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Accueil » Contre la corruption, pour la justice sociale : le pari pour un État au service du citoyen
NATION dimanche, 27 septembre, 2026,08:359 Mins Read

Contre la corruption, pour la justice sociale : le pari pour un État au service du citoyen

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    Par Ahmed NEMLAGHI

La réunion tenue le 23 septembre au palais de Carthage entre le Président de la République, Kaïs Saïed, la Cheffe du gouvernement Sarra Zaâfrani Zenzri et le Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie Fethi Zouhair Nouri dépasse, par les thèmes abordés, le seul cadre de la politique monétaire ou des équilibres financiers. Elle traduit une orientation plus large dans laquelle se retrouvent deux axes récurrents du discours présidentiel : la lutte contre la corruption et la recherche de la justice sociale.

Le Chef de l’État a notamment insisté sur le rôle de la Banque centrale dans le soutien à l’économie nationale, sur la nécessité de faciliter l’accès au crédit, sur la mission particulière des banques publiques, sur la maîtrise des prix et sur la rationalisation des importations. Mais il a surtout replacé ces questions économiques dans une conception plus globale du rôle de l’État : produire les conditions de la justice, préserver les ressources publiques et garantir que les richesses créées puissent être réparties de manière équitable.

Cette vision ne constitue pas une déclaration isolée. Elle s’inscrit dans une série de prises de position et de décisions intervenues au cours de l’année 2026 sur la corruption, les services publics, l’emploi, le développement régional et la récupération des fonds considérés comme spoliés.

Le raisonnement présidentiel est clairement établi : la justice n’est pas seulement l’aboutissement de la croissance économique, elle doit également en constituer une condition.

Lors de la réunion de Carthage, Kaïs Saïed a ainsi considéré que le devoir national impose de réaliser la justice, présentée comme une condition préalable à la création des richesses et à la répartition équitable de leurs fruits. Cette conception donne à la politique économique une dimension sociale qui dépasse les seuls indicateurs de croissance, d’investissement ou d’équilibre budgétaire.

 

La question devient celle de la finalité de l’économie

Produire davantage est nécessaire. Préserver les équilibres financiers est indispensable. Encourager l’investissement et l’entreprise demeure essentiel. Mais, dans la conception défendue par le Chef de l’État, ces objectifs ne sauraient être dissociés de leurs conséquences sur la vie quotidienne.

Kaïs Saïed avait déjà affirmé, en mars 2026, que la répartition équitable des richesses constituait la finalité ultime des politiques publiques et que les statistiques économiques n’avaient véritablement de sens que lorsqu’elles se traduisaient par des effets perceptibles dans la vie quotidienne des citoyens et dans les différentes régions du pays.

Il s’agit donc d’un changement de perspective : l’économie n’est plus seulement appréciée à travers les chiffres globaux, mais également à travers leur traduction sociale.

C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre la place accordée à la lutte contre la corruption.

Dans son intervention du 23 septembre, le Président de la République a donné à cette notion une portée qui dépasse la seule corruption financière. Il a évoqué la fraude, l’entrave au fonctionnement des services publics et les pratiques susceptibles de porter atteinte aux agents de l’administration.

Cette approche est importante sur le plan économique comme sur le plan social.

Lorsqu’une ressource publique est détournée, ce sont des moyens qui ne sont pas consacrés à l’investissement ou aux services publics. Lorsqu’un établissement public est mal géré, ce sont les citoyens qui peuvent en subir les conséquences. Lorsqu’un service administratif est entravé, c’est l’accès au droit qui devient plus difficile.

La corruption n’est donc pas seulement une infraction portant atteinte aux finances publiques. Dans cette conception, elle constitue également un facteur d’inégalité.

Elle permet à certains de bénéficier d’avantages auxquels d’autres n’ont pas accès. Elle affaiblit l’égalité devant l’administration. Elle renchérit parfois le coût de l’activité économique. Elle réduit la confiance dans les institutions.

 

«L’État social» : du principe à la réalité

L’autre dimension essentielle du discours présidentiel concerne l’État social.

Kaïs Saïed a rappelé que la Constitution tunisienne prévoit la coexistence des secteurs public et privé ainsi que leur complémentarité sur la base de la justice sociale. Il a également cité plusieurs secteurs dans lesquels l’État assume une responsabilité majeure : santé, transport, éducation et couverture sociale.

Mais il a surtout insisté sur une idée : l’État social ne doit pas rester un principe inscrit dans les textes, il doit être perceptible dans la vie quotidienne du citoyen, dans toutes les régions du pays.

Cette affirmation permet de comprendre l’importance accordée aux services publics dans la politique affichée par le Chef de l’État.

L’école, l’hôpital, le transport, la couverture sociale, le logement ou encore l’administration ne sont pas considérés uniquement comme des secteurs de dépenses publiques. Ils constituent des instruments de cohésion sociale.

La justice sociale se mesure donc également à la capacité du citoyen à accéder à ces services dans des conditions acceptables, quel que soit son lieu de résidence ou son niveau de revenu.

Le rôle attribué au système bancaire s’inscrit dans la même logique.

À Carthage, le Président de la République a rappelé le rôle de la Banque centrale dans le soutien à l’économie nationale et a insisté sur la nécessité de faciliter l’accès aux crédits à des conditions avantageuses. Il a également souligné la mission des banques publiques dans l’accompagnement de l’effort de l’Etat. Le message est double. D’une part, le système financier doit contribuer aux équilibres macroéconomiques. D’autre part, il doit participer au financement de l’économie réelle.

Le crédit devient ainsi un instrument de politique économique et sociale. Il peut permettre à une entreprise d’investir, à un entrepreneur de développer une activité, à un projet de créer des emplois.

Mais son accès doit également être compatible avec les capacités de remboursement des bénéficiaires. La question du coût du crédit devient, dans ce contexte, une question d’équité économique.

C’est précisément pourquoi le Président de la République associe, dans la même réflexion, banques, production, prix et justice sociale.

 

Les prix : la justice sociale au quotidien

La hausse des prix constitue probablement l’un des domaines où la justice sociale devient la plus immédiatement perceptible.

Une politique sociale peut prévoir des augmentations salariales, des aides ou des mécanismes de protection. Mais si les prix des produits et services essentiels augmentent parallèlement, l’effet de ces mesures peut être limité.

Le Président de la République a donc insisté, lors de la réunion du 23 septembre, sur la nécessité de rationaliser les importations tout en poursuivant la lutte contre la corruption.

L’objectif affiché est de mieux maîtriser les mécanismes économiques qui influent sur les prix, tout en préservant les besoins du marché national.

La question est d’autant plus importante que la protection du pouvoir d’achat constitue une dimension centrale de toute politique sociale.

La justice sociale ne se résume pas au revenu nominal. Elle dépend également de ce que ce revenu permet réellement d’acheter.

Depuis plusieurs mois, le Chef de l’État relie régulièrement lutte contre la corruption à réforme des institutions.

En août 2026, Kaïs Saïed avait déclaré que le démantèlement des réseaux de corruption constituait, selon ses termes, un préalable incontournable à la satisfaction des revendications populaires dans les régions. Il avait également insisté sur la nécessité de traiter les dossiers selon une approche globale visant leurs causes et leurs effets.

Cette orientation apparaît également dans le dossier de la réconciliation pénale.

En juin 2026, lors de la cérémonie de prestation de serment des membres de la Commission nationale de réconciliation pénale, le Président Kaïs Saïed avait réaffirmé que la reddition des comptes constituait une revendication légitime du peuple et insisté sur la récupération des fonds publics.

En août, il avait encore appelé à accélérer l’examen des dossiers, affirmant que le droit de l’État à récupérer les fonds du peuple ne se prescrivait pas. Il avait également présenté la récupération des fonds comme l’objectif central de la démarche, plutôt que la vengeance à l’encontre des personnes concernées.

Le principe affiché est donc celui d’une reddition des comptes associée à la récupération des ressources publiques.

 

Restaurer la confiance dans l’État

La question de la corruption touche finalement à celle de la confiance. Un citoyen accepte plus difficilement les contraintes économiques, fiscales ou administratives lorsqu’il estime que les ressources publiques sont mal utilisées ou que certains bénéficient de privilèges auxquels d’autres n’ont pas accès.

Inversement, une administration efficace, transparente et accessible peut contribuer à restaurer la confiance dans les institutions.

C’est dans cette perspective que le Président de la République avait également insisté, en janvier 2026, après réception du rapport annuel de la Cour des comptes, sur la nécessité de donner des suites concrètes aux constats des organes de contrôle. Le rapport faisait notamment état de pertes importantes concernant plusieurs structures publiques. Kaïs Saïed avait alors souligné que les rapports ne suffisaient pas et que leur importance résidait également dans les suites et les résultats qui doivent en découler.

Contrôler ne suffit pas. Constater ne suffit pas. Il faut, dans cette logique, corriger les dysfonctionnements, récupérer les fonds lorsque les faits sont établis et empêcher la reproduction des mêmes pratiques. La justice sociale commence aussi par l’égalité des chances.

La dimension sociale de cette politique apparaît également dans le dossier de l’emploi.

En avril 2026, le Président de la République avait insisté sur la nécessité de garantir des critères de justice et d’équité dans le recrutement des chômeurs de longue durée. Il avait dénoncé, à cette occasion, les pratiques de recrutement fondées sur les allégeances plutôt que sur des critères transparents.

Là encore, le lien entre corruption et justice sociale est direct. Une administration dans laquelle l’accès à l’emploi dépendrait de relations personnelles, de favoritisme ou de privilèges ne pourrait être considérée comme pleinement équitable.

La justice sociale commence donc également par l’égalité devant les procédures, les concours, le recrutement et l’accès aux opportunités.

C’est finalement ce qui permet de relier les différents volets du discours présidentiel.

La lutte contre la corruption, la réforme des services publics, le rôle des banques publiques, l’accès au crédit, la maîtrise des prix, l’emploi, le développement régional et la récupération des fonds publics peuvent apparaître comme des dossiers distincts.

Dans la logique exposée par le Chef de l’Etat, ils relèvent pourtant d’une même conception, celle d’un État qui doit veiller à ce que les ressources nationales soient utilisées au bénéfice de la collectivité et à ce que les citoyens puissent accéder aux services et aux opportunités sur des bases équitables.

Le Plan de développement 2026-2030 est présenté par le gouvernement comme s’inscrivant dans cette orientation, avec l’objectif affiché d’une répartition équilibrée des richesses et d’un développement inclusif et équitable. La démarche revendiquée repose également sur une approche ascendante, partant des niveaux local et régional pour aboutir au niveau national.

 

justice sociale Kais Saied Président de la République

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