C’est le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie qui vient de l’annoncer. Il s’agit du lancement de la première version du «Smart Grid» en Tunisie, annonçant une étape clé dans la modernisation du réseau électrique national. Ce système intelligent vise à optimiser la gestion de l’énergie via des compteurs connectés, une infrastructure numérique et une meilleure intégration des énergies renouvelables. Porté par la STEG et soutenu par des partenaires internationaux, il ambitionne de réduire les pertes techniques et d’améliorer la qualité de service pour les consommateurs.
La Société tunisienne de l’électricité et du Gaz (STEG) a franchi, le 23 mars 2026, à Sousse, un nouveau pas sur la voie de la modernisation et de la numérisation de son réseau de distribution. L’opérateur public, responsable de la distribution et du transport d’électricité, vient de réceptionner une unité pilote américaine utilisant la technologie Smart Grid. Dénommé en français, «réseau électrique intelligent», Smart Grid est un réseau de distribution d’électricité qui favorise la circulation d’informations entre les fournisseurs et les consommateurs afin d’ajuster le flux d’électricité en temps réel et d’en permettre une gestion plus efficace. Il présente l’avantage d’améliorer à la fois l’efficacité énergétique et la résilience du réseau électrique. Le réseau électrique «intelligent» a aussi une portée écologique. Il est aussi présenté comme un moyen concourant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à la lutte contre le réchauffement climatique. C’est l’une des composantes de la notion de ville intelligente. Entièrement financé par Washington, ce projet, qui intègre des technologies avancées fournies par des entreprises américaines et leurs filiales, va permettre à la STEG de s’initier à l’expertise développée par les Etats-Unis en la matière.
L’expertise américaine au rendez-vous
Entièrement financé par les Etats-Unis, ce projet, qui intègre des technologies avancées fournies par des entreprises américaines et leurs filiales, va permettre à la STEG de s’initier à l’expertise développée par les Américains en la matière. Et c’est ce qui explique que l’événement, qui a eu lieu à Sousse, a enregistré la présence de l’ambassadeur des États-Unis en Tunisie, Bill Bazzi, accompagné du PDG de la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz, Fayçal Trifa. Le projet, doté d’un budget de 120 millions d’euros, prévoit le déploiement de 165.000 compteurs intelligents (140.000 en basse tension et 25.000 en moyenne tension), ciblant à la fois les ménages et les industriels. Cette modernisation permettra à la Tunisie de mieux gérer sa demande énergétique, de favoriser les énergies vertes et de renforcer l’efficacité opérationnelle de la STEG. L’implication du secteur privé dans la production d’énergies renouvelables illustre une transition vers un modèle énergétique plus décentralisé et durable. C’est dire que l’adoption de cette technologie par la STEG ne manquera pas d’aider cette entreprise publique à faire face à plusieurs contraintes externes et internes. Au nombre de celles-ci figurent l’augmentation continue de la demande en électricité, les pertes commerciales importantes dues notamment à la fraude et l’inadéquation du système de facturation qui ne répond plus aux attentes de ses clients. Toutes ces contraintes ont conduit la STEG à engager un processus de modernisation de ses infrastructures vers ce modèle «intelligent» (Smart Grid) permettant d’optimiser toute la chaîne énergétique depuis la production jusqu’au consommateur final tant pour l’électricité que pour le gaz. Et il n’y a pas que cela dans ce registre de rénovation puisque la numérisation complète du réseau permettra une détection instantanée des pannes, réduisant considérablement les temps d’intervention avec des délais parfois longs en raison de la non-disponibilité des équipes de dépannage à tout moment.
Des avantages considérables
Autre avantage : les pertes techniques durant le transport et la distribution d’électricité, estimées traditionnellement entre 10 et 15%, devraient diminuer significativement, générant des économies substantielles pour l’opérateur public, et il en a vraiment besoin. Quelles sont les étapes de ce projet ? Ce que l’on sait, c’est qu’il y aura deux phases, une première déjà achevée (2022-2025), financée par l’AFD, pour déployer une infrastructure de comptage communiquant dans trois zones couvrant les plus grands consommateurs, Sfax ville et Kerkennah, Sousse ville et Sidi Bouzid, Le Kram et Béja. La deuxième phase (2026-2030) permettra sa généralisation sur le reste du territoire. Rappelons, également, qu’en 2022, la STEG a conclu cinq (5) des six (6) lots du marché «Smart Grid» avec des entreprises étrangères pour l’installation de compteurs intelligents STEG. Il faut également mentionner qu’en marge du lancement, un accord de coopération a été signé entre la STEG et une société allemande pour mutualiser leurs expertises dans la numérisation du secteur. Ce partenariat, ainsi que le soutien technique et financier de la France et de l’Allemagne soulignent l’importance stratégique du Smart Grid pour la Tunisie, à la fois comme levier de développement économique et comme pilier de sa transition énergétique. Quels seront les avantages, à court ou à moyen terme de ce projet ? S’agissant des ménages, les avantages sont nombreux et tangibles. L’installation de compteurs intelligents permettra un suivi précis et en temps réel de la consommation électrique. Cette transparence accrue offrira aux ménages la possibilité d’ajuster leurs habitudes énergétiques, d’optimiser leur consommation aux heures creuses, de réaliser des économies significatives sur leurs factures mensuelles et d’éviter, de manière plus évidente, les mauvaises surprises au moment de recevoir les factures de la STEG. Concernant les entreprises, les grands consommateurs industriels bénéficieront de 25.000 compteurs en moyenne tension, leur permettant une gestion plus fine de leur approvisionnement énergétique.
Kamel ZAIEM
