Par Slim BEN YOUSSEF
Le monde marche sur des charnières rouillées : le pacte répété se mue en rite, puis en mensonge. Forgé par un cartel d’hégémonies, l’ancien système s’essouffle. La scène internationale grince : règles obsolètes, institutions figées, pactes frelatés, diplomaties brouillées.
Le Sud global – auquel nous appartenons – parle, rêve, trace, imagine. Il compose sa propre grammaire. Modernité, développement, prospérité : biens d’un avenir partagé, sans frontière ni privilège. L’universalité nouvelle s’écrit autrement : pluralité des voix, dignité des peuples, équité des échanges.
La Tunisie l’affirme à sa manière : petite sur la carte, vaste dans sa voix. Elle récuse la politesse diplomatique, refuse la communion forcée, choisit la dissonance, assume la multipolarité. Nommer l’impasse, c’est déjà entrouvrir la porte de la réforme.
Car le système mondial se répète au lieu de se réformer. Il prolonge la dette et blesse les peuples, brandit la durabilité et ruine l’équité. Développement durable : oxymore planétaire dès qu’il oublie la justice. Sans elle, il se retourne contre ceux qu’il dit servir.
Refonder la gouvernance, c’est d’abord briser le sortilège financier : cette foi sans transcendance qui sacrifie nations et générations sur l’autel des agences de notation. C’est ensuite désarmer l’hypocrisie humanitaire, ce rituel qui travestit la domination en coopération. Enfin, replacer l’homme au centre – et lui rendre sa dignité.
Effacer les dettes iniques, rapatrier les fonds volés, soutenir les transitions vitales : voilà l’amorce. Quatre urgences se dressent : climat, numérique, souveraineté, dignité. Définir l’oublié, redistribuer l’accaparé, réparer le brisé, anticiper l’imminent.
Mais aucune architecture ne tiendra tant que la Palestine demeurera une plaie vive, que Gaza saignera au cœur du monde. Elle rappelle que l’ordre global prospère des fractures qu’il feint de panser. Tragédie pour les uns, rente pour les autres.
Un pacte est tantôt confort, tantôt servitude, tantôt horizon, tantôt piège. Réformer la gouvernance mondiale, c’est distinguer celui qui libère. Le Sud n’attend pas qu’on lui cède un siège : il érige déjà ses fondations.
