La Tunisie trace sa route vers la mobilité électrique, non pas uniquement comme marché de consommation, mais comme plateforme industrielle stratégique à vocation internationale. La dynamique est déjà perceptible et traduit une montée en puissance progressive, même si le segment du 100% électrique reste encore limité. Pourtant, les privilèges accordés par l’Etat sont très importants, à savoir des réductions des droits de douane de 30% à 0% sur les autobus, voitures légères et véhicules de transport de marchandises électriques, une baisse de la TVA sur les véhicules électriques de 19% à 7%, une réduction de 50% des droits d’immatriculation des voitures électriques et une diminution de 50% de la taxe de circulation (vignette) pour les voitures électriques. Les signaux de croissance sont bien réels. Cette évolution devrait s’accélérer dans les prochaines années, portée par des impératifs environnementaux mais aussi par des considérations économiques liées à la hausse des coûts énergétiques traditionnels.
Pour accompagner cette transition, la Tunisie s’attaque à l’un des principaux freins à l’adoption : l’infrastructure. Mais l’ambition tunisienne dépasse largement le simple déploiement de bornes. Le pays structure progressivement un écosystème industriel complet autour du véhicule électrique, en capitalisant sur son savoir-faire dans l’automobile. Production de câblage, composants électroniques, systèmes embarqués… autant de segments déjà maîtrisés qui constituent une base solide pour cette transformation. Pour booster cette activité, l’Organisation des Nations unies pour le Développement Industriel (ONUDI), l’Agence Nationale pour la Maîtrise de l’Energie (ANME) et le ministère de l’Environnement mobilisent les acteurs clés pour la revue de la stratégie nationale de promotion de la mobilité électrique en Tunisie.
Construire un système de transport durable, compétitif et résilient
C’est dans ce cadre qu’un atelier national de concertation consacré à la Stratégie Nationale de Promotion de la Mobilité Électrique a été organisé par l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME) dans le cadre du projet «E-Mobility – Accélérer l’adoption de la mobilité électrique en Tunisie», mis en œuvre conjointement avec l’ONUDI. Cette rencontre a permis de présenter les principaux résultats du scénario retenu de la Transition Électrique Accélérée (STEA), qui analyse de manière intégrée les impacts énergétiques, environnementaux, économiques et sociaux de cette trajectoire, et met en évidence la contribution de la mobilité électrique à la transition énergétique et à la neutralité carbone de la Tunisie. Les présentations ont mis en avant des ambitions fortes à l’horizon 2050, visant 2.400.000 véhicules électriques en circulation, 50.000 bornes de recharge publiques et l’électrification totale de la flotte administrative et des taxis. Les échanges ont également souligné des impacts socio-économiques et environnementaux majeurs : une réduction cumulée de 37 millions de tonnes de CO₂ d’ici à 2050, une baisse de 31% du déficit lié aux importations de carburants en 2040, ainsi que la création de plus de 50.000 emplois qualifiés et le développement d’une filière industrielle locale de motos électriques. A travers cette étape stratégique, l’ONUDI, le ministère de l’Environnement et l’ANME réaffirment leur engagement à construire un système de transport plus durable, compétitif et résilient au service de la transition énergétique en Tunisie. Cette orientation confirme une vision claire : faire de la Tunisie un pôle régional de la mobilité électrique, tourné vers l’export, à la croisée des marchés européens et africains.
Kamel BOUAOUINA
