Le tabagisme tue près de 8 millions de personnes dans le monde chaque année, et la Tunisie n’est pas épargnée par cette catastrophe mondiale. 48% des Tunisiens fument, un chiffre alarmant qui explique pourquoi le tabagisme est responsable d’un décès sur cinq. Le bilan est encore plus lourd pour certaines maladies spécifiques. 90% des décès par cancer du poumon et 10% des décès dus aux maladies respiratoires sont attribuables au tabac. Chaque année, la consommation de tabac est responsable du décès prématuré de plus de 13.200 Tunisiens. Plus d’un décès sur 6 résulte de l’exposition à la fumée secondaire. Selon la représentante de l’OMS, l’âge d’initiation est particulièrement alarmant, certains enfants commençant dès l’âge de sept ans. Près de 12% des jeunes adolescents âgés de 13 à 15 ans consomment régulièrement des produits du tabac. Parmi les 15-17 ans, cette prévalence est de 14%. Si les garçons demeurent plus nombreux à en consommer, la consommation a tendance à augmenter chez les jeunes filles. Bien que n’ayant pas connu d’augmentation significative avec 49,4% en 2018 contre 49,8% en 2023, la consommation tabagique chez les hommes reste encore très élevée. La situation reste sensiblement la même qu’en 2018 du côté des femmes, avec une prévalence de 1,7% en 2018 contre 1,9% en 2023. Par ailleurs, selon Hatem Bouzaïène, docteur et président de l’Alliance tunisienne contre le tabac, en 2023, la Tunisie a également été confrontée à une forte progression de l’utilisation des cigarettes électroniques parmi les jeunes. Selon lui, plus de 17% des mineurs en utiliseraient, alors que cette dernière est supposée être chère et inaccessible pour cette tranche d’âge.
Quel coût pour la société ?
Le tabagisme accroît le risque de diverses maladies et problèmes de santé, y compris les cancers pulmonaire, vésical, colorectal, œsophagien, rénal, du larynx, de la bouche, de la gorge et d’autres cancers, les infections respiratoires, le diabète et les maladies coronariennes. Le taux de risque augmente proportionnellement au nombre de paquets de cigarettes fumés et à l’accumulation des effets toxiques sur les petits vaisseaux sanguins, ce qui contribue à la perte des cheveux, à l’apparition des rides et au risque de dysfonction érectile, alors que tabagisme actif chez les enfants et les adolescents entraîne de graves risques pour leur santé respiratoire.
Hatem Bouzaïene a souligné que 90% des cas de cancer du poumon sont principalement causés par le tabac. Les enfants qui fument sont deux à six fois plus susceptibles de tousser, d’expectorer, de présenter une respiration sifflante et d’être davantage essoufflés que les non-fumeurs. Les enfants sont principalement exposés au tabagisme passif à leur domicile du fait du tabagisme parental. Chez le tout jeune bébé, le syndrome de mort subite est plus fréquent lorsqu’un parent fume au domicile. La prise en charge des patients malades à cause du tabac coûte cher par an en hospitalisations, en soins et en médicaments. Et quand on parle cigarette, on pense tout de suite au cancer du poumon. Le cancer du poumon est une maladie très agressive à laquelle la plupart des patients ne survivent que quelques mois. Les dépenses de santé sont limitées dans le temps. Le coût le plus important concerne toutes les maladies «chroniques» liées au tabac comme certaines maladies cardiovasculaires, par exemple l’hypertension ou les maladies respiratoires, au premier rang desquelles la BPCO (broncho-pneumopathie chronique obstructive) qui entraîne une obstruction progressive des voies respiratoires et qui oblige parfois les patients à vivre pendant des années avec une assistance en oxygène.
Hatem Bouzaïene a indiqué que le coût du traitement d’un patient atteint du cancer du poumon varie entre 250 et 300 mille dinars par an. Ce chiffre met en évidence le coût élevé du traitement pour l’individu et pour le système de santé national, qui dépense environ 2 milliards de dinars par an, soit l’équivalent de 1,8% du PIB. Pour endiguer cette épidémie tabagique qui persiste en Tunisie, l‘Institut Salah Azaïez de Tunis lancera des consultations d’aide à l’arrêt du tabac à partir du mardi 25 août, destinées aux patients et au personnel. Cette initiative vise à apporter un soutien médical et professionnel aux personnes souhaitant arrêter de fumer. L’institut, établissement de santé spécialisé dans le traitement du cancer, a indiqué sur sa page Facebook que les rendez-vous peuvent être pris durant la semaine. Les consultations seront assurées tous les mardis par une équipe médicale spécialisée du département de médecine préventive et communautaire.
Kamel BOUAOUINA
