La pollution des plages est devenue un phénomène récurrent. En dépit des mesures prises par les pouvoirs publics visant la protection de l’environnement, y compris les plages, le phénomène de la pollution persiste et certaines plages deviennent un véritable dépotoir pour les déchets, ordures et eaux usées qui défigurent l’image des plages autorisées à la baignade, accueillant chaque année un grand nombre d’estivants. C’est le cas de certaines plages de Kélibia qui sont de plus en plus menacées, surtout lorsque le début de la saison estivale approche où d’aucuns constatent amèrement que le sable doré est recouvert de déchets et de détritus. Ces plages de la côte septentrionale du Cap Bon sont polluées par les déversements des eaux usées. La baignade est donc rendue impossible dans des lieux pourtant destinés aux touristes. Qu’en est-il vraiment ?
Les plages de Kélibia, de Mansoura au Petit Paris en passant par l’Aïn Grinz sont les plus appréciées par les habitants, notamment grâce à leur beauté, leur propreté, mais aussi à l’ambiance qui y règne. En effet, tous les âges s’y côtoient pour une ambiance familiale et chaleureuse. Mais voilà que ces plages sont menacées par la pollution. Les eaux usées des oueds sont rejetées dans la mer en provenance d’un oued avoisinant, oued Lahjar, qui est déjà très pollué. De gros déchets se sont accumulés, créant de grosses taches aux odeurs nauséabondes. Habitants de la zone et amoureux de la plage ont manifesté leur indignation face à ce crime contre la nature.
Ces eaux dans lesquelles se baignent les habitants pourraient représenter un vrai danger pour la santé, plus précisément au niveau de l’Aïn Grinz, la nature étant dans son état le plus critique. Les citoyens dénoncent le déversement des eaux usées polluées directement près de la plage. Très dangereuses pour la santé, ces eaux usées empêchent les riverains de profiter de la corniche kélibienne. Pourtant, la sonnette d’alarme avait déjà été tirée par la société civile. Cette dernière dénonçait, sur base d’enquêtes sur le terrain, la pollution des eaux de cette région. «Nous avons découvert une véritable catastrophe écologique. Le constat que nous avons établi met en exergue le déversement des eaux usées dans des plages réputées être l’attraction pour de nombreux estivants, qui affluent des quatre coins du pays, et même de l’étranger», déclarait Hédi, un jeune cadre de Kélibia.
Un enjeu environnemental majeur
D’ailleurs un sit-in a été organisé par les habitants le week-end dernier visant à dénoncer l’état dégradant de la mer par l’oued Lahjar appelant les autorités locales et régionales, l’ONAS et l’APAL, à intervenir d’urgence. La saison estivale est d’ores et déjà commencée dans ce coin de villégiature, qui reste néanmoins autorisé à la baignade malgré le fait qu’il soit noyé dans la pollution. Ces eaux usées déversées dans la mer demeurent l’une des plus grandes catastrophes écologiques. En somme, cela constitue une véritable bombe à retardement. Ainsi, chaque année, la mer est à l’origine de plusieurs maladies à transmission hydrique, telles que les infections cutanées et les intoxications bactériologiques. Certains baigneurs à travers le littoral ont contracté la conjonctivite.
Le déversement des eaux usées en provenance de l’oued cause des ravages environnementaux à la mer. Des stations d’épuration des eaux usées sont prévues depuis des années mais ne sont toujours pas opérationnelles. La pollution des plages tunisiennes n’est plus un désagrément saisonnier, mais un enjeu environnemental majeur, aux répercussions durables. Si des mesures sérieuses ne sont pas prises rapidement, c’est tout un pan de notre patrimoine naturel, touristique et économique qui risque de disparaître. L’Agence nationale de protection de l’environnement (ANPE) ne manque pas de souligner les efforts engagés par les autorités publiques. Cependant, ces efforts demeurent insuffisants face à l’ampleur du phénomène, notamment sur les plages, où les déchets, les eaux usées et l’urbanisation incontrôlée continuent de nuire gravement à l’environnement et au tourisme. Il est donc urgent d’adopter des mesures concrètes, durables et coordonnées, aussi bien au niveau national que local. Cela implique une meilleure gouvernance du littoral, une mobilisation citoyenne et la mise en œuvre de politiques de prévention et de répression efficaces. Car préserver nos plages, c’est aussi préserver l’économie nationale, le cadre de vie des citoyens et l’image de la Tunisie à l’international.
Kamel BOUAOUINA
