives publiques destinées à favoriser l’insertion professionnelle, plusieurs milliers de diplômés continuent à attendre une opportunité leur permettant d’accéder à un emploi stable et conforme à leurs qualifications.
Principe d’équité et dignité humaine
Depuis son accession à la magistrature suprême, le Président de la République, Kaïs Saïed, a régulièrement évoqué la situation des diplômés de l’enseignement supérieur confrontés au chômage de longue durée. À plusieurs reprises, il a dénoncé ce qu’il considère comme une forme d’injustice sociale ayant privé une partie importante de la jeunesse tunisienne de son droit légitime au travail et à l’intégration économique. Pour le Chef de l’État, la question ne relève pas uniquement d’une problématique économique ou budgétaire, elle touche également aux principes d’équité, d’égalité des chances et de dignité humaine qui doivent, selon lui, guider l’action publique. C’est dans cette perspective qu’il a constamment appelé à la recherche de solutions concrètes capables de répondre aux attentes de cette catégorie sociale particulièrement touchée par la précarité. La loi n°18 de 2025 constitue justement l’une des traductions législatives de cette orientation. Adoptée afin d’apporter une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle, elle prévoit un mécanisme spécifique de recrutement dans les structures publiques au profit des diplômés de l’enseignement supérieur ayant subi de longues années de chômage.
Plateforme numérique pour l’enregistrement des candidatures
Le texte repose sur plusieurs critères destinés à garantir une certaine équité dans la sélection des bénéficiaires. Une plateforme numérique dédiée doit permettre l’enregistrement des candidatures et la constitution d’une base de données nationale. Les dossiers sont ensuite classés selon différents paramètres, notamment l’âge du candidat, l’ancienneté du diplôme, ainsi que la situation familiale.
La loi accorde notamment une priorité aux diplômés âgés de plus de quarante ans, ainsi qu’à ceux dont l’obtention du diplôme remonte à plus de dix ans. Elle prévoit également qu’un seul membre d’une même famille puisse bénéficier du dispositif, afin de permettre une répartition plus équilibrée des opportunités offertes. Par ailleurs, plusieurs conditions d’éligibilité ont été fixées afin de réserver ce recrutement exceptionnel aux personnes se trouvant réellement dans une situation de chômage durable. Les candidats doivent notamment être inscrits auprès des bureaux de l’emploi, ne pas avoir bénéficié auparavant de mécanismes de régularisation professionnelle, ne pas être affiliés de manière continue à un régime de sécurité sociale ou de retraite et ne pas disposer d’un identifiant fiscal actif durant l’année précédant leur inscription. Malgré l’entrée en vigueur du texte, les bénéficiaires potentiels attendent toujours le lancement effectif des opérations de recrutement. Cette situation explique la poursuite des mobilisations et des mouvements de protestation observés ces derniers mois dans plusieurs régions du pays.
Lever les obstacles administratifs et corriger les situations d’exclusion
Pour de nombreux observateurs, le défi ne réside plus aujourd’hui dans l’adoption de nouvelles dispositions législatives mais dans leur mise en œuvre concrète. Car la crédibilité de toute réforme sociale dépend avant tout de sa capacité à produire des résultats tangibles sur le terrain et à répondre aux attentes des citoyens concernés. Le dossier des diplômés chômeurs constitue à cet égard un véritable test pour les institutions publiques. Il met en jeu non seulement des considérations économiques et administratives, mais également la confiance des citoyens dans la capacité de l’État à honorer ses engagements et à traduire les textes législatifs en mesures effectives.La rencontre annoncée avec la Présidence de la République pourrait ainsi marquer une étape importante dans ce processus. Elle offre l’opportunité d’ouvrir un dialogue direct autour des modalités d’application de la loi et de lever les obstacles administratifs susceptibles d’en retarder davantage l’exécution. Au-delà des revendications immédiates, cette question s’inscrit dans une vision plus large de justice sociale et de réhabilitation du rôle de l’État comme garant des droits économiques et sociaux. Le recrutement exceptionnel des diplômés chômeurs apparaît ainsi comme l’un des instruments destinés à corriger des situations d’exclusion qui se sont accumulées au fil des années.
Egalité des chances et restauration des droits économiques
En définitive, les attentes demeurent fortes parmi les diplômés concernés. Ceux-ci espèrent désormais que la phase des annonces et des promesses cédera la place à celle de l’application effective. Car si la loi existe aujourd’hui sur le plan juridique, sa véritable portée ne pourra être appréciée qu’à travers sa mise en œuvre concrète.
C’est précisément dans cette perspective que s’inscrivent les orientations du Président Kaïs Saïed, qui a fait de la justice sociale, de l’égalité des chances et de la restauration des droits économiques des citoyens l’un des axes majeurs de son action. Dès lors, l’application de la loi n°18 de 2025 apparaît non seulement comme une exigence légale, mais également comme la traduction concrète des engagements pris en faveur des diplômés chômeurs et de leur droit à une insertion professionnelle digne et durable.
Ahmed NEMLAGHI
