Par Slim BEN YOUSSEF
Le premier discours de Mojtaba Khamenei comme Guide suprême de l’Iran fixe la ligne. À Téhéran, dans l’ombre encore brûlante de l’attentat atroce qui a emporté son père et décimé sa famille, il exige la fermeture des bases militaires américaines au Moyen-Orient. Les États qui les abritent sont prévenus : ces installations figurent dans la liste des cibles légitimes.
Cibles légitimes ? Le rappel met mal à l’aise certaines capitales arabes.
Enquête de flagrance. Que font, au juste, ces bases étrangères sur le sol de pays souverains ?
Depuis des décennies, la carte du Moyen-Orient se couvre d’enclaves militaires, plantées comme des drapeaux dans le sable et dans les souverainetés. Pistes, radars, casernes, arsenaux. Et une flotte permanente au large. Une géographie de porte-avions, de missiles et d’allégeances géopolitiques.
Quand bien même on invoquerait la « sécurité » et la « paix » régionales, les peuples du Sud y lisent toujours ceci : la mécanique d’une domination. Les avant-postes d’un empire.
C’est que le Moyen-Orient ourle encore les cicatrices de l’histoire. Là où ces bases s’enracinent, les crises fermentent, les guerres essaiment et les avions s’arrachent au sol, chargés de bombes et d’appétits énergétiques.
L’Irak, l’Afghanistan, la Syrie en portent obstinément la trace : des équilibres explosifs, taillés pour engraisser les hégémonies et les convoitises, les cercueils et les contrats pétroliers. Piller les puits et les gisements, les patrimoines et les imaginaires. Projeter la surpuissance américaine. Verrouiller l’ordre régional favorable aux Sionistes.
Dans ce paysage sordide, Gaza a mis en faillite la boutique des grands principes. Le soutien de l’Occident impérialiste au génocide a ruiné son fonds de commerce moral bien au-delà du Moyen-Orient. Des continents entiers observent avec une mémoire lestée de siècles de prédation : occupations, massacres, pillage des richesses, interventions militaires grimées en vertus.
La Palestine ranime le souvenir des souverainetés confisquées. Et c’est précisément le soutien iranien à cette cause juste et universelle qui éclaire aussi la solidarité organique des peuples du Sud avec Téhéran.
Solidarité organique ?
Une fraternité de résistance. Une internationale de l’insoumission.
