Les docteurs au chômage ont organisé, hier, un rassemblement de protestation devant le siège du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique pour réclamer la révision à la hausse du nombre des postes à pourvoir dans le cadre du concours de recrutement des enseignants universitaires et la révision des pondérations des différentes épreuves prévues dans ce cadre.
«Le ministère a annoncé récemment l’ouverture d’un concours national pour le recrutement de 1350 enseignants-chercheurs. Ce nombre est en deçà des attentes étant donné que le nombre de postes vacants qui sont actuellement occupés par des enseignants non permanents comme les vacataires, les enseignants du secondaire rattachés à l’enseignement supérieur et les contractuels dépasse largement les 5000», a expliqué au Temps le porte-parole de la coordination nationale des docteurs au chômage, Hamda Kouki. Et d’ajouter : «Nous réclamons la mise en œuvre de la décision présidentielle relative à la création de 5000 postes d’emploi pour les docteurs chercheurs au sein des universités et des centres et laboratoires de recherche rattachés aux divers ministères».
La coordination nationale des docteurs au chômage réclame d’autre part la révision de la pondération des épreuves prévues dans le cadre du concours de recrutement des enseignants-chercheurs.
«Actuellement, chaque candidat obtient une moyenne finale résultant des épreuves écrites (70%) et de l’entretien oral (30%). A partir de la moyenne obtenue par chaque candidat (épreuves écrites et orales), le jury délibère et fixe la liste principale et éventuellement la liste complémentaire des candidats admis au concours. Mais c’est au niveau de la pondération de l’entretien oral que le problème se pose, car le taux de 30% fixé ouvre la voie à la corruption et à la manipulation des résultats comme le montrent plusieurs concours organisés auparavant», a expliqué Hamda Kouki, estimant que la pondération de l’entretien oral ne doit pas dépasser 10%.
Le Président de la République, Kaïs Saïed, avait appelé, en juillet 2024, le gouvernement à trouver des «solutions urgentes» au dossier des docteurs chômeurs, expliquant que ces derniers sont «les victimes de certains choix erronés dont ils paient cher le prix».
En plus du recrutement des docteurs au chômage au sein des établissements d’enseignement supérieur, le Chef de l’État avait annoncé, le 13 février dernier, la possibilité de créer au moins 5 000 postes d’emploi pour les docteurs chercheurs au sein de plusieurs centres et laboratoires de recherche rattachés aux divers ministères. Il avait également ordonné «une accélération du processus de recrutement des docteurs au chômage afin de clore définitivement ce dossier», selon un communiqué officiel de la présidence.
Inadéquation entre la formation et les besoins du marché du travail
La coordination nationale des docteurs au chômage a d’autre part réitéré son appel à une intégration directe (sans passer par des concours) des titulaires du plus haut diplôme de l’enseignement supérieur au chômage ou qui exercent des fonctions en deçà de leurs qualifications académiques au sein des centres de recherche rattachés aux ministères et aux établissements publics. Elle a également plaidé pour la suspension de l’ensemble des contrats et des heures de vacation au niveau des établissements de l’enseignement supérieur ainsi que pour l’arrêt de la prolongation de l’activité de certains enseignants-chercheurs au-delà de l’âge de la retraite et la suspension du rattachement des enseignants du secondaire, des experts et des professionnels, notant au passage que 40% des enseignants à l’Université ne sont pas titulaires du diplôme de doctorat.
Le nombre des docteurs chômeurs ou occupant des postes inférieurs à leurs qualifications académiques (enseignants vacataires, fonctionnaires ou simples agents administratifs, etc.) est estimé à environ 7000. Mais des centaines de nouveaux diplômés viennent grossir chaque année les rangs de ces chômeurs «ultra-diplômés» alors que le nombre de postes à pourvoir dans la fonction publique ne cesse de baisser d’une année à l’autre dans un contexte marqué par de fortes pressions sur les finances publiques et que les entreprises publiques et privées ne recrutent pratiquement pas de détenteurs du plus prestigieux diplôme de l’enseignement supérieur.
Les docteurs au chômage bénéficient du soutien de la Fédération de l’enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (FGESRS), un syndicat rattaché à l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), et de l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET). Ces deux syndicats estiment que les docteurs sans emploi sont avant tout «des victimes de l’inadéquation entre la formation universitaire et les besoins effectifs du marché du travail, qui a produit des milliers de diplômés hautement qualifiés contraints soit au chômage, soit à exercer des emplois mal rémunérés et dévalorisants».
L’UGET a également appelé, dans ce même cadre, au lancement d’un dialogue national sur la réforme de l’enseignement supérieur afin d’améliorer l’employabilité des divers diplômes de l’enseignement supérieur.
Walid KHEFIFI
