Chaque année, à l’approche de l’Aïd al Adha, les citoyens, déjà ruinés par les dépenses du Ramadan et de l’Aïd al Fitr, pensent déjà au mouton. Pour la majorité des Tunisiens, cette fête du sacrifice est sacrée et il faut la célébrer comme il se doit, quitte à s’endetter pour acquérir le fameux mouton de l’Aïd. Pour d’autres, il n’est pas nécessaire de sacrifier un mouton tant que leur budget ne le permet pas, sachant que le prix du mouton ne cesse de grimper d’une année à l’autre, surtout à cause de la spéculation exercée par certains intermédiaires qui imposent leurs prix sur le marché.
Chaque année, c’est la même valse des prix qui suscite la crainte des citoyens. Déjà,des rumeurs commencent à courir selon lesquelles les prix des moutons de sacrifice atteindront cette année les 2.000 dinars, voire plus. Si pour les uns, ces prix sont abordables, pour d’autres ils sont irréalistes, notamment en ces temps de crise. En d’autres termes, le sacrifice du mouton pourrait affaiblir la situation des ménages qui, non seulement vont débourser l’argent du mouton, mais aussi en subir le contrecoup.
Concilier l’offre et la demande
Comme chaque année, l’Etat va installer des points de vente du producteur au consommateur avant l’Aïd al Adha, essayant d’assurer un certain équilibre entre l’offre et la demande. Dans ces points de vente créés à la rescousse du consommateur moyen, le prix du kilo n’a pas encore été fixé par les autorités, mais la marge bénéficiaire de l’agriculteur sera fixée à 10%, comme lors des dernières années. Ainsi, le prix d’un mouton de 40 kg environ, ne dépassera pas les 1.200 dinars. Force est de constater que l’année dernière, le prix du mouton avait flambé, porté par les spéculateurs intermédiaires sans scrupules à un pic allant au-delà de 1.000 dinars. Ce qui était trop accablant pour une famille au budget limité, et même moyen. L’on se demande comment ces familles modestes pourront se procurer leur mouton de l’Aïd, si d’ici là les prix connaissent une tendance haussière.
Le fait d’installer plusieurs points de vente du producteur au consommateur est une bonne mesure prise par les autorités. Mais cela risquerait d’être miné par des spéculateurs impitoyables, qui ont les moyens financiers de dominer le marché, de provoquer une pénurie et de faire ainsi monter les prix, acculant l’Etat à l’importation pour réguler le marché et préserver le pouvoir d’achat des citoyens. Tout un chacun sait que l’impact de la spéculation sur la flambée des prix du mouton à l’approche de l’Aïd est largement reconnu, et ce phénomène devrait interpeller l’Etat pour qu’il agisse au plus vite.
Et si on annulait l’Aïd provisoirement ?
Chaque année, avant l’arrivée de l’Aïd al Adha, des voix montent de tous bords pour demander l’annulation de la célébration de cette fête au moins pour un ou deux ans afin de préserver la production du cheptel et de régulariser les prix. Certains citoyens appellent le Mufti de la République à intervenir pour annuler l’Aïd dans le but de préserver l’élevage car, selon eux, l’intérêt du pays nécessite d’entreprendre de telles initiatives.
D’ailleurs, cette proposition semble raisonnable pour certains, vu le taux d’inflation qui sévit dans le pays et la hausse vertigineuse du prix de la viande bovine et ovine, en arguant que ce sacrifice est lié au rite du pèlerinage à La Mecque mais le Coran stipule que les pèlerins peuvent le substituer par un jeûne. Pour ceux qui n’effectuent pas le pèlerinage, le sacrifice d’un mouton n’a jamais été interprété comme une obligation canonique chez les premiers musulmans, bien au contraire. C’est ainsi que les opposants à cette thèse soutiennent l’idée que l’Aïd al Adha est obligatoire pour tous les fidèles qui doivent sacrifier un mouton. Pour ces derniers, l’annulation de la célébration de cette fête relève de la rumeur qui circule parmi les gens chaque fois que le budget familial est fragilisé par la conjoncture. Dès lors, et comme de coutume, les Tunisiens dont la majorité écrasante est attachée à ce rite religieux et ancestral, vont célébrer cette fête du sacrifice, quelles que soient les conditions.
Hechmi KHALLADI
