Auteur/autrice : S.B.

Par Slim BEN YOUSSEF À Berlin, le cinéma regarde droit, éclairage cru, sans ambages. La Berlinale 2026 s’ouvre sans fard avec No Good Men de la réalisatrice afghane Shahrbanoo Sadat : le récit d’un doute intime, au seuil d’un monde qui se referme. Un choix inaugural. Et déjà une orientation. Rien à célébrer. Encore moins à enjoliver. Mais un regard frontal sur la violence politique et morale. Un cinéma rugueux, sans promesse de consolation. L’ouverture fixe une ligne, la programmation s’y tient. En Compétition comme dans Panorama, les films sur les migrations, l’exil et la frontière occupent une place centrale.…

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Par Slim BEN YOUSSEF Ils avaient des salles de classe parfois froides, des tableaux noircis à la craie, des piles de cahiers, et cette conviction simple : une langue peut ouvrir une fenêtre. Ils travaillaient sans savoir quels métiers existeraient demain, ni à quoi ressemblerait ce monde-ci, mais pariaient sur une chose : qu’il serait plus vaste. Dans les années 1970, une génération d’enseignants tunisiens a patiemment posé les fondations d’un chantier discret mais décisif : faire de l’anglais une langue enseignée, apprise, transmise, normalisée. Des voix lançaient open your books. Ils parlaient de listes d’irregular verbs. De homework, de…

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Par Slim BEN YOUSSEF Trois millions de pages. Un chiffre vertigineux, presque abstrait. Une masse documentaire qui écrase l’imagination avant même de livrer du sens. Les « dossiers Epstein » sortent de l’ombre. Caviardés. Fragmentaires. Mais assez éloquents pour raviver une vieille interrogation : que savons-nous, au juste, de ceux qui gouvernent ce monde ? Pour l’instant, l’agitation est surtout numérique. Les réseaux sociaux s’embrasent. Les grands médias occidentaux observent, temporisent, mesurent chaque mot. Il faut dire que ces archives furent longtemps reléguées au rang de fantasmes complotistes. Leur existence même était contestée. Les voilà pourtant là, brutes, désordonnées, inconfortables.…

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Par Slim BEN YOUSSEF Youssef Jebali avait dix ans. Il allait à l’école. Une pause minuscule dans le mouvement du matin. Une respiration ordinaire. Puis un mur est tombé. Ce mur n’était ni ancien ni célèbre. Construit dans les années 2000, relevant d’une administration publique, il faisait partie de ces morceaux de paysage que l’on cesse de voir. Ceux qui tiennent. Jusqu’au jour où ils cèdent. À Téboursouk, un enfant est mort contre un mur. À Mezzouna, l’an dernier, trois élèves ont été fauchés dans l’enceinte de leur lycée par l’effondrement d’un autre mur. Deux drames. Une même grammaire. Celle…

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Par Slim BEN YOUSSEF Certains arts élèvent la voix. D’autres élèvent le regard. Le théâtre de marionnettes appartient à ces formes discrètes qui déplacent des mondes sans faire trembler les murs. À l’heure où l’image se consomme plus vite qu’elle ne se regarde, la marionnette persiste à demander du temps. Du temps pour fabriquer. Pour manipuler. Pour écouter. Elle vise plus loin : une traversée. Les Journées des arts de la marionnette de Carthage, dans leur septième édition, rencontrent un anniversaire rare : les cinquante ans du Centre national des arts de la marionnette. Cinquante ans : des dates. Mais…

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Par Slim BEN YOUSSEF Il y a, sur nos rivages, des passions silencieuses qui survivent au vacarme des hommes, consentent à l’absurde du monde et donnent encore prise au réel. La pêche à la ligne et la pêche artisanale en font partie. Elles tiennent le fil sans bruit, sans spectacle, avec la seule obstination de durer. Et cette persistance dit beaucoup de notre tunisianité, de notre méditerranéité, de notre façon d’habiter le monde sans le dévorer. Le pêcheur à la ligne, immobile au bord de l’eau, connaît une sagesse rare. Corps posé sur le sable, regard tendu vers l’horizon, il…

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Par Slim BEN YOUSSEF Ce qui se joue autour du Groenland dit moins une menace russe ou chinoise qu’un effondrement stratégique européen. Prisonnière de réflexes russophobes et sinophobes, l’Union européenne ne voit pas que la véritable prédation vient d’ailleurs — et qu’elle en est déjà la victime consentante. Le Danemark incarne cette dérive. Élève modèle de la soumission atlantiste, il a accepté l’espionnage depuis son sol, acheté des F-35 américains — symboles coûteux d’une dépendance technologique totale — et relayé sans nuance le récit trumpien d’une menace russo-chinoise pourtant inexistante au Groenland. Mais la peur, lorsqu’elle devient doctrine, dispense de…

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Par Slim BEN YOUSSEF La santé parle toujours au-delà de la santé. Elle dit le rapport d’un État à la vie humaine qu’il administre, protège ou expose. En Tunisie, l’aggravation des pénuries de médicaments révèle une épreuve silencieuse mais décisive. Les étagères vides racontent autre chose qu’un incident logistique : des traitements interrompus, des parcours de soins fragilisés, des angoisses qui s’installent, des existences mises en suspens. Une question politique affleure, obstinée : que vaut la souveraineté lorsqu’elle ne garantit plus l’accès au soin ? La pénurie s’est installée dans le paysage sanitaire, avec la discrétion des crises qui durent.…

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Par Slim BEN YOUSSEF Il faut penser ceci : lorsqu’une nation se séduit elle-même, elle retrouve le sens de son adresse au monde. Le bien-être social devient alors son langage naturel — une manière d’être qui attire et entraîne. Nos élites parlent réformes, urgence, redressement. Elles parlent rarement de ce qui les rend concrets : le bonheur social. Le vrai retard tunisien n’est peut-être ni économique ni institutionnel. Il est civilisationnel. Le bonheur collectif a cessé, un temps, d’être une ambition nationale. Qu’est-ce que le bonheur collectif ? Une intensité partagée. Une énergie d’ensemble. Une souveraineté discrète qui gouverne les corps autant…

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Par Slim BEN YOUSSEF Il arrive des moments où un pays doit moins se raconter qu’il doit s’entraîner. S’échauffer, tester ses appuis, assouplir ses réflexes. La Tunisie est à cette heure-là. Le monde accélère, se recompose, invente ses urgences. Rester immobile serait une manière élégante de décrocher. Ce dont nous avons besoin n’est pas d’un grand soir rhétorique, mais d’une gymnastique institutionnelle quotidienne : souple, disciplinée, intelligente. Des institutions capables de plier sans rompre, de décider sans s’ankyloser, d’agir sans s’excuser d’agir. Gouverner, aujourd’hui, relève moins de l’incantation que de l’exécution. La réforme devient alors un tempo. Les pays qui…

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