Une fin houleuse d’un match des catégories des jeunes, ce n’est plus un fait rare dans nos murs où les petits ont été, depuis longtemps, contaminés par cette terrible épidémie propre aux seniors, dénommée «obsession des résultats immédiats». Mais, qu’on brûle toutes les lignes rouges de la tolérance avec les gosses, voilà qui fâche, qui inquiète vraiment. C’est là, hélas, le constat amer qui résume parfaitement la fin de la rencontre ayant opposé, avant-hier dimanche à Sayada, l’équipe locale à celle de l’Espérance Sportive de Tunis dans le cadre du championnat Elite des minimes. La triste illustration nous est venue des vidéos qui avaient aussitôt envahi la Toile. Regrettables, condamnables, douloureux, les qualificatifs ne suffisent peut-être pas pour atténuer l’ampleur du chagrin de tous ceux qui aiment le handball, particulièrement tous ceux parmi les parents qui encouragent leurs enfants à la pratique du sport. Plus qu’une simple altercation entre joueurs qu’on pouvait passer sous silence, nous eûmes droit à une bataille rangée qui a tourné au drame, avec l’implication d’une poignée de spectateurs qui n’ont pas hésité, l’absence du service d’ordre aidant, à se ruer sur le parquet pour prêter main forte aux agresseurs. Une expédition punitive qui a failli coûter leur vie à certaines victimes dans les rangs de l’équipe visiteuse. Et c’est seulement après quelques minutes d’émeutes que la police est accourue sur les lieux pour arrêter des hostilités des plus violentes. Incroyable, mais, hélas, vrai !
Guerre des communiqués
Dans la soirée, place à la coutumière guerre des communiqués. Commençons par celui du comité directeur de l’Union Sportive de Sayada qui a condamné vigoureusement ces incidents qu’il a imputés à «un joueur de l’équipe visiteuse auteur d’un geste impoli à l’adresse du public local», tout en regrettant «ce qui s’est passé ensuite et qui est étranger à nos traditions d’hospitalité et de convivialité avec tous les clubs du pays».
Depuis Tunis, le comité directeur de l’Espérance Sportive de Tunis n’a pas tardé à réagir à son tour. Dans un communiqué au ton coléreux, il a énergiquement stigmatisé ces incidents et promis de «tout faire pour défendre les droits de nos jeunes joueurs, quitte à intenter un procès contre les agitateurs».
En attendant les développements de cette affaire sur laquelle la Fédération Tunisienne de Handball (FTHB) va statuer cette semaine, des questions urgentes sont absolument à poser : pourquoi les responsables des deux clubs ont accepté de disputer le match en l’absence du service d’ordre ? Pourquoi est-on intervenu si tardivement pour maîtriser l’incident ? Est-il vrai qu’il y a eu sept joueurs grièvement blessés dans les rangs des visiteurs, comme le prétendent des posts sur Facebook émanant de certains parents des victimes ? Faut-il se résoudre à durcir encore les peines pour espérer dissuader les fauteurs de troubles ? Combien de fois faudra-t-il dire et redire, dénoncer et re-dénoncer pour que quelqu’un agisse enfin, en prenant le taureau par les cornes ? A-t-on oublié qu’à force de banaliser une crise, on finit par devenir l’alibi de cette banalisation ?
Mohsen ZRIBI
