Par Slim BEN YOUSSEF
Tout responsable public devrait garder en mémoire l’attente du peuple : voir notre pays avancer avec droiture, courage et imagination. Dans les temps décisifs, Machiavel parlait de virtù pour désigner cette énergie fondatrice capable d’ouvrir un chemin lorsque les nations se redessinent. Une nation avance lorsque ceux qui la dirigent, à tous les échelons, savent trancher les inerties et les habitudes résignées. Gouverner, au fond, consiste à déplacer des obstacles et des horizons.
Le pays connaît ses failles. Routes fatiguées, transports dispersés, écoles saturées, administrations lentes et papiers interminables : le quotidien use les citoyens avant même que la vie ne les éprouve. Le développement devient tangible lorsqu’il réduit les dépenses des ménages, rapproche un médecin, éclaire une rue, raccourcit un trajet et les colères du matin.
Gramsci écrivait qu’il fallait joindre le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté. Cette tension féconde demeure une leçon de gouvernance. Regarder lucidement les usures du pays sans renoncer à bâtir. Réparer sans perdre l’élan. Certaines nations se consument dans les couloirs administratifs avant même d’affronter les tempêtes du monde.
Or le monde change vite. Et l’Histoire n’attend jamais les pays immobiles. Une nouvelle carte des puissances est déjà en train de se dessiner, avec de nouveaux corridors économiques et de nouvelles souverainetés. La Tunisie appartient à ce Sud global qui cherche moins une place qu’une voix. Elle possède les ressources humaines, la position géographique et le génie social capables de porter une ambition émergente.
Cela exige des lois jeunes, fraîches, robustes et intrépides, adaptées aux usages réels du pays. Les textes publics devraient respirer la durée, la justice et la vie quotidienne. Une bureaucratie vieillissante finit toujours par ralentir les peuples qu’elle prétend organiser.
Nietzsche rappelait que seules les forces créatrices traversent le temps. Une nation renaît lorsqu’elle choisit de se dépasser plutôt que de s’habituer à ses lenteurs. Réformer l’administration, soutenir le travail, réinventer l’économie, élargir l’horizon touristique, restaurer la confiance collective : voilà des œuvres patientes et souveraines.
Le développement authentique possède une beauté rare – une poésie publique. Il allège les journées, les places brûlantes et les fatigues domestiques. Les générations futures devraient hériter d’un pays habitable, juste et prospère. Un pays où la dignité quotidienne, l’harmonie civile et une qualité de vie collective deviennent autant de signes d’une civilisation accomplie.
