Par Slim BEN YOUSSEF
Les analyses occidentales scrutent cette guerre américano-sioniste contre l’Iran à hauteur de radars : trajectoires balistiques, cours du pétrole, portée des frappes et des ripostes. Les écrans clignotent, les « experts » commentent, les cartes se couvrent de cibles et de certitudes. Tout semble calculable. Une dimension entière disparaît pourtant du champ de vision : l’épaisseur spirituelle et culturelle, vieille de siècles, que les radars ne voient pas.
Car l’Iran ne se réduit pas à un État. Une mémoire civilisationnelle le traverse, tissée de lieux, de récits et de symboles.
Pour beaucoup de stratèges occidentaux, Qom n’est qu’un point sur la carte. Une ville parmi d’autres. Une cible possible. Dans l’univers chiite, c’est un cœur spirituel et intellectuel : centre théologique majeur, foyer de formation des éminences religieuses. La grande hawza qui s’y trouve irrigue depuis des décennies la pensée chiite contemporaine.
Autrement dit : frapper Qom reviendrait, pour un chiite, à frapper le Vatican pour un catholique.
L’incompréhension commence là. L’Occident ne voit pas ce sanctuaire. Viser l’Assemblée des experts — l’institution chargée d’élire le Guide suprême — équivaudrait à bombarder un conclave de cardinaux en pleine élection papale.
À ce moment-là, l’agression cesse d’être militaire : elle devient symbolique.
Et puis il y a l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei. Les doctrines stratégiques occidentales affectionnent la « décapitation » : supprimer le chef afin de désorganiser l’adversaire. Une mécanique atroce, tirée des manuels militaires et des salles de planification américano-sionistes.
Or cette mécanique se brise contre une tradition spirituelle ancienne : la mort du juste n’achève rien ; elle commence une histoire. Le chef tombé sous les bombes étrangères entre aussitôt dans la longue généalogie des martyrs.
Voilà l’erreur majeure de l’Occident impérialiste : croire qu’un bombardement efface une mémoire. On peut raser une base, un ministère, une ville entière. Les traditions spirituelles, elles, traversent les ruines.
Chaque frappe ajoute une pierre au récit du martyre. Chaque explosion attise la ferveur et la colère. Le sang versé appelle le souvenir et la résistance.
Et ce récit dépasse l’Iran.
Pour les peuples du Sud, la cause palestinienne a déjà fait de la mort et de la lutte des symboles de résistance. Le soutien constant de Téhéran à Gaza nourrit une solidarité instinctive.
Aux yeux du Sud, l’Iran rejoint le même récit : un front de la Résistance face au même ordre international impérial.
