Dès les premières notes instrumentales, l’Orchestre Buena Vista a interprété des chansons nées il y a des décennies à La Havane, la capitale cubaine, mais qui ont trouvé un écho immédiat auprès du public tunisien au festival d’Hammamet qui s’est laissé envoûter par l’élégance du piano, accompagné délicatement par les percussions, puis des cuivres puissants.Les congas, bongo, timbales, basse et guitare sont à l’arrière tandis que trompettes, trombone, piano et chanteurs prennent d’assaut l’avant de la scène. Entre transmission et virtuosité, l’orchestre a su préserver un patrimoine musical unique, entretenu par une nouvelle génération d’artistes cubains.
Avant même que les premières notes ne résonnent, le producteur du groupe, Steven Michat, a pris brièvement la parole pour s’adresser au public. Il exprima sa joie de voir ce groupe musical en Tunisie et évoqua avec admiration ce qu’il avait lu sur son histoire, notamment sur Carthage et Hannibal. Il s’intéressa ensuite à la musique elle-même, la considérant comme le fruit d’une rencontre de cultures par-delà les mers, où l’héritage africain s’était mêlé aux traditions européennes à Cuba, donnant naissance à des styles musicaux qui devinrent par la suite des éléments marquants de la musique latine avant de revenir aujourd’hui sur les rivages méridionaux de la Méditerranée.
Cette introduction laissait présager ce que le public allait découvrir quelques minutes plus tard. Le programme illustrait cette fusion culturelle à travers des morceaux mêlant son cubain, boléro, danzón et cha-cha-cha – des styles qui constituent l’ossature de la musique traditionnelle cubaine, fusionnant les racines africaines et les mélodies espagnoles dans une structure musicale qui a su traverser les siècles.Le chant prenait la forme d’un échange entre le chanteur principal et le chœur, une formule qui permettait au public de participer. Le rythme suffisait à créer un lien entre les paroles et l’auditeur, et ce dernier s’est progressivement intégré au spectacle en applaudissant, en dansant et en suivant le rythme.Les chants de ce patrimoine musical abordent des thèmes simples et quotidiens tels que l’amour, la nostalgie, la danse et la célébration de la ville et de ses habitants, avec cette idée omniprésente de s’accrocher à la musique comme mémoire collective et moyen d’affronter les difficultés de la vie.
La particularité la plus marquante de la soirée à Hammamet était sans doute que la danse n’était pas un segment distinct du spectacle, mais plutôt un prolongement naturel de la musique elle-même. Le rythme est resté constant et limpide, conformément aux intentions des créateurs de ce genre musical dès ses débuts, garantissant ainsi son caractère dansant.
À la fin de la soirée, le groupe a quitté la scène après le dernier morceau, mais le public n’a pas considéré cela comme un adieu. Les applaudissements ont continué, et les acclamations se sont élevées à l’unisson, réclamant le retour des musiciens. Peu de temps après, les membres du groupe sont revenus sur scène sous les acclamations enthousiastes du public. Dès que le violoniste Rolando Morejón Reyes a dit « Écoutez », la musique a rugi de nouveau transformant les dernières minutes en une célébration collective de la musique et de la danse.
Photos Rached Berrazagua






