Par Slim BEN YOUSSEF La Foire du livre se tient. Tout ramène à ceci : qu’est-ce qui lie un écrivain à son lecteur ? À qui écrit-on, au fond ? Écrire un livre, c’est présupposer un lecteur. Même nié, même tenu à distance. Certains écrivains ont revendiqué cette indifférence. Michel de Montaigne ne cherchait pas « la faveur du monde » : ses Essais furent d’abord une enquête sur lui-même. Fernando Pessoa écrivait comme on se parle à voix haute, sans autre destinataire que soi. Stendhal destinait Le Rouge et le Noir à quelques « happy few ». Écrire, ici,…
Auteur/autrice : S.B.
Par Slim BEN YOUSSEF On entre à Kesra comme dans un souvenir laissé en suspens sur le rebord du monde. Là-haut, rien n’insiste. Tout laisse être. Les pierres parlent bas. Les filets d’eau s’étirent sans hâte. Les ombres retiennent la rumeur des siècles. Le temps a pris racine dans le roc et les visages. Il est devenu figuier, cerisier, murmure qui descend la pente. Une femme : Mounira. Elle pétrit la semoule. L’huile d’olive glisse entre ses doigts. Le feu attend. Le mlaoui prend forme. Elle parle de ses deux filles. L’une étudie à Sfax, l’autre à Zaghouan. Elles reviennent aux…
Par Slim BEN YOUSSEF Carte postale. On l’a vue, souvent. La Tunisie se donne à voir depuis la mer, par habitude. Le rivage en fixe l’image, en règle le tempo, en limite l’horizon, et en réduit le regard. Le tout-balnéaire s’y installe, comme une évidence ancienne, paresseuse. On y vient, on y revient, et le reste demeure à distance, comme un arrière-pays relégué à la marge du récit. Pourtant, le pays s’ouvre ailleurs. Reliefs patients, forêts anciennes, plaines travaillées, désert souverain. Un territoire généreux par ses formes, habité de beautés. Une géographie vécue, offerte à qui prend le temps de…
Par Slim BEN YOUSSEF Alors que la guerre américano-sioniste contre l’Iran s’enfonce dans l’escalade, une évidence surgit : Gaza aura été à la fois une tragédie et un laboratoire. Un terrain d’essai pour une nouvelle manière de faire la guerre. Frapper non seulement les combattants, mais la société qui les porte. Briser non seulement une résistance, mais les conditions mêmes de la vie. À Gaza, le génocide devient méthode. La méthode, doctrine. Aujourd’hui, la doctrine change d’échelle : l’Iran. De Gaza à l’Iran, cet assaut délibéré contre les réseaux de résistance porte l’empreinte d’un sionisme sans foi ni loi, obsédé…
Par Slim BEN YOUSSEF Les analyses occidentales scrutent cette guerre américano-sioniste contre l’Iran à hauteur de radars : trajectoires balistiques, cours du pétrole, portée des frappes et des ripostes. Les écrans clignotent, les « experts » commentent, les cartes se couvrent de cibles et de certitudes. Tout semble calculable. Une dimension entière disparaît pourtant du champ de vision : l’épaisseur spirituelle et culturelle, vieille de siècles, que les radars ne voient pas. Car l’Iran ne se réduit pas à un État. Une mémoire civilisationnelle le traverse, tissée de lieux, de récits et de symboles. Pour beaucoup de stratèges occidentaux, Qom n’est qu’un…
Par Slim BEN YOUSSEF Cette guerre sans nom menée par l’entité sioniste et son suzerain étasunien contre l’Iran est un chef-d’œuvre d’hypocrisie balistique. Elle invoque la civilisation et répand les cendres. Elle brandit la « libération » et confisque la souveraineté. Devant leurs opinions publiques, ils osent dire que cette horreur — déjà lourde de cercueils, de ruines et d’impostures — viserait à « libérer » les Iraniens, à décréter leur bonheur futur. On bombarde un peuple au nom de son propre bien ; on détruit une nation au nom d’une « liberté » vassalisée, importée, administrée depuis l’extérieur. La liberté, ici,…
Par Slim BEN YOUSSEF La Berlinale 2026 s’est tenue à découvert. Le réel ne laissait guère de marge : il pesait, cognait aux portes des salles. Sur les écrans comme dans les tribunes, une même pulsation s’est imposée : celle d’un monde à vif, où les fractures du présent déplacent les seuils moraux autant qu’esthétiques. La cause palestinienne, dans l’immédiat après le génocide historique de Gaza, a traversé le festival comme une ligne de faille active. Le tempo s’est imposé, avant même les récits. Le contraste avec le discours inaugural n’en est que plus saisissant. Wim Wenders, président du jury,…
Par Slim BEN YOUSSEF Présenté en compétition à la Berlinale, Moscas, du réalisateur mexicain Fernando Eimbcke, filme l’enfance à distance du drame. À hauteur d’un garçon tenu hors de l’hôpital où sa mère est prise en charge, le film déplace l’impuissance vers le jeu, esquissant une pédagogie discrète et bouleversante de la perte. Le film assume la durée de ses premières scènes, installant une cohabitation sous tension. Olga, la soixantaine, vit seule face à un grand hôpital, contre-champ silencieux et aveugle. Elle sous-loue une chambre, sans aménité, pour financer une opération du pied. L’arrivée d’un homme fatigué, Tulio, puis de…
Par Slim BEN YOUSSEF Redresser Tunisair est une responsabilité nationale. Une décision qui engage le temps long, l’image du pays et sa capacité à se déplacer dans le monde. Une compagnie aérienne nationale transporte des passagers, mais aussi une réputation, une trajectoire, parfois une signature — un miroir culturel de la nation. L’appareil trace une ligne de souveraineté dans le ciel. La décennie Ennahdha a laissé à Tunisair l’héritage d’un chaos organisé : recrutements sans fonction, déficits chroniques, décisions sans horizon. La compagnie a payé le prix fort d’une gouvernance qui confondait gestion publique et gestion d’un butin. Le coût…
Par Slim BEN YOUSSEF À Berlin, le cinéma regarde droit, éclairage cru, sans ambages. La Berlinale 2026 s’ouvre sans fard avec No Good Men de la réalisatrice afghane Shahrbanoo Sadat : le récit d’un doute intime, au seuil d’un monde qui se referme. Un choix inaugural. Et déjà une orientation. Rien à célébrer. Encore moins à enjoliver. Mais un regard frontal sur la violence politique et morale. Un cinéma rugueux, sans promesse de consolation. L’ouverture fixe une ligne, la programmation s’y tient. En Compétition comme dans Panorama, les films sur les migrations, l’exil et la frontière occupent une place centrale.…