Cuisiner une omelette pourrait bientôt coûter plus cher, à cause du prix des œufs. Les éleveurs, qui ne peuvent plus absorber le coût du transport, de l’énergie et de l’alimentation des poules, demandent au secteur de la grande distribution de répercuter ces hausses dans les rayons. Les clients de certains supermarchés ont déjà remarqué l’augmentation des prix d’œufs. Les 4 œufs sont vendus actuellement à 1d400 contre un dinar en juillet. Une situation qui suscite l’inquiétude des consommateurs.
Le premier élément à retenir, c’est simple. Les fortes chaleurs enregistrées ces dernières semaines, combinées aux coupures d’électricité, ont lourdement affecté les élevages de volailles. Les poules pondeuses, affectées par la chaleur, ont cessé de s’alimenter et ne consomment que de l’eau. Résultat : une chute significative de la production. Le marché reste tendu. Quand l’offre bouge plus lentement que la demande, les prix montent. À l’échelle d’un panier de courses, on la sent vite. Si la canicule en est partiellement responsable, les producteurs pointent surtout du doigt les spéculateurs qui sont accusés de profiter de la situation pour gonfler les prix et finissent par empocher des marges supérieures à celles des producteurs eux-mêmes. Cette spéculation aggrave la pression sur les consommateurs, mais aussi sur les éleveurs.
Des coûts de production toujours élevés
Au-delà de la baisse de la productivité, les professionnels sont confrontés à une hausse continue des coûts de production, en particulier pour l’alimentation animale, l’énergie et le transport. Beaucoup peinent à maintenir leur rentabilité. Environ 70% des charges seraient liées à des intrants importés, notamment l’alimentation animale et les vaccins, exposant fortement la filière aux fluctuations des marchés internationaux. Cette dépendance réduit, selon lui, la compétitivité du secteur face à d’autres pays producteurs de la région, mieux positionnés en termes de coûts. Les élevages doivent aussi faire face à des ajustements de cheptel. Résultat, la pression se fait sentir sur les prix en rayon.
On pourrait penser qu’une hausse de prix fait baisser la consommation. Ici, ce n’est pas le cas. Les volumes achetés par les ménages sont en hausse en cette période estivale avec les fêtes de mariage et l’afflux des touristes. C’est un point clé. Les œufs restent un produit de base. Un aliment simple, pratique et souvent indispensable dans la cuisine du quotidien. L’œuf reste un aliment de forte valeur nutritionnelle, et son accessibilité relative par rapport aux autres sources de protéines en fait un produit très sollicité. Ce déséquilibre entre offre réduite et demande élevée ne fait qu’amplifier la hausse.
À court terme, rien n’indique un retour rapide à des prix plus doux. Le marché dépend de l’équilibre entre production et demande en magasin. Tant que cet équilibre reste fragile, les prix peuvent rester élevés, voire bouger encore. Les œufs augmentent encore parce que le marché reste serré et que les ménages continuent d’en acheter beaucoup. Pour l’instant, la baisse ne semble pas pour demain. Et au rayon frais, cela se voit déjà très bien. Les autorités compétentes pourront intervenir pour réguler le marché et rétablir un équilibre juste entre les intérêts des producteurs et ceux des consommateurs. Un retour progressif à la normale est envisageable avec la baisse des températures attendue dans les prochains jours.
Kamel BOUAOUINA
