Par Slim BEN YOUSSEF
Alors que la guerre américano-sioniste contre l’Iran s’enfonce dans l’escalade, une évidence surgit : Gaza aura été à la fois une tragédie et un laboratoire. Un terrain d’essai pour une nouvelle manière de faire la guerre. Frapper non seulement les combattants, mais la société qui les porte. Briser non seulement une résistance, mais les conditions mêmes de la vie.
À Gaza, le génocide devient méthode. La méthode, doctrine.
Aujourd’hui, la doctrine change d’échelle : l’Iran.
De Gaza à l’Iran, cet assaut délibéré contre les réseaux de résistance porte l’empreinte d’un sionisme sans foi ni loi, obsédé par le mirage du « Grand Israël ». Mais, comme en Palestine, les Sionistes commettent, en Iran, la même erreur fondamentale. Chaque frappe ajoute une pierre au récit du martyre. Chaque explosion nourrit la mémoire et la résistance. Et ce récit dépasse largement l’Iran. Pour les peuples du Sud, la cause palestinienne a déjà transformé la souffrance en symbole. Le soutien constant de Téhéran à Gaza nourrit aujourd’hui notre solidarité instinctive.
Pendant des décennies, la stratégie israélienne a obéi à une logique simple : frapper fort, frapper vite, contenir les capacités de résistance. Les opérations étaient brèves, violentes, périodiques. Mais Gaza marque une rupture. La population civile cesse d’être un dommage collatéral. Elle devient la cible structurelle de la guerre. Déplacements forcés, bombardements massifs, destruction systématique des infrastructures : vaincre un mouvement de résistance ne suffit plus. Il faut écraser la société qui le rend possible.
Cette logique dépasse désormais les frontières de la Palestine. Depuis le début de la guerre atroce contre l’Iran, les frappes ont fait davantage de victimes civiles que militaires. À Minab, une école de filles pulvérisée a enseveli des dizaines d’écolières sous les gravats. S’y ajoutent les frappes contre des sites classés au patrimoine mondial : le palais de Golestan à Téhéran, celui du shah Abbas II à Ispahan. Extension d’un modèle : mener une guerre contre une société pour en briser les conditions mêmes d’existence.
Cette guerre frappe des écoles, des quartiers, des hôpitaux. Elle atteint ce qui fait battre un pays : ses enfants, ses rues, ses mémoires.
Une guerre contre l’Iran ? Non. Une guerre contre les vivants.
