Par Ahmed NEMLAGHI
La Cheffe du gouvernement tunisien, Sarra Zaâfrani Zenzri, effectue du 10 au 12 mai 2026 une visite officielle au Kenya sur instruction du Président de la République, Kaïs Saïed, afin de participer aux travaux du Sommet Afrique-France organisé dans la capitale kenyane, Nairobi. Placée sous le thème «Africa Forward : partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance», ce sommet co-présidé par William Ruto et Emmanuel Macron réunit plusieurs chefs d’État et de gouvernement africains autour des grands défis liés au développement, à l’investissement, à l’innovation technologique et à la coopération économique entre le continent africain et la France.
Au-delà de sa portée diplomatique, la participation tunisienne à ce sommet intervient dans un contexte international marqué par de profondes recompositions géopolitiques et économiques. Face à l’intensification de la concurrence mondiale, à la montée des tensions énergétiques et aux transformations rapides des chaînes de valeur internationales, plusieurs pays africains cherchent aujourd’hui à redéfinir leurs partenaires extérieurs afin de mieux défendre leurs intérêts stratégiques et renforcer leur autonomie économique. Dans ce cadre, la présence de SarraZaâfraniZenzri à Nairobi traduit la volonté de la Tunisie de consolider davantage son positionnement au sein de l’espace africain et de renforcer sa participation aux nouvelles dynamiques de coopération continentale. Cette orientation s’inscrit dans une approche diplomatique plus large défendue par le Président Kaïs Saïed, fondée sur la diversification des partenariats internationaux, le respect de la souveraineté nationale et la construction de relations économiques établies sur un principe d’équilibre et d’intérêt mutuel. Depuis plusieurs années, les autorités tunisiennes cherchent à développer davantage leur présence économique et politique en Afrique subsaharienne, considérée comme un espace stratégique de croissance et d’opportunités. Les secteurs des infrastructures, des services, des technologies numériques, de l’enseignement supérieur, de la santé et de l’énergie figurent parmi les principaux domaines dans lesquels les entreprises tunisiennes tentent progressivement de renforcer leur présence sur le continent.
La diaspora tunisienne, «un levier essentiel» du développement national
Le Sommet Afrique-France constitue ainsi une plateforme importante pour les États africains souhaitant attirer des investissements, développer des partenariats technologiques et renforcer leur intégration dans les circuits économiques internationaux. Pour Tunis, cette participation représente également l’occasion de faire valoir les compétences tunisiennes dans plusieurs secteurs à forte valeur ajoutée et de promouvoir l’image d’une Tunisie ouverte sur son environnement africain et méditerranéen. En marge du sommet, la Cheffe du gouvernement tunisien a rencontré des membres de la communauté tunisienne établie au Kenya. Lors de cette rencontre organisée au siège de l’ambassade de Tunisie à Nairobi, elle a souligné que la diaspora tunisienne constitue «un levier essentiel» du développement national. Ce discours illustre une évolution progressive de l’approche tunisienne à l’égard des Tunisiens résidant à l’étranger. Ceux-ci ne sont plus seulement perçus comme une source de transferts financiers, mais également comme un capital humain stratégique capable de contribuer à l’investissement, au transfert de compétences, à l’innovation et au rayonnement économique du pays. SarraZaâfraniZenzri a rappelé à cette occasion plusieurs mesures mises en place par les autorités tunisiennes en faveur des Tunisiens résidant à l’étranger à l’approche de la saison estivale 2026. Parmi elles, figurent la modernisation des services douaniers, la digitalisation de certaines prestations consulaires, ainsi que la création de nouveaux mécanismes financiers destinés à faciliter l’épargne et l’investissement. La Cheffe du gouvernement a notamment évoqué l’ouverture de comptes courants en devises, de comptes d’épargne en dinars convertibles, ainsi que la mise à disposition de cartes internationales de retrait et de paiement. Des services de change à des conditions préférentielles ont également été annoncés à travers l’Office national des postes afin de simplifier les opérations financières des Tunisiens établis à l’étranger. À travers ces mesures, les autorités cherchent manifestement à renforcer les liens économiques avec la diaspora et à encourager davantage l’investissement des compétences tunisiennes dans les projets nationaux.
Consolider le rôle des Tunisiens dans le rayonnement international de la Tunisie
Cette stratégie répond à plusieurs objectifs : soutenir les flux financiers extérieurs, renforcer l’épargne en devises et mobiliser les compétences tunisiennes établies à l’étranger au service du développement économique du pays. Dans un contexte économique marqué par des tensions budgétaires persistantes et par la nécessité de relancer l’investissement et la croissance, la diaspora apparaît de plus en plus comme un acteur économique stratégique. Les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger représentent en effet une ressource importante pour l’économie nationale et constituent un facteur essentiel de stabilité financière. Mais au-delà de la dimension économique, cette politique vise également à renforcer le sentiment d’appartenance nationale des Tunisiens établis à l’étranger et à consolider leur rôle dans le rayonnement international de la Tunisie. Les autorités tunisiennes cherchent ainsi à inscrire davantage leur diaspora dans une logique de participation active au développement national, tant sur le plan économique que scientifique, technologique et culturel. Cette orientation rejoint la vision défendue par le Président Kaïs Saïed, qui insiste régulièrement sur la valorisation des ressources humaines tunisiennes et sur la nécessité de bâtir un modèle de développement davantage fondé sur les compétences nationales et la mobilisation des ressources internes du pays.
Renforcer l’intégration du pays dans les nouvelles dynamiques du continent
La participation tunisienne au Sommet Afrique-France intervient également dans un contexte de redéfinition progressive des rapports entre les pays africains et leurs partenaires traditionnels. Plusieurs États du continent cherchent aujourd’hui à établir des relations internationales davantage équilibrées, fondées sur le co-développement, le transfert de technologies et une meilleure prise en compte des priorités nationales africaines. Dans ce contexte, la Tunisie tente de promouvoir une approche diplomatique fondée sur la coopération économique mutuellement bénéfique et sur le respect de la souveraineté des États. Cette orientation s’inscrit dans la ligne politique défendue par Kaïs Saïed depuis son accession à la présidence, mettant l’accent sur l’indépendance de la décision nationale et le refus des rapports asymétriques dans les relations internationales. À travers sa participation au Sommet Afrique-France de Nairobi, la Tunisie cherche à affirmer une orientation diplomatique et économique de plus en plus tournée vers son environnement africain. Cette présence traduit la volonté des autorités tunisiennes de renforcer l’intégration du pays dans les nouvelles dynamiques de croissance que connaît le continent, tout en ouvrant de nouvelles perspectives aux entreprises tunisiennes, aux investisseurs, ainsi qu’aux compétences nationales dans plusieurs secteurs stratégiques tels que les services, les technologies, l’enseignement supérieur, la santé, les infrastructures ou encore l’énergie. Dans un contexte international marqué par de profondes recompositions géopolitiques, la multiplication des tensions économiques et l’émergence de nouveaux centres d’influence à l’échelle mondiale, l’Afrique apparaît aujourd’hui comme un espace stratégique incontournable. Doté d’importants potentiels démographiques, économiques et technologiques, le continent suscite un intérêt croissant de la part des grandes puissances et des acteurs économiques internationaux.
Respect mutuel, équilibre des intérêts
Face à ces mutations, la Tunisie semble vouloir renforcer sa présence africaine en s’appuyant sur plusieurs atouts : sa position géographique, son capital humain qualifié, son expérience dans certains secteurs à forte valeur ajoutée, ainsi que ses liens historiques avec plusieurs pays du continent. Cette orientation vise également à diversifier les espaces de coopération économique et à réduire la dépendance à l’égard des partenaires traditionnels, dans un contexte où les équilibres économiques mondiaux connaissent des transformations rapides. Cette démarche s’inscrit pleinement dans la vision défendue par le Président de la République, Kaïs Saïed, qui met régulièrement l’accent sur la nécessité pour la Tunisie de construire des partenariats fondés sur le respect mutuel, l’équilibre des intérêts et la préservation de la souveraineté nationale. Depuis son accession à la magistrature suprême, Kaïs Saïed plaide pour une diplomatie davantage axée sur l’indépendance de la décision nationale, la diversification des relations internationales et le développement d’une coopération économique capable de servir prioritairement les intérêts stratégiques du pays.
À Nairobi, la participation tunisienne apparaît ainsi comme l’illustration d’une volonté plus large de repositionnement diplomatique et économique de la Tunisie au sein de son espace africain, dans le cadre d’une politique extérieure qui cherche à conjuguer ouverture internationale, défense des intérêts nationaux et affirmation d’une souveraineté pleinement assumée.
