La création d’un Conseil supérieur de l’éducation a été déjà discutée lors de plusieurs réunions ministérielles, la dernière en date fut celle tenue par le chef du gouvernement, Kamel Maddouri, le 17 août 2024, pour achever l’examen des dispositions restantes d’un projet de loi portant création du Conseil supérieur de l’éducation, stipulé à l’article 135 de la Constitution de la République tunisienne.
Le Conseil supérieur de l’éducation vise à établir un cadre consultatif pour la coordination entre les différents systèmes éducatifs. Il joue ainsi un rôle crucial dans l’amélioration de la qualité de l’éducation. Pour rappel, le président de la République avait souligné, à l’occasion de la célébration de la Journée du Savoir, que l’élaboration du projet de loi relatif au Conseil supérieur de l’éducation avance à un rythme soutenu, précisant que ce projet s’inscrit dans le cadre d’une réforme globale du système de l’éducation en Tunisie. Cependant, certains pensent qu’il faudrait faire participer tous les acteurs concernés par le domaine de l’éducation et toutes les forces actives de la société civile.
Pourquoi doit-on se doter d’un Conseil supérieur de l’éducation ? L’absence d’un tel conseil en Tunisie a fait que toutes les réformes éducatives faites jusqu’à ce jour n’étaient pas suffisamment efficaces, menant à un système éducatif devenu vétuste et peu conforme aux nouveaux systèmes éducatifs adoptés dans le monde.
Fonctions et objectifs du Conseil
Il va sans dire que le Conseil supérieur de l’éducation a plusieurs fonctions, dans la mesure où il fournit des recommandations sur les politiques éducatives, les projets de loi et les réformes proposées dans le secteur de l’éducation. De même, il facilite la collaboration entre les différentes institutions éducatives (écoles, universités, organismes de formation) et les acteurs du secteur, afin de garantir une cohérence dans les pratiques et les normes éducatives. Il peut également analyser et évaluer les systèmes éducatifs, les programmes d’enseignement et les résultats scolaires pour identifier les domaines à améliorer. Comme autres fonctions, il peut encourager et soutenir les initiatives innovantes en matière d’enseignement et de formation afin d’adapter les systèmes éducatifs aux évolutions sociétales et technologiques. Il stimule la recherche sur les questions éducatives et fournit des données pertinentes pour éclairer les décisions politiques. Enfin, il peut dialoguer avec les parties prenantes en mettant en place un forum de discussion impliquant divers acteurs de l’éducation, tels que les enseignants, les parents, les étudiants et les employeurs. Ces fonctions visent donc à renforcer l’efficacité du système éducatif et à assurer une éducation de qualité pour tous.
Quant aux objectifs du Conseil supérieur de l’éducation, on peut les citer comme suit : l’amélioration de la qualité de l’éducation, la coordination des politiques éducatives, la promotion de l’égalité des chances, l’innovation et la recherche en matière d’éducation, en intégrant de nouvelles méthodologies et technologies. De même, il peut avoir comme autres objectifs l’évaluation du système éducatif en analysant les performances des apprenants et en proposant des ajustements basés sur les résultats. Ensuite, il doit servir de plateforme de concertation entre les différents acteurs de l’éducation, y compris les enseignants, les parents et les étudiants. Enfin, il propose des orientations pour la formation continue des enseignants et des personnels éducatifs. Tous ces objectifs visent à renforcer le système éducatif dans son ensemble, en veillant à ce qu’il réponde aux besoins des élèves et des sociétés contemporaines.
Tous les acteurs éducatifs doivent y participer
Cependant, ce projet de loi suscite des controverses auprès du Syndicat de l’Enseignement et d’autres institutions de la société, qui appellent à la participation de tous les acteurs éducatifs à l’élaboration de ce Conseil, partant du fait que l’importance du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement réside dans le fait qu’il permet la coordination des politiques publiques dans le domaine éducatif, l’unification de l’ensemble des visions des parties prenantes en plus de mettre en place les stratégies nationales dans le domaine de l’éducation. En effet, la décision de créer ce Conseil suppose la participation de toutes les parties concernées par l’éducation : syndicats, corps enseignant, associations des parents d’élèves, pédagogues et spécialistes en éducation. C’est qu’il est nécessaire d’avoir l’avis de tous les acteurs au préalable. En effet, selon l’article 4 du décret-loi portant organisation du Conseil supérieur de l’éducation, «la commission supérieure du Conseil est composée des ministres de l’Education, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées, de la Jeunesse et des Sports, des Affaires religieuses et des Affaires culturelles. Le Conseil est également composé de sept experts dans le domaine de l’éducation nommés par arrêté sur proposition des ministres concernés, du président du comité d’experts et du président du comité d’évaluation, ainsi qu’un représentant du syndicat le plus représentatif dans le domaine de l’éducation, qui assiste aux réunions du Conseil chaque fois que l’ordre du jour comprend des questions liées aux droits syndicaux.»
Il semble que le projet se heurte contre le problème de représentativité au sein du Conseil supérieur de l’éducation car, en principe, toutes les parties, qu’elles soient éducatives, syndicales, associatives ou judiciaires, doivent exister dans la composition de ce Conseil. Certains appellent même à l’implication des parents dans les décisions prises par le Conseil en matière d’éducation. Il est donc dommage qu’un tel Conseil n’ait pas encore vu le jour jusqu’à présent. De ce fait, il semble que la création du Conseil de l’éducation tardera encore à venir. Or, avant d’entamer de nouvelles réformes éducatives, il faut se doter d’abord de ce Conseil qui est d’une importance capitale pour notre enseignement. D’ailleurs, ce genre de conseil existe depuis longtemps dans certains pays, tels que la France, l’Italie, le Danemark, la Jordanie, l’Algérie, le Maroc. Dans tous ces pays et d’autres encore, l’existence d’un tel conseil a permis une stabilité des politiques publiques dans le secteur de l’éducation. Quand verra-t-on la naissance de ce conseil tant espéré ?
Hechmi KHALLADI
