Par Kamel ZAIEM
Les concertations ont repris entre les trois pays, la Tunisie, l’Algérie et l’Egypte, pour trouver une solution politique définitive en Libye. Il s’agit d’un retour aux initiatives de la Tunisie et de son président qui ont toujours appelé au dialogue pour arriver à une paix conçue par les Libyens eux-mêmes qui satisfait toutes les parties engagées. Cette fois-ci, c’est à Alger, autre pays directement concerné par ce qui se passe du côté de Tripoli, que Tunisiens, Algériens et Egyptiens discutent des opportunités de paix en Libye, sur la base de ce qui était proposé, depuis quelque temps, par le président de la République, Kaïs Saïed…
C’est dans cette optique que le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a reçu, avant-hier dimanche, le ministre tunisien des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti. Ce dernier était en visite en Algérie pour participer à la réunion du Mécanisme de concertation tripartite sur la Libye, qui a réuni les chefs de la diplomatie de la Tunisie, de l’Algérie et de l’Égypte.
Sur le dossier libyen, Nafti a affirmé la convergence des positions des dirigeants politiques tunisiens et algériens : soutien à un règlement politique global entre toutes les composantes de la scène libyenne, sous l’égide des Nations unies, et poursuite de la coordination au sein du Mécanisme tripartite Tunisie-Algérie-Égypte, afin de hâter une solution politique en Libye.
Nafti a transmis au président Tebboune les salutations du président Kaïs Saïed ainsi que ses félicitations à l’occasion du 72e anniversaire du déclenchement de la Révolution algérienne. Il a souligné la qualité des relations tuniso-algériennes, fondées sur la confiance mutuelle et une concertation permanente au plus haut niveau. Il a également réaffirmé la volonté commune de renforcer la coopération bilatérale dans différents domaines, au service du développement et d’un partenariat solidaire. Il a évoqué les efforts des différents secteurs pour bien préparer les prochaines échéances bilatérales, conformément à la volonté des deux dirigeants.
Le ministre a salué l’accueil de la réunion tripartite par l’Algérie, qui témoigne, selon lui, de l’attachement des trois pays à la régularité de ce rendez-vous et de leur responsabilité historique partagée envers la Libye.
A ce propos, le président tunisien, Kaïs Saïed, a toujours mis en exergue l’importance de «la coordination et des concertations» établies entre la Tunisie et l’Algérie en vue de «rétablir la paix en Libye» et de «relancer un dialogue inter-libyen rassembleur». C’est ce même discours que le chef de l’Etat a transmis, il n’y a pas longtemps, à la cheffe par intérim de la Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul) lors de l’une de ses visites en Tunisie, insistant sur le rôle capital des pays voisins de la Libye dans l’identification d’une solution pacifique à la crise dans ce pays, soulignant, à ce titre, la coordination et les concertations établies entre la Tunisie, l’Algérie et l’Egypte pour réaliser la stabilité en Libye.
Le président tunisien a réitéré au cours de son entretien avec l’émissaire onusienne la disposition de la Tunisie à «contribuer à la relance du processus politique en accueillant un dialogue national regroupant les différentes composantes du peuple libyen». Il a, par ailleurs, réaffirmé la position de la Tunisie à l’égard de cette crise «visant à trouver un règlement politique global qui préserve l’unité et la souveraineté de la Libye dans le cadre d’un dialogue interlibyen rassembleur sous les auspices des Nations unies».
S’alignant sur la position de la Tunisie, le président algérien a évoqué, dans la foulée, «une possible solution algéro-tunisienne», au conflit en Libye, affirmant que le règlement de cette crise «passe impérativement par la table du dialogue et que l’usage des armes n’est et ne sera jamais la solution».
La nécessaire restauration de la souveraineté du peuple libyen
Toujours dans cette optique de recherche de solutions pacifiques pour ce pays, on se rappelle des propos du président tunisien à l’ouverture du Forum de dialogue politique libyen organisé par la Tunisie. Le président Kaïs Saïed a déclaré, à cette occasion, que la solution à la crise libyenne réside dans la restauration de la souveraineté du peuple, et non pas dans le recours aux armes ou à la détonation des balles : «La solution (en Libye) n’émanera pas des armes ou de la détonation des balles (…) La solution réside dans le fait que le peuple libyen retrouve sa pleine souveraineté sur chaque parcelle de son territoire national».
Il a également affirmé que «le peuple libyen est capable de surmonter toutes les difficultés et tous les obstacles». Et de poursuivre en disant : «Nous procédons avec la même détermination et la même volonté sincère pour trouver une solution afin de surmonter cette crise, quelles que soient sa complexité et la gravité des difficultés».
Et d’ajouter : «Le peuple libyen a le droit de réaliser son propre destin, en se munissant d’une nouvelle légitimité qui émane de lui seul, et il n’y a pas de place pour une quelconque tutelle, sous quelque titre ou forme que ce soit. L’adhésion à la légitimité internationale exige une foi inébranlable dans la loi, et sachant que la légitimité est limitée dans le temps, il est impératif, par conséquent, d’user d’un soin particulier pour mettre en place une légitimité issue de la seule volonté des citoyens et des citoyennes libyens».
Des soucis communs
Insistant sur la nécessité d’aboutir à une solution pacifique en Libye, la Tunisie, l’Algérie et l’Egypte mesurent l’importance de concertations communes pour y parvenir, sachant que chacun de ces trois pays ne peut que louer toute initiative allant dans ce sens pour assurer la paix dans toute la région de l’Afrique du Nord.
La Tunisie est, comme on le sait, confrontée à des enjeux vitaux avec son voisin libyen. Et cet intérêt de haute importance ne se limite pas au poste de Ras Jedir, le fameux passage frontalier entre les deux pays. Directement concerné par ce qui se passe dans ce pays, Tunis maintient une position de neutralité à l’égard des deux camps et privilégie le dialogue libyo-libyen. Cette retenue lui permet de conserver des relations avec l’ensemble des acteurs et de confirmer le principe de non-ingérence étrangère qu’il ne cesse de défendre.
Pour l’Algérie, la question libyenne touche avant tout à la sécurité de sa longue frontière méridionale. Alger redoute qu’une Libye fragmentée ou fortement militarisée ne favorise les trafics et la circulation des groupes armés dans l’ensemble de la bande sahélienne. Sa position reste fondée sur quelques principes constants.
A Alger, on fait tout pour éviter à la Libye une solution militaire, appelant à un processus conduit par les Libyens eux-mêmes sous l’égide des Nations unies, des élections comme issue politique et le départ des forces et des mercenaires étrangers.
De même, Alger craint de voir d’autres pays (Etats-Unis, Turquie, France…) imposer leur propre plan de paix. Il cherche surtout à éviter qu’un éventuel arrangement négocié sans les pays voisins ne marginalise leurs intérêts directs.
Quant à l’Egypte, qui entretient des relations étroites avec l’Est tout en maintenant le contact avec Tripoli, l’idéal serait de parvenir à une solution libyo-libyenne qui assure l’unité territoriale du pays et qui garantit le départ des forces étrangères et des mercenaires. L’Égypte entend aussi préserver une place particulière dans toute future architecture sécuritaire, compte tenu de sa frontière avec la Libye et de ses intérêts importants dans l’Est, qu’ils soient liés à la sécurité nationale, à l’économie ou à la main-d’œuvre.
C’est dire que ces trois pays défendent une même approche malgré des préoccupations différentes. Avec l’Égypte, les deux pays ont maintenu leur mécanisme de concertation sur la Libye afin de soutenir une solution politique libyenne, préserver l’unité du pays et limiter les ingérences extérieures. Ce cadre leur permet de faire entendre la voix des pays voisins face à des initiatives américaines, européennes et moyen-orientales qui se basent sur d’autres intérêts.
