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Accueil » Risques d’inondations : une menace nommée Medicane
SOCIETE vendredi, 25 septembre, 2026,09:206 Mins Read

Risques d’inondations : une menace nommée Medicane

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La canicule semble avoir laissé la place aux orages et aux intempéries. Après un été de records thermiques sur terre comme en mer, les spécialistes de climatologie et de météo n’arrêtent pas de nous mettre en garde contre des phénomènes climatiques encore plus aigus. Du coup, la crainte de pluies diluviennes et même d’un cyclone méditerranéen devient d’actualité, ce qui veut dire que les Tunisiens doivent être sur leurs gardes pendant les prochains mois…

C’est que les données actuelles et disponibles incitent à tout prévoir et à s’attendre à de nouveaux cycles d’intempéries. Au cours de ces derniers mois de chaleur, la Méditerranée reste anormalement chaude. D’après ces mêmes spécialistes, la canicule marine en cette première moitié du mois de septembre touche pratiquement tout le bassin et son intensité augmente dans plusieurs zones.

Or, une mer chaude augmente le potentiel de pluies et fournit davantage d’humidité et d’énergie à l’atmosphère lorsqu’une configuration météorologique favorable se met en place. Elle ne permet pas, en plus, de prévoir un medicane car la température de la mer ne détermine ni la formation d’un tel système, ni sa date, ni sa trajectoire.

Là, il faut rappeler que la Tunisie a déjà connu des épisodes extrêmes sans medicane : en septembre 2018, le Cap Bon avait reçu plus de 200 mm de pluie en quelques heures dans plusieurs régions.

Le niveau des dégâts dépend aussi de la vulnérabilité locale : état des oueds, réseaux d’évacuation, ouvrages hydrauliques, urbanisation et préparation des secours peuvent faire une différence majeure, d’où la nécessité de mettre en place une infrastructure pratique et solide pour limiter au maximum les dégâts.

 

A présent, c’est la canicule marine qui fait peur

Le point de départ n’est pas une hypothèse mais une mesure. Des conditions de canicule marine ont affecté la Méditerranée occidentale et une partie de l’Atlantique nord-est durant tout l’été 2026, et les températures de surface anormalement élevées restaient largement répandues au 13 août 2026, avec des anomalies atteignant environ 6 °C au-dessus de la moyenne dans le golfe du Lion, au large du Sud de la France.

Le détail qui concerne directement la Tunisie se trouve dans les bulletins météo qui se sont succédé au mois d’août dans la région du bassin méditerranéen. La canicule marine affectant l’ensemble du bassin méditerranéen continuait de reculer en superficie mais s’intensifiait au sud de la Sicile, avec des catégories presque exclusivement «fortes», alors qu’elle avait pratiquement disparu à l’est à partir de la pointe sud de la Grèce et que les épisodes au large du Sud de la France et près de Gibraltar s’étaient presque effacés. Autrement dit, au moment où l’anomalie se résorbait ailleurs, elle se concentrait dans le canal de Sicile, c’est-à-dire aux portes des eaux tunisiennes.

Ce phénomène s’inscrit dans un contexte global. Les océans ont atteint le 22 août leur température quotidienne la plus élevée jamais enregistrée, à 21,1 °C. C’est  d’autant plus frappant qu’il survient à une période où les températures océaniques ne culminent normalement pas, le pic global intervenant habituellement en mars et avril, après l’été de l’hémisphère sud. La Méditerranée est l’une des régions du globe qui se réchauffent le plus vite, à un rythme supérieur d’environ 20% à la moyenne mondiale.

 

C’est la mer chaude qui «fabrique» une inondation

Le mécanisme est bien décrit. Une masse d’air froid en altitude se détache du flux d’ouest et s’isole. C’est ce que les Espagnols appellent une DANA, une dépression isolée en altitude, cousine de l’épisode méditerranéen.

Le contraste thermique entre cet air froid et une mer très chaude crée une instabilité verticale considérable ; un flux de basses couches, souvent de secteur est ou sud-est, canalise l’air marin gorgé d’humidité vers les côtes, et le relief force l’ascendance, de sorte que les cumulonimbus se régénèrent au même endroit pendant des heures, produisant des cumuls extrêmes sur des surfaces réduites. C’est cette quasi-stationnarité, davantage que l’intensité instantanée, qui transforme un orage en catastrophe hydrologique.

La chaleur de la mer intervient à deux endroits de cette chaîne : elle augmente la quantité de vapeur d’eau disponible et elle accroît le contraste thermique avec l’air froid d’altitude. Elle ne déclenche rien à elle seule.

 

Le medicane, cas extrême souvent mal compris

Le terme circule beaucoup depuis cet été. Selon ces mêmes experts à l’INM, le medicane, contraction de «Mediterranean hurricane», n’est pas un ouragan tropical classique, mais il peut évoluer vers un système très dangereux, avec un centre chaud, une structure organisée, des vents violents et des pluies orageuses intenses capables de provoquer des inondations rapides.

Parmi les systèmes méditerranéens les plus marquants de ces dernières années figurent Zorbas en 2018, Ianos en 2020 et la tempête Daniel en 2023, dont l’évolution en Méditerranée s’est accompagnée de précipitations extrêmes. Daniel, après avoir touché la Grèce, a atteint la Libye, où il a provoqué une catastrophe majeure après la rupture des barrages de Derna.

Toutefois, la Tunisie n’a pas besoin d’un medicane pour connaître une catastrophe hydrologique. L’épisode du 22 septembre 2018 au Cap Bon le montre parfaitement lorsque le niveau des précipitations a atteint 200 mm sur Nabeul et jusqu’à 225 mm en quelques heures à Beni Khalled, selon l’Institut national de la météorologie, qui a précisé qu’il s’agissait des plus importantes précipitations sur une période aussi courte depuis le début des statistiques, en septembre 1995.

Selon l’institut national de la météorologie (INM), il est impossible de confirmer scientifiquement aujourd’hui la formation d’un medicane durant l’automne 2026. En revanche, les conditions énergétiques nécessaires sont présentes, le déclenchement dépendant de l’évolution de l’atmosphère au cours des prochaines semaines et des prochains mois.

Toutefois, trois indicateurs accessibles au public doivent être surveillés dans les semaines à venir : les bulletins de canicule marine du service Copernicus, qui indiquent où l’anomalie persiste et à quelle intensité, les alertes de l’INM, seules pertinentes à l’échelle de quelques jours et l’état d’avancement des travaux d’entretien des réseaux d’évacuation dans les gouvernorats côtiers.

Kamel ZAIEM

 

 

 

canicule inondations

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