Réunies en assemblée générale d’urgence le 24 septembre au siège de l’Union tunisienne de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat UTICA (patronat), les cliniques privées ont lancé un cri de détresse face à une crise financière qui « menace plusieurs établissements de fermeture ».
Les établissements privés de santé ont fait état, d’un non-versement par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) de leurs honoraires depuis huit mois consécutifs. Alors que les prestations liées à la CNAM représentent entre 30 % et 70 % du chiffre d’affaires des cliniques selon les régions, ce blocage financier prive les établissements des liquidités nécessaires pour rémunérer leur personnel et honorer leurs engagements envers les fournisseurs. Les dirigeants du secteur dénoncent une situation « insupportable », aggravée par l’accumulation d’impayés historiques dus par l’État libyen depuis 2016, indique la Chambre nationale des cliniques privées, lundi, dans un communiqué.
Elle évoque aussi un bras de fer avec la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS). La CNSS exige désormais des cliniques qu’elles s’acquittent des cotisations sociales des médecins libéraux (notamment radiologues et anesthesistes) opérant dans leurs locaux. Une requalification en salariés jugée « sans aucun fondement légal » par la Chambre syndicale des cliniques privées, appuyée par le ministère de la Santé et l’Ordre des médecins, qui rappellent que ces praticiens exercent en leur nom propre, sous leur propre responsabilité et perçoivent leurs honoraires directement auprès des patients.
Bien que des discussions entre le patronat, le ministère des Affaires sociales et la CNSS aient débouché sur des engagements verbaux pour suspendre les poursuites, aucune note circulaire officielle n’a encore été publiée pour sceller cet accord et stopper les contentieux juridiques, affirme la même source.
La Chambre nationale des cliniques privées appelle, ainsi, les plus hautes autorités de l’État à intervenir d’urgence. Elle réclame surtout la fixation immédiate d’un calendrier de paiement clair pour le remboursement des créances accumulées par la CNAM, l’émission formelle d’une note commune par la CNSS exonérant explicitement les cliniques des cotisations des médecins indépendants, une médiation diplomatique et financière auprès des autorités libyennes afin d’épurer les dettes cumulées depuis 2016.
Malgré cette conjoncture étouffante, les cliniques affirment continuer d’assurer la prise en charge des assurés sociaux, tout en prévenant qu’elles ne pourront plus maintenir leurs activités à court terme sans mesures de sauvegarde immédiates.
Le secteur sanitaire privé tunisien compte environ 112 cliniques disposant de plus de 7 100 lits et concentre près des deux tiers des équipements médicaux lourds du pays. Vecteur majeur du tourisme médical et de l’attraction de patients étrangers, la santé globale représente entre 6 % et 7 % du produit intérieur brut (PIB), selon le Rapport annuel de l’INS, sur les indicateurs d’infrastructure 2023.
