Par Slim BEN YOUSSEF
Il aura suffi d’une guerre. Le pétrole s’agite, les routes dérapent, les prix s’emballent. À chaque secousse du monde, la même dépendance revient, nette, insistante, coûteuse. Notre énergie se décide ailleurs, transite ailleurs, et nous revient comme une facture sans négociation.
La crise actuelle expose un modèle à bout de souffle, fondé sur l’importation et l’attente — des flux, des marchés, des accalmies. Une économie qui attend finit toujours par payer. Elle paie en argent, en marge, en souveraineté.
Il faut le dire simplement : le temps des diagnostics s’achève. Celui des décisions commence.
L’énergie est une condition. Et nous vivons dans un pays qui reçoit chaque jour ce que d’autres arrachent à prix d’or. La lumière vient sans contrat, sans détroit, sans escorte. Elle glisse sur nos toits, traverse nos villes, habite nos gestes. Nous vivons sous le soleil, sans vivre avec lui.
Ce décalage tient à notre manière de voir. Nous pensons l’énergie avec les réflexes de la rareté, dans un pays d’abondance. Une facture nous gouverne. Une habitude nous retient. Avant les panneaux et les mégawatts, il faut déplacer le regard. Faire confiance à ce qui est là, constant, disponible, presque banal. Le soleil n’exige ni routes ni escorte. Seulement une décision.
Choisir le solaire, c’est reprendre la main. Desserrer une dépendance et ouvrir un horizon. Dans un monde où l’énergie circule sous contrainte et s’échange contre pouvoir, produire avec la lumière devient un acte politique et stratégique. Une évidence.
Encore faut-il donner forme à cette évidence. Accélérer, simplifier, investir, déployer, diffuser. Transformer les toits, les crêtes et les déserts en surfaces actives. Repenser la STEG, ses missions, ses usages. Mettre l’abondance au travail, et au service du commun.
Alors la facture change de sens. Seulement une offrande au soleil. Une taxe douce versée en gratitude au ciel. Pas une mensualité de pénitence.
Il faut un basculement. Une insurrection solaire. Une nation qui choisit enfin de vivre à hauteur de son climat.
La souveraineté commence par un geste simple : lever les yeux. Et ne plus les baisser.
