La Fédération générale de l’électricité et du gaz a alerté, avant-hier, sur les risques que comporte l’attribution de concessions de production d’énergies renouvelables sur la pérennité et la solidité financière de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz.
«L’octroi prévu de concessions de production d’énergies renouvelables à des investisseurs étrangers comporte des risques sur la pérennité et la santé financière de l’unique entreprise publique tunisienne spécialisée dans la production et la distribution de l’électricité. Les projets de loi relatifs à ces concessions, qui sont actuellement en cours de discussion au sein de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) contiennent des dispositions de nature à nuire aux équilibres financiers de l’entreprise nationale», a souligné Elyès Ben Ammar, membre du Bureau exécutif de la fédération rattachée à l’Union générale tunisienne du travail (UGTT).
Le responsable syndical a notamment cité le transfert de bénéfices liés aux crédits carbone au profit d’investisseurs étrangers.
Les créditscarbone sont des unités représentant la réduction, l’évitement ou la séquestration d’une tonne de CO2 ou équivalent dans l’atmosphère, grâce à des projets climatiques comme la reforestation et la production des énergies renouvelables. Ces crédits peuvent être commercialisés sur le marché international et vendus à des entreprises polluantes par des gouvernements, des entreprises publiques des prix pouvant atteindre jusqu’à 50 euros (171 dinarstunisiens) la tonne, représentant de ce fait une source de revenus en pleine croissance pour les entreprises engagées dans la production d’énergies renouvelables.
Au regard des risques de perte de revenus potentiels pour la STEG, Ben Ammar a estimé que les «modalités actuelles d’attribution de concessions d’énergies renouvelables comportent des déséquilibres au détriment de l’entreprise publique et ne servent pas l’intérêt national», tout en dénonçant une tendance à accorder des privilèges aux parties étrangères aux dépens des capacités nationales et en appelant à une révision de l’ensemble du cadre de gouvernance du secteur des énergies renouvelables pour faire valoir les intérêts de la STEG et renforcer sa position concurrentielle sur le marché national.
Souveraineté énergétique
Il a également annoncé la tenue d’une conférence de presse au siège de l’UGTT le 21 avril pour dévoiler davantage de «vérités occultées» concernant les projets de concessions de production des énergies renouvelables.
Le responsable syndical a par ailleurs déploré l’exclusion de la Fédération générale de l’électricité et du gaz des concertations sur les textes de loi relatifs à l’attribution des concessions.
«Les commissions spécialisées mènent des concertations avec plusieurs intervenants dont les organisations patronales UTICA et CONECT et l’administration de la STEG et excluent totalement les représentants de l’UGTT», a-t-il fait savoir, notant que la partie syndicale soutient le déploiement à grande échelle des énergies renouvelables comme en témoigne son appui au premier projet de parc éolien en Afrique qui a été construit à El Haouaria, dans la région du Cap-Bon.
Pour rappel, le député Mohamed Ali Fennira, rapporteur de la commission de l’industrie et de l’énergie à l’ARP, avait, lui aussi, appelé fin mars dernier à accorder la priorité aux investisseurs tunisiens, ainsi qu’à la STEG dans l’attribution des concessions de production d’énergies renouvelables pour renforcer la souveraineté énergétique du pays.
Le gouvernement envisage d’octroyer de nouvelles concessions de production d’énergie solaire et d’énergie éolienne pour renforcer les capacités de production nationale d’électricité, améliorer le mix énergétique, réduire la facture des importations des hydrocarbures et atteindre les objectifs nationaux en matière de lutte contre le changement climatique. La Tunisie a déjà attribué des concessions pour un programme d’énergies renouvelables de 1,7 GW (1 700 MW) à des développeurs internationaux. Validés fin 2024 et 2025, ces projets solaires et éoliens visent à atteindre 35% d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici à 2030, réduisant la dépendance au gaz et au pétrole.
Walid KHEFIFI
