Dans un contexte économique intérieur et extérieur difficile, la Tunisie ne manque pas de penser au renforcement des capacités nationales et de l’imagerie satellitaire pour des secteurs clés tels que l’agriculture, la surveillance environnementale et la gestion des ressources. Après un premier essai en 2021 avec Challenge ONE, son premier satellite lancé dans l’espace, la Tunisie compte bientôt lancer dans l’espace son premier satellite gouvernemental souverain qui sera totalement dirigé par les autorités tunisiennes.
La Tunisie poursuit le développement de son premier satellite gouvernemental sous la supervision de l’armée de l’air tunisienne, en partenariat avec une entreprise privée chinoise, marquant une étape importante dans les efforts du pays pour se doter de capacités spatiales souveraines et renforcer son infrastructure technologique à long terme. C’est ce que nous venons de savoir à travers un rapport publié par Space in Africa et repris par le site satelliteprome.com.
Selon des informations recueillies auprès du Centre national de cartographie et de télédétection pour en savoir plus sur ce projet, le satellite sera un CubeSat 6U conçu pour les missions d’observation de la Terre. Ce projet devrait contribuer au renforcement des capacités nationales et à l’utilisation de l’imagerie satellitaire pour des applications stratégiques en lien avec les priorités de développement socio-économique de la Tunisie, notamment la surveillance environnementale, l’agriculture et la gestion des ressources.
Cette initiative témoigne de l’engagement croissant de la Tunisie pour développer des capacités spatiales nationales grâce à des programmes pilotés par le gouvernement, tout en renforçant son expertise technique nationale dans les domaines de l’ingénierie satellitaire, de la télédétection et des applications géospatiales.
Un écosystème spatial national déjà en place
Certes, il s’agit de la première mission satellitaire gouvernementale de la Tunisie, mais le pays a consacré des décennies à jeter les bases d’un écosystème spatial national grâce au développement institutionnel, à la coopération internationale, aux initiatives universitaires et à l’innovation du secteur privé. Ainsi, la Tunisie fut parmi les premières nations d’Afrique et du monde arabe à signer le Traité sur l’espace extra-atmosphérique en 1967, témoignant ainsi d’une reconnaissance précoce de l’importance stratégique de l’exploration spatiale et des activités spatiales pacifiques.
En 1984, la Tunisie a créé la Commission nationale des affaires spatiales sous l’égide du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique afin de coordonner les initiatives spatiales nationales entre les institutions gouvernementales. Cette initiative a été suivie, en 1988, par la création du Centre national de cartographie et de télédétection (CNCT), placé sous l’égide du ministère de la Défense nationale. Depuis, le CNCT joue un rôle central dans le développement des technologies de télédétection, la conduite de recherches scientifiques et la formation spécialisée dans les domaines géospatial et d’observation de la Terre.
Le Centre continue de faire office de secrétariat technique pour la politique spatiale nationale tunisienne, soutenant des études relatives aux ressources naturelles, à la gestion de l’eau, à la réponse aux catastrophes et au développement socio-économique au sens large, tout en représentant la Tunisie au sein des organisations géospatiales et spatiales internationales.
La Tunisie a également renforcé ses capacités grâce à des partenariats internationaux. En 2018, le Centre sino-arabe Beidou a été inauguré à Tunis, fruit d’une coopération entre la Chine et l’Organisation arabe des technologies de l’information et de la communication, devenant ainsi le premier centre à l’étranger pour le système de navigation par satellite chinois Beidou.
En 2019, la Tunisie a signé un accord de coopération avec l’Inde portant sur l’exploration et l’utilisation pacifiques de l’espace extra-atmosphérique, ouvrant des perspectives de collaboration en matière de recherche, d’échange de technologies et de formation technique. Cette nouvelle initiative satellitaire fait suite au lancement historique, en 2021, de Challenge ONE, un nanosatellite 3U développé par Telnet Group pour des applications liées à l’Internet des objets. Bien que le satellite ne soit plus opérationnel, son lancement a marqué une étape importante pour le secteur spatial privé tunisien et a placé le pays parmi les nations africaines de plus en plus nombreuses à disposer de capacités de lancement de satellites.
Avec son premier satellite gouvernemental en cours de développement, fruit de décennies de travail institutionnel, de partenariats internationaux croissants et d’un écosystème technique national en pleine expansion, la Tunisie s’affirme progressivement comme un acteur spatial émergent en Afrique et dans le monde arabe.
Il était temps…
Certes, nous ne pouvons que nous réjouir de cette initiative, mais il faut reconnaître que la Tunisie a mis du temps pour se mettre sur orbite dans un domaine où d’autres pays africains nous devancent à l’heure actuelle.
Depuis quelques années, satellites et programmes spatiaux sont devenus des outils concrets de sécurité, de connectivité et de développement en Afrique. Selon un rapport récent du Centre africain d’études stratégiques (ACFSS), les États africains consacrent environ 500 millions de dollars par an à leurs programmes spatiaux. Un chiffre élevé pour un continent encore confronté à des défis de pauvreté, d’éducation et de santé. Mais derrière ces investissements se cachent des enjeux stratégiques majeurs : souveraineté, résilience et place dans l’économie numérique mondiale. Parmi les leaders du spatial, figurent l’Égypte, l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Maroc, l’Algérie et l’Angola, qui ont tous réalisé des investissements soutenus dans le domaine. Leurs programmes englobent à la fois des satellites scientifiques, d’observation de la Terre et de communication, souvent soutenus par des partenariats internationaux. L’Afrique du Sud collabore même avec la NASA dans le cadre du programme Artemis, qui vise le retour sur la Lune et l’exploration de Mars.
Le continent compte plus de 120 satellites supplémentaires en cours de développement, dont le lancement est prévu d’ici à 2030. L’ACFSS indique qu’à l’heure actuelle, plus de 21 pays africains ont mis en place des programmes spatiaux et 18 ont lancé au moins un satellite. Le continent a lancé un total combiné de 65 satellites (y compris des CubeSats).
Pour la Tunisie, il s’agit de rejoindre ces pays qui ont pris de l’avance, d’autant plus que les compétences ne manquent pas et que les structures de base sont disponibles à condition de savoir motiver le secteur privé pour mettre la main à la pâte et investir dans un domaine qui ne peut être que porteur.
Kamel ZAIEM
