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Accueil » Pression fiscale et investissement : l’indispensable équilibre
ECONOMIA vendredi, 18 septembre, 2026,08:357 Mins Read

Pression fiscale et investissement : l’indispensable équilibre

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Par Kamel ZAIEM

Le contenu du projet de loi de Finances pour l’année 2027 continue de figurer parmi les priorités de la gestion du budget de l’Etat. Etant parfaitement conscient de l’importance d’orienter ce projet vers plus d’efficacité et de justice sociale, le Chef de l’Etat a appelé à alléger la pression fiscale actuelle afin d’ouvrir les portes aux investissements et à la création de nouveaux projets et surtout de continuer à lutter pour se débarrasser définitivement des lenteurs administratives qui constituent un lourd handicap pour aller de l’avant…

Le Président de la République, Kaïs Saïed, a examiné, lors d’une réunion tenue hier après-midi, mardi 15 septembre, au palais de Carthage, avec la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, et le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, la préparation du projet de loi de Finances pour l’année prochaine.

Saïed a notamment souligné la nécessité d’inscrire les orientations retenues dans le projet de loi de Finances dans le cadre du plan quinquennal adopté, de manière à garantir l’équilibre régional recherché, à créer des opportunités d’emploi et à assurer concrètement la dignité des citoyens, dans le cadre de choix exclusivement nationaux.

Le Président de la République a également insisté sur la nécessité d’éviter d’accentuer la pression fiscale et de faciliter la création de projets, qu’il s’agisse de sociétés communautaires ou d’initiatives privées. Il a déploré le nombre important d’obstacles auxquels se heurtent les porteurs de projets, ainsi que la multiplication des situations dans lesquelles les citoyens sont confrontés à des lenteurs administratives ou à des formules devenues récurrentes, telles que : «J’ai pris connaissance» ou encore «Application de la réglementation en vigueur».

En rappelant ces formules qui demeurent, malheureusement, d’actualité, le Président Kaïs Saïed a voulu montrer qu’il suit régulièrement et méticuleusement ce qui se passe quotidiennement dans les administrations et qu’il fera tout pour changer cette triste réalité.

A ce propos, il a souligné qu’un responsable doit soit assumer pleinement ses responsabilités et faire preuve d’un véritable esprit de responsabilité et d’un engagement sans limites, soit comprendre que la Nation n’a pas besoin de lui. Les nations, a-t-il affirmé, ne se construisent ni dans l’attentisme, ni dans la méfiance, ni avec des mains tremblantes, mais avec l’esprit d’un combattant engagé sur le front.

Un équilibre fragile

Et si le Président de la République a insisté sur la nécessité d’alléger la pression fiscale, c’est qu’il est conscient que cette réforme est, aujourd’hui, plus qu’impérative.

Qu’en est-il, exactement, aujourd’hui ?

À 25,9% du produit intérieur brut (PIB) en 2025, la pression fiscale tunisienne se classe au premier rang du Maghreb et du monde arabe. C’est le constat que dresse une lecture comparative des données du Fonds monétaire international (FMI) et des ministères des Finances de la région. Mais derrière ce chiffre respectable se cachent plusieurs réalités moins flatteuses.

La Tunisie devance la Turquie (24,0% en 2024), le Maroc (23,1%), l’Égypte (13,6%) et la moyenne africaine (16,1%). Ce positionnement a une conséquence directe sur la compétitivité fiscale. Avec un revenu par habitant comparable à celui de ses voisins, la Tunisie supporte une charge fiscale supérieure à la leur, ce qui pèse sur les décisions d’investissement et, en bout de chaîne, sur le pouvoir d’achat des ménages.

Qu’on le veuille ou pas, le climat des affaires est loin d’encourager l’investissement : mesures douanières drastiques, souvent imprévisibles, fiscalité agressive, où la patente devient un outil de harcèlement plutôt qu’un instrument de régulation et impôt sur la fortune qui, d’une part, satisfait les uns mais qui, de l’autre, refroidit les ardeurs des étrangers souhaitant acquérir des biens en Tunisie.

De même, l’entrepreneur est parfois traité comme un suspect au moment où l’informel triomphe, bénéficiant de tous les avantages : pas de taxes, pas de contrôles, pas de normes —et une concurrence déloyale qui écrase les acteurs formels.

A l’évidence, la pression fiscale est élevée pour un pays à revenu intermédiaire, supérieure à tous ses voisins directs, mais insuffisante pour combler un déficit public persistant. L’État collecte davantage chaque année en valeur absolue et continue d’emprunter pour financer environ un cinquième de ses dépenses. La solution ne viendra ni d’une hausse supplémentaire des taux, qui pèserait encore davantage sur la compétitivité ni d’un relâchement budgétaire, mais d’une rationalisation des exonérations fiscales et d’une évaluation rigoureuse de leur efficacité réelle.

L’État doit explorer des alternatives aux mesures temporaires, notamment en élargissant l’assiette fiscale, en incitant les travailleurs du secteur informel à intégrer le marché du travail et en instaurant des taux attractifs afin d’accroître les recettes fiscales sans alourdir la charge fiscale des contribuables. 

 

Les solutions pratiques ne manquent pas

Que peut-on faire, en Tunisie, pour allier stabilité de la fiscalité et conditions idéales d’investissement ? On peut citer, à titre indicatif, l’exemple turc. Il s’agit d’un pays confronté, lui aussi, à des défis économiques, et qui a choisi une stratégie radicalement opposée : attirer, encourager et faciliter.

L’Etat turc a mis en place un impôt sur les sociétés réduit à 9% pour les industriels exportateurs, 14% pour les autres exportateurs et 0% pour les entreprises de services installées dans le centre financier d’Istanbul. Exonérations douanières, subventions sociales, terrains alloués, les avantages successoraux pour les entrepreneurs internationaux n’ont pas manqué. 

C’est ce qui explique, en grande partie, la ruée des investisseurs qui ont débarqué pour profiter de tels avantages avec le résultat économique positif qu’on connaît.

Et si les équilibres financiers exigent une certaine précaution dans l’établissement des normes de la fiscalité et dans la bonne gestion de la pression fiscale, les experts sont unanimes quant à la nécessité d’opter pour de bonnes solutions, dont l’allégement de la fiscalité sur l’investissement productif, en s’inspirant par exemple du modèle turc qui est un premier pas à prendre en considération et en prime, réduire l’impôt sur les sociétés pour les exportateurs, les industriels et les startups. Ou encore réformer les douanes en passant d’une logique punitive à une logique facilitatrice, lutter contre l’informel par l’incitation, pas seulement par la répression, renforcer la gouvernance, simplifier les procédures administratives à travers une digitalisation réelle et généralisée, créer des zones économiques spéciales avec une fiscalité réduite, des procédures accélérées et un guichet unique et sécuriser les investisseurs étrangers par des garanties juridiques, une stabilité des contrats et une protection contre l’arbitraire.

Et si le Chef de l’Etat intervient aujourd’hui avec sagesse et avec tout le sens de responsabilité qui l’habite pour inciter le gouvernement à rectifier le tir, c’est que le moment est venu pour mettre en place une gouvernance sérieuse et protectrice, mais également souple et ouverte qui prenne en compte les changements à travers le monde et la nécessité de s’y impliquer avec responsabilité et vigilance.

Le Président de la République a montré la voie et il s’agit d’adhérer à ces nouveaux choix avec la célérité qui s’impose et avec la sincère volonté de changer tout ce qui ne va pas. 

Sur le plan intérieur, il est grand temps d’ouvrir sérieusement, sans trembler, le dossier de l’informel et de l’intégrer dans le circuit économique légal.

De même, rien n’est perdu en matière d’investissements, surtout étrangers, car la Tunisie jouit d’atouts considérables avec sa position géographique, ses compétences, sa jeunesse, son énergie, sa fidèle diaspora et une volonté politique inébranlable pour permettre à notre pays de dépasser ses problèmes et d’entrevoir le futur avec  beaucoup d’espoir et des ambitions légitimes.

 

fisc - fiscalité

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