La chanteuse Imen Chérif a excellé lors de l’ouverture du Festival international de Nabeul avec son projet artistique « Kharouba », spectacle coloré qui a réuni des jeunes musiciens ,percussionnistes et chorégraphes . A 22h15, la scène s’allume avec l’hymne national , les musiciens se mettent en place, puis le chœur et les chanteurs regagnent leur place.. Le spectacle grandiose, à la fois spirituel, sonore, visuel et festif, réunit plusieurs artistes entre musiciens, danseurs et chanteurs qui ont interprété, quasiment à la perfection, une nouvelle lecture des traditions et pratiques rituelles et musicales, inspirées notamment du répertoire tunisien. La bal est ouvert avec le maestro Noomane Chaari .
Le public adhère vite . Imen Chérif fait montre de maîtrise et met en avant ses capacités vocales, avec « Mahich Tatriza Fi Rouba » en chantant Djerba et en excellant dans l’interprétation de « Kelia – Yurid ». « Charaa l Bab » « Ya Salem Jadi ya Hemam » .Elle plongeait le public dans un moment de transe. Dotée de savoir-faire et de créativité, elle a donné libre cours à sa musicalité avec la complicité des musiciens Le public réagit,chante, danse, gesticule, frétille, crie, bref la joie est partout, elle se manifeste sur les visages et les sauts répétés et les cris d’encouragement. Soufis, Stambeli, Hadhra, Nouba, Mezwed, Bangua, urban dance ,Rboukh…des styles musicaux de la chanson populaire tunisienne qui ont séduit l’assistance.La mise en scène et la scénographie de Lamjed Guiga ont été largement orientée vers la théâtralisation de la notion de la Hadhra en tant que rituel collectif qui trouve ses origines dans le patrimoine soufi.
Cette notion novatrice ne manque pas de plaire à un public nombreux.offrant au grand public cosmopolite un patrimoine réinventé, où l’empreinte du passé se réaffirme avec la fougue du présent.Là où les percussions traditionnelles comme le “tbal” et le “bendir” battaient comme un chœur ancestral, la guitare, la batterie et l’orgue venaient tisser une trame nouvelle, dans une parfaite alchimie musicale. Pendant près de deux heures, chants, musiques et tableaux chorégraphiques se sont enchaînés dans une harmonie saisissante, transportant tout le théâtre dans un vertige d’émotions et de sensations.
Dans l’air flottait l’odeur entêtante de l’encens, mêlée aux cris de joie, aux claquements de mains et aux youyous fusant de partout, transformant le théâtre en un sanctuaire où le sacré et l’art se confondaient en parfaite harmonie. Au cœur de cette fresque musicale, Imen changeait souvent de répertoire, se jouait des rythmes, refusait la monotonie. Elle s’amuse sur scène en chantant de nouvelles œuvres de son répertoire, complétant ainsi une succession de tableaux musicaux, tous plus riches les uns que les autres. Dans un mélange de styles, l’arrangement musical de Noomane Chaari a bien servi l’authenticité des rythmes et les mélodies aux modes du terroir dont « Ya Harab » « Ya Sidi Achour » « Baba Echérif » « Chlounga » « El Borni », une nouvelle vision à la fois artistique et culturelle.Ses paroles , puisent dans un ancien vocabulaire utilisé par les générations précédentes. Imen affirme avoir voulu « ressusciter des mots oubliés et sortir de la mémoire populaire des expressions d’une autre époque .Le spectacle ne repose pas uniquement sur le personnage de « El Borni », mais intègre également celui de « Aïchoucha », deux figures qui reflètent différentes facettes de sa personnalité artistique et humaine.
Par sa musique, sa lumière, le son, la voix, ce spectacle « Kharouba » parvient à conquérir son public passionné. Imen Chérif et son équipe sont parvenus à relever le défi amplement le temps d’une soirée en couleurs et en musique . Une communion s’est installée entre la scène et les gradins. La fusion entre instruments orientaux et occidentaux offre des sonorités modernes un peu rock, un peu jazzy et un peu oriental . La danse est présente avec force. Stambali, schlounga, banga et Bousaadia ont également habité cette performance musicale sans oublier l’urban dance avec ces jeunes qui ont fait bouger la scène du théâtre de Nabeul..Des chorégraphies inspirées des transes, des danses procurent des tonalités nouvelles et agréables. Et quand on a un bel espace en plein air comme le théâtre de Nabeul et qu’on y rajoute un public impliqué corps et âme dans l’acte artistique, on obtient une soirée magique avec Imen Chérif.
Kamel Bouaouina
Photos Berrzagua










