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Accueil » Mendicité des enfants : l’Etat social en action
NATION mercredi, 12 août, 2026,08:319 Mins Read

Mendicité des enfants : l’Etat social en action

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Par Ahmed NEMLAGHI

La lutte contre la mendicité des enfants s’inscrit désormais parmi les dossiers qui interrogent directement la capacité de l’État à traduire sa politique sociale en mesures concrètes de protection des populations les plus vulnérables. Dans cette perspective, le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées travaille à l’élaboration d’un plan d’action multisectoriel destiné à lutter contre le phénomène de la mendicité des mineurs et à favoriser leur réintégration dans leur environnement familial.

L’annonce intervient en réponse à une question écrite du député Yosri Baouab consacrée à l’augmentation de la mendicité ainsi qu’aux différentes formes d’exploitation auxquelles peuvent être exposés les enfants et les personnes vulnérables. La réponse du ministère, publiée le vendredi 7 août 2026 sur le site officiel de l’Assemblée des représentants du peuple, témoigne de la volonté de traiter le phénomène non plus uniquement sous l’angle de l’intervention ponctuelle, mais à travers une approche plus globale associant prévention, protection, accompagnement social et réintégration familiale. Cette orientation s’inscrit dans la politique sociale défendue par le Président Kaïs Saïed, qui place régulièrement la lutte contre l’exclusion et la protection des catégories vulnérables parmi les priorités de l’action publique. La question de la mendicité des enfants constitue, à cet égard, un révélateur particulièrement sensible des difficultés sociales auxquelles certaines familles demeurent confrontées.

Voir un enfant mendier dans la rue ne peut être considéré comme un simple phénomène social parmi d’autres. Derrière cette présence visible se trouvent souvent des situations complexes : pauvreté, fragilité familiale, décrochage scolaire, absence de ressources, marginalisation ou exploitation économique. L’enfant qui sollicite directement les passants peut lui-même être victime d’un système qui le dépasse. C’est précisément pour cette raison que la lutte contre la mendicité des mineurs ne peut se limiter à éloigner les enfants des espaces publics. Une intervention exclusivement répressive risquerait de déplacer le problème sans traiter ses causes. Le véritable enjeu consiste à identifier les circonstances qui ont conduit l’enfant à la rue, à déterminer s’il est victime d’exploitation et à mettre en place une réponse adaptée à sa situation personnelle et familiale. L’approche annoncée par le ministère semble s’inscrire dans cette logique. 

Une étude de terrain pour comprendre les causes

Le ministère de la Famille travaille actuellement à finaliser une étude de terrain consacrée à la mendicité des enfants. Cette démarche est essentielle car toute politique publique efficace doit reposer sur des données fiables permettant d’identifier l’ampleur du phénomène, ses caractéristiques et surtout ses causes.

Qui sont ces enfants ? Dans quelles régions sont-ils les plus nombreux ? Quelle est leur situation familiale ? Sont-ils scolarisés ? Sont-ils accompagnés par leurs parents ou par d’autres adultes ? Dans quelle mesure sont-ils victimes d’exploitation économique ? Autant de questions auxquelles une étude sérieuse doit permettre de répondre. La connaissance du terrain permettra ensuite de mieux cibler les interventions et d’éviter les réponses uniformes à des situations qui peuvent être profondément différentes.

Vers un plan d’action multisectoriel

Le choix d’un plan d’action multisectoriel constitue l’un des éléments les plus importants de la démarche annoncée. La mendicité des enfants ne relève pas du seul ministère chargé de l’Enfance. Elle concerne également les affaires sociales, l’éducation, la santé, la justice, les collectivités locales, la sécurité et les structures spécialisées dans la protection de l’enfance. Elle concerne aussi, au-delà des institutions, les familles et la société dans son ensemble. La coordination entre ces différents acteurs apparaît donc indispensable. Un enfant retrouvé dans la rue ne doit pas être considéré uniquement comme un problème d’ordre public, il doit être identifié comme un enfant en situation de vulnérabilité nécessitant une évaluation sociale et familiale. Cette approche suppose une intervention coordonnée permettant de déterminer rapidement les mesures appropriées.

Les délégués à la protection de l’enfance jouent ici un rôle central. Selon la réponse du ministère, ils interviennent dès un signalement faisant état d’un enfant en situation d’errance ou victime d’exploitation économique. Cette intervention permet d’évaluer la situation et de décider des mesures de protection nécessaires. Dans certains cas, l’enfant peut être réintégré dans sa famille lorsque celle-ci présente les garanties nécessaires à sa protection. Dans d’autres situations, notamment lorsque l’environnement familial est lui-même à l’origine du danger ou ne permet pas d’assurer la sécurité du mineur, un placement dans une structure spécialisée peut être envisagé.

Cette individualisation de la prise en charge est essentielle. Tous les enfants rencontrés dans la rue ne se trouvent pas dans les mêmes circonstances. Certains peuvent être victimes d’une exploitation organisée, d’autres peuvent être poussés par leur famille à contribuer aux revenus du foyer, tandis que d’autres encore peuvent être confrontés à une rupture familiale ou scolaire. La réponse doit donc être adaptée à chaque situation.

L’objectif affiché de réintégration familiale mérite une attention particulière.

Ramener un enfant dans sa famille ne constitue une solution durable que si les conditions ayant conduit à la mendicité ont été identifiées et prises en charge.

Si une famille est confrontée à une pauvreté extrême, le simple retour de l’enfant au domicile risque de reproduire rapidement la même situation.

La réintégration doit donc être accompagnée d’un soutien social permettant à la famille de retrouver une stabilité suffisante. C’est là que la politique sociale prend toute sa dimension. La lutte contre la mendicité des enfants doit être liée aux politiques de lutte contre la pauvreté, d’accès aux soins, de maintien dans le système éducatif, d’insertion professionnelle des parents et d’accompagnement des familles vulnérables. L’enfant ne peut être protégé durablement si son environnement social demeure fragile.

La prévention comme priorité

La meilleure protection reste souvent celle qui permet d’empêcher l’enfant de se retrouver dans la rue. Cela suppose de renforcer les mécanismes de détection précoce des situations de fragilité familiale et de décrochage scolaire. L’école joue, dans ce domaine, un rôle déterminant. Un enfant absent régulièrement, déscolarisé ou présentant des signes de vulnérabilité doit pouvoir faire l’objet d’un accompagnement avant que sa situation ne se transforme en rupture. Les services sociaux doivent également disposer des moyens nécessaires pour intervenir auprès des familles en difficulté. La prévention doit ainsi permettre de passer d’une logique d’intervention après l’apparition du problème à une logique d’anticipation.

La mendicité des enfants pose également une question fondamentale de dignité.

Un enfant n’a pas vocation à assurer les revenus de sa famille dans la rue. Il a droit à l’éducation, à la protection, aux soins, à la sécurité et à un environnement familial stable. La société ne peut donc considérer comme normale la présence de mineurs sollicitant quotidiennement les passants. Mais la responsabilité collective ne consiste pas davantage à stigmatiser les familles pauvres. Il faut distinguer la pauvreté de l’exploitation. Une famille en difficulté doit être accompagnée et soutenue. Une personne qui exploite un enfant à des fins économiques doit, en revanche, répondre de ses actes conformément à la loi. Cette distinction est fondamentale pour éviter que la lutte contre la mendicité ne se transforme en une politique de sanction des plus pauvres.

La question de la mendicité des enfants constitue finalement un test pour l’État social.

Une politique sociale ne se mesure pas seulement au montant des aides distribuées. Elle se mesure aussi à la capacité de l’État à identifier les situations d’exclusion, à intervenir rapidement et à permettre aux personnes vulnérables de retrouver progressivement leur autonomie.

Dans cette perspective, la démarche engagée par le ministère de la Famille s’inscrit dans une conception plus large de la justice sociale défendue par Kaïs Saïed.

L’objectif est de ne pas laisser certaines catégories de la population en dehors des mécanismes de protection publique. L’enfant constitue naturellement l’une des premières priorités. La protection de l’enfance ne peut toutefois être dissociée de la situation économique des familles. Une véritable politique de prévention doit donc agir simultanément sur les causes sociales et sur leurs conséquences.

Une responsabilité collective

La lutte contre la mendicité des enfants ne peut enfin être laissée aux seules institutions. Les citoyens ont également un rôle à jouer. Donner de l’argent directement à un enfant dans la rue peut répondre à un réflexe de compassion parfaitement compréhensible, mais cette pratique ne permet pas nécessairement de résoudre la situation. Elle peut parfois contribuer, malgré les bonnes intentions, à maintenir l’enfant dans un système de mendicité. La réponse la plus efficace consiste plutôt à signaler les situations préoccupantes aux services compétents afin que l’enfant puisse bénéficier d’une véritable prise en charge. Cette responsabilité collective suppose également une évolution du regard porté sur ces enfants. Ils ne doivent être ni ignorés ni considérés comme une nuisance dans l’espace public. Ils sont avant tout des mineurs dont la vulnérabilité exige une protection particulière.

L’élaboration d’un plan multisectoriel constitue une étape importante. Mais sa réussite dépendra de sa mise en œuvre concrète. Il faudra disposer de moyens humains et financiers suffisants, renforcer les structures d’accueil, assurer la formation des intervenants et surtout garantir une coordination efficace entre les différents services. Il faudra également mesurer régulièrement les résultats obtenus : diminution du nombre d’enfants exposés à la mendicité, maintien ou retour à l’école, amélioration de la situation familiale, réduction des situations d’exploitation et accompagnement durable des familles concernées. La politique publique ne pourra être considérée comme efficace que si elle produit des changements visibles dans la vie des enfants.

La lutte contre la mendicité des enfants dépasse donc largement la question de l’occupation de l’espace public. Elle touche au modèle de société que la Tunisie entend construire.

Un pays qui aspire à renforcer son État social ne peut accepter que des enfants soient contraints de passer leurs journées dans la rue pour contribuer aux ressources d’un foyer ou qu’ils deviennent les instruments d’une exploitation économique.

L’étude annoncée par le ministère et le futur plan d’action multisectoriel peuvent constituer une occasion de rompre avec les interventions ponctuelles et de construire une politique durable.

Mais cette politique devra s’appuyer sur une conviction essentielle : protéger l’enfant, ce n’est pas seulement le retirer de la rue. C’est agir sur les causes qui l’y ont conduit, protéger sa famille lorsqu’elle est vulnérable, sanctionner ceux qui l’exploitent et lui garantir les conditions nécessaires pour retrouver le chemin de l’école, de la stabilité et de la dignité.

C’est à cette condition que la lutte contre la mendicité des mineurs pourra véritablement devenir un volet concret de la justice sociale et non une simple réponse administrative à un phénomène visible dans les rues tunisiennes.

 

mendicité

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