Comme le veut la tradition, à quelques jours de la fête du Mouloud, les différents produits alimentaires, notamment le Zgougou et les fruits secs, connaissent une augmentation des prix. Si les étals sont bien garnis, les marchés bondés, les acheteurs se montrent hésitants devant les prix affichés. Le prix du Zgougou (graines de pin d’Alep) oscille entre 53 et 60 dinars. Le prix du pignon a dépassé les 150 dinars le kg. Les amandes sont proposées à 45 dinars le kilo. Les noix sont affichées à 75 dinars le kilo alors que les pistaches s’élèvent à 58 dinars le kg.
Un tour effectué hier, dans les différents marchés, renseigne sur la cherté de ce fruit qui atteint 55 dinars le kg. Il y a à peine quelques années, le Zgougou était cédé entre 20 et 30 dinars. Le prix du Zgougou, considéré comme l’ingrédient incontournable pour la confection de l’assida, s’est déjà envolé. Les étals, naguère bondés à la veille de l’approche du Mouled, sont presque vides. La raison ? Les prix du Zgougou, des noisettes, des noix et des pistaches dépassent tout entendement.
«Il me faut au moins un kg de Zgougou ainsi que des fruits secs», nous dit Alia, une jeune cadre dans une banque. «Il faut respecter la tradition sinon les langues vont se délier et les gens jaser», a-t-elle raconté. «Je dois faire des calculs», ajoute la dame visiblement «douchée» par les prix affichés. «C’est inabordable. Ma bourse ne permet pas d’acheter du Zgougou. J’opterai pour une assida à base de noisettes», dit-elle. L’astuce peut s’avérer acceptable mais le goût diffère. Par contre, d’autres mères de famille redoublent d’ingéniosité pour pouvoir confectionner une assida à base de farine. «Pour moi, la dimension enfantine de cette célébration est la principale motivation pour maintenir ces achats, malgré un contexte économique difficile», confie Fatma qui s’est contentée d’un demi-kilo de Zgougou.
Une production en baisse
Mais pourquoi cette hausse des prix ? Ce fameux «Zgougou», bien qu’étant source de délice, constitue un fardeau économique pour le citoyen tunisien gravement affecté par la baisse de son pouvoir d’achat. «Personnellement, j’ai décidé de boycotter cette denrée. Où est le mal si je n’achète pas du Zgougou ? Il y a d’autres alternatives pour célébrer le Mouled», souligne Donia.
Il est vrai que la récolte des graines de pin d’Alep se fait de décembre à mars/avril chaque année. Elle a connu cette année une baisse en raison de la sécheresse, des effets du changement climatique, des incendies qui ont ravagé de vastes surfaces forestières au cours des dernières années, ainsi que le retard enregistré dans la délivrance des autorisations de récolte. Les forêts de pin d’Alep s’étendent en Tunisie sur 360 mille hectares et sont situées à Kasserine, au Kef et à Siliana. Les superficies productrices de Zgougou s’étalent sur 70 mille hectares qui attirent actuellement 70 exploitants pour l’extraction de cette matière. Les prix devraient se situer entre 50 et 55 dinars le kilogramme dans les zones de production, avec une légère hausse dans d’autres régions, de quoi susciter l’inquiétude des ménages qui doivent faire attention en se procurant le Zgougou, surtout que des quantités ont été introduites illégalement ces derniers jours en Tunisie. Le Zgougou, qui fait l’objet d’une large consommation à l’occasion du Mouled, peut être contaminé s’il est stocké dans des conditions inappropriées. Le risque augmente principalement lors de l’achat de graines d’origine inconnue ou stockées pendant de longues périodes dans des conditions humides. Le directeur de l’Instance nationale pour la sécurité alimentaire, Mohamed Rabhi, rassure en confirmant que «les produits offerts à l’occasion du Mouled, notamment les pignons de pin et les fruits secs, sont sûrs et contrôlés», en réponse aux rumeurs et aux inquiétudes circulant récemment sur les réseaux sociaux concernant la présence de mycotoxines qui détériorent et contaminent ces produits.
Kamel BOUAOUINA
