On commence à en entendre parler beaucoup plus, surtout après la découverte d’un premier cas positif en France le 11 mai. Mais de quoi s’agit-il au juste, quels sont ses symptômes et quelles sont les précautions à prendre en Tunisie ?
L’hantavirus est de plus en plus cité ces derniers temps, notamment en Europe où il est devenu l’une des préoccupations principales des autorités sanitaires. Ce qui est certain, c’est que l’inquiétude autour de ce virus ne risque pas de faiblir puisque le premier cas positif a été déclaré en France hier lundi 11 mai, en plus des 22 cas français annoncés par la ministre de la Santé. Il s’agit d’une femme qui rentrait en France après une croisière du MV Hondius qui naviguait entre l’Argentine et l’Europe. Et lorsqu’un virus se manifeste en Europe, et surtout en France, les Tunisiens ont toutes les raisons du monde à être attentifs et à être prêts à composer avec d’éventuelles «fuites», ce qui n’est pas le cas, fort heureusement, pour le moment.
Mais, au fait, que connaît-on sur ce virus et est-il réellement redoutable ?
Il faut surtout rappeler que cette famille de virus est en effet bien connue des scientifiques qui l’étudient déjà depuis plusieurs décennies chez les rongeurs, leur animal réservoir.
Les hantavirus peuvent se transmettre à l’être humain par l’intermédiaire de rongeurs sauvages infectés, tels que des souris ou des rats, lesquels excrètent le virus par la salive, l’urine et les excréments. Une morsure, un contact avec ces rongeurs ou leurs déjections, ainsi que l’inhalation de poussière contaminée peuvent alors provoquer une infection.
Toutefois, les cas de transmissions interhumaines par hantavirus sont très faibles, pour ne pas dire quasi nuls, ce qui est réconfortant pour une population mondiale qui a vécu des années difficiles avec l’invasion de la Covid-19 qui a fait des ravages. Le Centre fédéral de contrôle et de prévention des maladies américain (CDC) explique, en effet, que les cas de passage de l’hantavirus des rongeurs, comme les rats ou les souris, à l’homme se traduisent le plus souvent par un syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH).
Pour sa part, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est intervenue pour éclairer la lanterne des populations mondiales : «L’hantavirus peut se transmettre d’une personne à l’autre et entraîner des maladies respiratoires graves ; il nécessite une surveillance attentive des patients, un soutien et une prise en charge appropriés». Pour autant, si le SPH est assez rare, il reste très dangereux : plus d’un cas sur trois est en effet mortel.
Des symptômes semblables à ceux de la grippe
Concrètement, les hantavirus se propagent à l’homme lorsque ce dernier, pour une raison ou pour une autre, est amené à respirer les urines ou les excréments des rongeurs infectés présents dans l’air proche, ou lorsqu’il touche de l’urine, les excréments ou la salive d’un rongeur infecté et qu’il se touche ensuite les yeux, le nez ou la bouche.
L’institut Pasteur, en France, va encore plus loin dans les détails. Selon sa version, le plus souvent, le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH) se manifeste dans un premier temps par des symptômes bénins et semblables à la grippe : fièvre, maux de tête, problèmes intestinaux, toux… Mais il peut rapidement devenir fatal car il n’existe aucun traitement approprié contre cette atteinte. De ce fait, une prise en charge rapide est donc indispensable pour augmenter les chances de survie des malades.
L’Institut précise, également, qu’en Europe, notamment dans le Nord-Est de la France, le principal hantavirus retrouvé est le virus de Puumala, porté par un petit rongeur : le campagnol roussâtre. Le territoire des Hauts-de-France, notamment l’Avesnois et une partie du département du Nord, fait partie des zones françaises historiques d’endémie pour ce virus. L’infection peut provoquer une forme appelée «néphropathie épidémique», associant généralement fièvre, douleurs musculaires, fatigue importante et atteinte rénale transitoire. Dans de rares cas, des formes plus sévères peuvent survenir. Quant aux hantavirus circulant sur le continent américain, ils peuvent entraîner des atteintes pulmonaires graves, parfois responsables de syndromes respiratoires sévères. C’est cette forme qui est impliquée dans les cas récemment signalés à bord du navire de croisière MV Hondius, où plusieurs décès liés à des détresses respiratoires sévères ont été rapportés ces derniers jours. Le virus des Andes, identifié chez plusieurs patients, est l’un des rares hantavirus pour lesquels une transmission interhumaine limitée a déjà été décrite. En Amérique latine, où les infections sont en augmentation, l’OMS a récemment appelé au renforcement de la surveillance épidémiologique de cette maladie, dont certaines formes présentent une létalité élevée. Toutefois, à ce jour, le risque épidémique est considéré par l’OMS comme relativement faible.
Aucun cas de contamination en Tunisie
Les autorités sanitaires tunisiennes sont en train de suivre l’évolution de l’éventuelle avancée de ce virus. A ce propos, Riadh Daghfous, le directeur général du Centre national de pharmacovigilance, a rassuré les Tunisiens, lors d’une intervention médiatique concernant la situation sanitaire dans le pays, affirmant qu’aucun cas de contamination par l’hantavirus n’a été enregistré en Tunisie jusqu’à présent. Il a également affirmé qu’«il n’y a pas lieu de craindre une propagation du virus Hanta en Tunisie». Il a rappelé que ce virus est apparu pour la première fois dans les années 1950 et qu’il comporte plusieurs variants.
Il a également indiqué que les traitements actuellement disponibles permettent uniquement de soulager les symptômes et qu’il n’existe, à ce jour, aucun vaccin efficace reconnu internationalement contre le virus, à l’exception de quelques vaccins développés en Corée du Sud et en Chine, dont l’efficacité reste jugée insuffisante.
Kamel ZAIEM
