Les dernières précipitations enregistrées dans plusieurs régions du pays ont relancé le débat sur leur impact réel sur le secteur agricole tunisien. Après une période marquée par un stress hydrique persistant, ces pluies étaient attendues avec espoir par de nombreux agriculteurs. Toutefois, leur intensité, accompagnée de vents violents, a provoqué des dégâts ponctuels dans certaines zones, soulevant des inquiétudes quant aux pertes subies par les exploitations les plus exposées.
Si l’apport en eau reste globalement bénéfique pour les sols, les cultures et les ressources hydriques du pays, les épisodes climatiques extrêmes rappellent la fragilité de l’agriculture face aux aléas naturels. Le bilan des intempéries met ainsi en évidence une situation contrastée, oscillant entre soulagement pour la saison agricole et difficultés concrètes pour certains producteurs.
Intervenant sur cette situation, Midani Dhaoui, président du Syndicat des agriculteurs, a expliqué que les dégâts constatés dépendent de plusieurs facteurs, notamment la force des intempéries, la nature des sols et la localisation géographique des exploitations. Certaines régions ont été relativement épargnées, tandis que d’autres ont enregistré des pertes significatives.
Les exploitations agricoles situées à proximité des oueds figurent parmi les plus touchées. Les crues soudaines ont provoqué des inondations qui ont endommagé les terres cultivées, emporté des plantations et fragilisé des infrastructures agricoles. Dans plusieurs cas, des arbres ont été déracinés sous l’effet conjugué de la saturation des sols et des vents forts, affectant particulièrement les cultures arboricoles.
Les cultures maraîchères et fruitières ont également subi des pertes notables. Certaines productions, sensibles à l’excès d’eau et aux variations brutales des conditions climatiques, ont été partiellement détruites, compromettant les rendements attendus. Le secteur de l’élevage n’a pas été épargné non plus, avec la perte de plusieurs têtes de bétail dans certaines zones, conséquence directe des inondations et des conditions météorologiques extrêmes.
La question de l’indemnisation au cœur des préoccupations agricoles
Face à ces dommages, la question de la prise en charge des agriculteurs sinistrés s’impose comme un enjeu central. À ce titre, Midani Dhaoui a appelé le Fonds des catastrophes naturelles à assumer pleinement sa mission. Il a rappelé que les agriculteurs contribuent régulièrement à ce fonds et que l’indemnisation en cas de catastrophe ne relève pas d’un geste exceptionnel, mais d’un droit légitime. Selon le président du syndicat, un retard ou une insuffisance dans l’indemnisation risquerait d’aggraver la situation financière de nombreux exploitants déjà fragilisés par la hausse des coûts de production, les fluctuations des prix et les effets cumulatifs du changement climatique. Une intervention rapide permettrait non seulement de compenser les pertes immédiates, mais aussi de préserver la continuité de l’activité agricole et d’éviter un désengagement progressif de certains producteurs.
Il a également souligné l’importance d’une évaluation rigoureuse et transparente des dégâts afin d’assurer une répartition équitable des indemnisations, en tenant compte de la réalité du terrain et des pertes effectivement subies.
Des pluies bénéfiques à long terme malgré les dégâts ponctuels
Malgré les dommages enregistrés, le responsable syndical a tenu à adopter une approche mesurée, rappelant que ces pluies ne doivent pas être perçues uniquement sous un angle négatif. Sur le plan global, les précipitations récentes demeurent favorables à l’agriculture tunisienne, notamment en contribuant à la recharge des nappes phréatiques et à l’amélioration de l’humidité des sols. Il a insisté sur le fait que les phénomènes climatiques extrêmes font partie intégrante de l’activité agricole, un secteur historiquement exposé aux aléas naturels. L’enjeu principal réside donc dans la capacité d’anticipation, de prévention et d’adaptation, plutôt que dans une perception systématiquement alarmiste de ces événements.
Vers une mobilisation collective pour sécuriser la saison agricole
En conclusion, Midani Dhaoui a appelé à une mobilisation concertée de l’ensemble des acteurs concernés : autorités publiques, institutions spécialisées et agriculteurs, afin de limiter l’impact des intempéries futures. Il a souligné la nécessité de renforcer les mécanismes de prévention, d’améliorer la gestion des risques climatiques et d’assurer un accompagnement effectif des exploitants agricoles.
Dans un contexte marqué par le changement climatique et la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, la sécurisation de la saison agricole passe par une approche globale, combinant soutien financier, planification stratégique et adaptation des pratiques agricoles. Les récentes pluies, malgré leurs conséquences localisées, rappellent ainsi l’importance d’une gouvernance agricole proactive et solidaire, capable de transformer les défis climatiques en opportunités de résilience pour le secteur.
Leila SELMI
