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Accueil » Marché des véhicules électriques : une croissance sur les chapeaux de roue 
Autos mercredi, 14 octobre, 2026,08:325 Mins Read

Marché des véhicules électriques : une croissance sur les chapeaux de roue 

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Longtemps perçu comme une petite niche réservée à une élite ultra-aisée et freiné par des barrières douanières et fiscales dissuasives, le marché de la mobilité électrique en Tunisie connaît un véritable tournant. Le secteur de la mobilité bas carbone accélère à un rythme inédit depuis le début de l’année en cours, transformant profondément le paysage automobile national. Selon les dernières données publiées par la Chambre nationale des concessionnaires et des constructeurs automobiles, les ventes des quatre-roues éco-responsables ont explosé les compteurs. Alors que le marché n’avait enregistré qu’environ 600 véhicules électriques écoulés sur l’ensemble de l’année 2025, la barre des 1.100 unités vendues a été franchie durant les quatre premiers mois de 2026, ce qui confirme l’appétit grandissant des automobilistes tunisiens pour les technologies propres.

«La demande augmente aussi bien pour les véhicules 100% électriques que pour ceux hybrides», a souligné Brahim Debbache, le président de la chambre rattachée à l’Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA).

Selon lui, la «phase de forte croissance ne fait que commencer». Le syndicat patronal s’attend, en effet, à ce que le nombre de véhicules à faibles émissions qui devraient être commercialisées sur l’ensemble de l’année en cours s’approche de 4.000 unités, avec l’arrivée de nouvelles marques et la hausse des commandes passées auprès des marques ayant déjà pignon sur rue. À ce rythme, l’objectif de 50.000 véhicules électriques vendus par an en 2030 fixé par les autorités devrait être atteint facilement, alors que le secteur des transports représente environ 30% de la consommation finale d’énergie du pays et plus d’un quart de ses émissions de gaz à effet de serre.

Le principal catalyseur de cette dynamique réside incontestablement dans la volonté des pouvoirs publics de verdir le parc automobile tunisien et de renforcer l’efficacité énergétique dans un secteur des transports particulièrement énergivore à l’heure où la facture des carburants pèse lourdement sur les finances publiques. Au premier semestre 2026, les subventions aux carburants ont atteint 2,427 milliards de dinars, représentant 69,62% du total des dépenses de subvention de l’État tunisien.

Le directeur de l’efficacité énergétique dans le secteur du transport à l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), Abdelhamid Gannouni, rappelle que le démarrage en trombe que connaît le secteur de la mobilité électrique est le fruit du renforcement progressif des mesures incitatives adoptées dans les dernières lois de finances. «Les voitures électriques bénéficient actuellement d’une exonération totale des droits de douane, qui ont été ramenés de 30% à 0%. La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) a été abaissée de 19 à 7%, tandis que la taxe de circulation a été réduite de 50%», a-t-il détaillé dans une vidéo publiée récemment par l’agence.

Éliminer deux angles morts pour débloquer le potentiel du secteur

À cela s’ajoute l’adoption d’un nouveau mode de calcul de la puissance fiscale. Auparavant pénalisées par les formules des moteurs thermiques, les voitures électriques sont désormais classées de manière juste, allant de 2 ou 3 chevaux fiscaux jusqu’à 7 CV pour les modèles de plus grande taille. Ces mesures ont provoqué une onde de choc positive sur les grilles des prix des concessionnaires. Une voiture électrique autrefois commercialisée aux alentours de 100.000 dinars s’affiche désormais à près de 58.000 dinars, soit une baisse spectaculaire de plus de 40%, avec des fourchettes tarifaires globales oscillant entre 45.000 et 65.000 dinars pour les citadines.

D’autre part, la levée des freins administratifs, notamment la sortie des voitures électriques du système restrictif des quotas, a permis d’inonder le marché d’une offre beaucoup plus riche et diversifiée. Le nombre de modèles proposés en Tunisie a ainsi grimpé d’une quinzaine il y a deux ans à plus de 60 modèles aujourd’hui.

Le principal frein à une croissance plus rapide du marché réside cependant dans le déficit d’infrastructures. Le déploiement des points de recharge se fait actuellement beaucoup plus rapidement que le virage vers l’électrique, car on a jusqu’ici mis la charrue avant les bœufs.

Le réseau national de bornes demeure embryonnaire et profondément inégalitaire. La grande majorité des stations fonctionnelles se concentre dans le Grand Tunis et les grandes villes situées sur le littoral.

À mesure que le parc grandit, la structuration d’un cadre réglementaire et technique régissant l’activité de recharge publique et privée devient une priorité absolue. Les données de l’ANME révèlent qu’environ 90% des recharges s’effectuent dans la sphère privée (à domicile ou sur le lieu de travail), tandis que 10% seulement se font dans des bornes publiques. Dans ce dernier segment, la recharge rapide en courant continu ne représente que 3% des opérations, démontrant que l’usage quotidien s’appuie d’abord sur une routine de recharge nocturne ou stationnaire.

L’autre obstacle qui empêche les ventes des véhicules électriques à passer à la vitesse supérieure concerne l’absence d’un service après-vente et le déficit de compétences spécialisées dans la maintenance. Passer du moteur thermique au bloc électrique exige une transformation radicale des compétences. La mécanique traditionnelle cède ici la place à la mécatronique de haute tension, à la gestion électronique avancée et à la manipulation de systèmes de stockage d’énergie complexes. Actuellement, en dehors des ateliers officiels de quelques concessionnaires pionniers, les mécaniciens indépendants et les centres d’entretien de quartier sont totalement dépourvus des formations et des outillages de sécurité requis. En cas de panne complexe ou de sinistre sur le circuit électrique du véhicule, le consommateur se retrouve face à un vide technique inquiétant.

Ce n’est qu’en éliminant ces angles morts qu’on pourrait faire des véhicules hybrides et électriques les rois de la route de demain. 

Walid KHEFIFI

 

véhicules électriques

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