Plusieurs de nos institutions et autres espaces culturels et artistiques, pour ne prendre que ces exemples, effectuent aujourd’hui leur communication sociale uniquement en langue anglaise après avoir longtemps utilisé la langue française ou les langues arabe et française, chez les adeptes du bilinguisme. Nous restons surpris et étonnés devant ce changement à 180° chez des gens qui semblent changer de langue d’expression et de communication après tant d’années comme s’ils changeaient de chemise. Un comportement paradoxal contre l’usage habituel des langues arabe et française.
Ce phénomène est galopant et finirait par prendre le devant sur toutes les autres langues parlées, écrites et lues en Tunisie : du dialecte tunisien à l’arabe littéraire et à la langue française. Un phénomène qui adopte la langue de Shakespeare et semble expliquer son choix, de lui-même, dans la mesure où l’«english language» permet d’être «up to date» et là, nous faisons déjà de l’anglicisme, comme le préfèrent et le souhaitent tant de gens devenus anglophones du jour au lendemain et follement amoureux de cette langue. Tant et tant de gens s’accordent à défendre, de nos jours, bec et ongles, la langue d’outre-Manche, étant donné qu’elle est la plus comprise à travers le monde, nous disent-ils.
On en convient. Mais, on ne peut, dans aucun des cas qui se présenteraient, effacer froidement toutes les langues utilisées antérieurement. Ces dernières existent encore, malgré leur dénigrement par une bonne frange de la société. Celle-là même qui voudrait affirmer que la langue française, par exemple, ne les intéresse pas et ne sera plus d’usage, d’ici peu ! Certains prétendent et en toute ignorance qu’elle «ne sert plus à rien.» D’ailleurs, ils arrivent difficilement à la parler, sacrifiant à leur désir de s’exprimer en anglais avec un zeste d’expressions en dialecte tunisien. On se demande ce qu’ils avaient appris à l’école, au lycée et à l’université !
Un mal nécessaire ?
L’engouement pour la langue anglaise facilite la communication et l’atteinte des objectifs chez les industriels et les «start-up», les industries qui démarrent et qui sont liées à la notion d’expérimentation et à la recherche de fonds pour une nouvelle activité sur un marché émergent. Mais, apprendre et utiliser une langue ne signifie pas, comme nous l’expliquions auparavant, mettre à la poubelle une multitude d’autres langues. Aussi doit-on expliquer et faire apprendre aux jeunes d’aujourd’hui qu’ils doivent impérativement apprendre de nouvelles langues, sans pour autant abandonner à jamais l’une ou l’autre des langues qu’ils ont eu l’occasion de pratiquer durant leur cursus scolaire et universitaire. Certes, la langue anglaise est aujourd’hui un mal nécessaire, mais la soif du savoir devrait triompher dans ce genre de situation. Nos éducateurs, nos professeurs et nos pédagogues devraient tenir compte du détail de l’explication à leurs élèves et à leurs étudiants de la valeur d’une langue utilisée sous nos latitudes pour en profiter au maximum sans aucun chauvinisme ni jugement de valeur. Et pourquoi pas en devenant polyglotte ?
Lotfi BEN KHELIFA
