Près des deux tiers (65%) des jeunes âgés de 18 à 35 ans envisagent de quitter le pays à la recherche de meilleures opportunités, selon une enquête publiée le 8 avril 2026 par le réseau panafricain de recherche par sondage Afrobarometer.
L’enquête menée auprès d’un échantillon représentatif de 1.200 adultes tunisiens des deuxsexes, avec des marges d’erreur de +/-3 points de pourcentage et niveau de confiance de 95%, précise que plus de la moitié (51%) des jeunes interrogés déclarent avoir «beaucoup» réfléchi à l’émigration, tandis que 14% y ont pensé «peu» ou «quelque peu».
Par rapport à 2018, la part des jeunes qui ont beaucoup» envisagé l’émigration a augmenté de façon marquée, passant de 38% à 51%. Parmi ceux qui ont au moins un peu envisagé d’émigrer, la raison la plus fréquente, et de loin, est la recherche de meilleures perspectives d’emploi (59%). Un plus petit nombre évoque le désir d’échapper à la pauvreté et aux difficultés économiques (15%), de trouver de meilleures affaires (14%), de poursuivre des études (3%) ou de voyager et de découvrir d’autres cultures (2%).
Le désir d’émigrer diminue fortement après 35 ans. Il atteint 33% pour les personnes âgées de 36 à 45 ans, 25% pour la tranche d’âge 46-55 ans et 11% seulement pour les répondants âgés de plus de 55 ans.
L’enquête révèle également que les jeunes Tunisiens (18-35 ans) sont plus instruits que leurs aînés. Plus des trois quarts (78%) possèdent un diplôme d’études secondaires ou supérieures. Seuls 1% des jeunes déclarent n’avoir reçu aucune instruction formelle, contre 27% chez les personnes âgées. Bien que les jeunes Tunisiens soient plus instruits que les générations précédentes, ils sont aussi plus susceptibles d’être au chômage. Près de trois jeunes sur 10 (29%) déclarent être sans emploi et recherchent activement un travail, contre 14%-25% chez les personnes d’âge moyen. Par ailleurs, 35% des jeunes indiquent être sans emploi et ne pas rechercher de travail, dont 17% sont des étudiants.
Interrogés sur les obstacles à l’emploi, au-delà de la conjoncture économique générale, les jeunes interrogés citent le plus souvent une réticence à occuper certains emplois, notamment dans le secteur de l’agriculture (29%), un manque d’expérience requis par les employeurs (23%) et l’inadéquation entre les qualifications scolaires et les exigences du marché du travail (20%).
Près des deux-tiers des jeunes veulent créer leur propre entreprise
Si on leur donnait le choix de leur type d’emploi, près des deux tiers (65%) des jeunes Tunisiens déclareraient vouloir créer leur propre entreprise, tandis que 25% préféreraient travailler dans la fonction publique et 6% opteraient pour un emploi dans le secteur privé. Seuls 1% choisiraient de travailler pour une organisation nongouvernementale (ONG).
En ce qui concerne les domaines où le gouvernement devrait accroître ses dépenses pour les soutenir, les jeunes placent la création d’emplois en tête des priorités (58%), devant l’éducation (15%), les services sociaux pour la jeunesse (13%), l’accès aux prêts destinés à la création d’entreprises (9%) et la formation professionnelle (4%). Leurs priorités sont globalement similaires à celles des générations plus âgées, même si celles-ci sont moins enclines à privilégier l’éducation et à mentionner les services sociaux.
Interrogés sur les priorités auxquelles l’Exécutif doit s’attaquer, les jeunes sondés citent en premier lieu le chômage (43%). L’augmentation du coût de la vie arrive en deuxième position (36%), suivie de la santé (27%), de la gestion de l’économie (21%), de la corruption (17%), de l’éducation (16%), de la pénurie de produits alimentaires de base (14%), de la criminalité et de l’insécurité (14%), des infrastructures routières (14%) et de la pauvreté (12%).
Les répondants âgés de 18 à 35 ans portent d’autre part un jugement mitigé sur l’action de leur gouvernement. Une majorité des jeunes (52%) approuvent les efforts du gouvernement dans la lutte contre la corruption, tandis que quatre sur 10 saluent ses résultats en matière de réduction de la criminalité (40%) et de prise en compte des besoins éducatifs (40%). Environ un tiers (34%) des jeunes estiment que le gouvernement agit bien en ce qui concerne l’amélioration des services de santé de base (34%), mais ils sont moins nombreux à partager cet avis concernant l’entretien des routes et des ponts (22%), l’amélioration des conditions de vie des plus démunis (16%), la création d’emplois (13%) et la stabilité des prix (12%).
Dans ce même ordre d’idées, les jeunes Tunisiens expriment des opinions partagées sur la trajectoire générale de l’économie. Ils sont 57% à estimer que l’économie va «dans la mauvaise direction». 16% qualifient la situation économique du pays de «plutôt bonne» ou «très bonne», tandis qu’un peu plus d’un tiers (35%) partagent cet avis pour ce qui est de leurs conditions de vie personnelles.
Walid KHEFIFI
