Dans un document publié le 16 mai 2026, le Forum national de l’adaptation aux changements climatiques (FNACC) a dévoilé la nouvelle Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0) de la Tunisie.
«Cette nouvelle feuille de route vise à accélérer l’action climatique du pays et à renforcer sa capacité à faire face aux défis environnementaux et climatiques croissants. Elle s’articule autour de trois grands axes, la transition bas carbone, l’adaptation et la résilience, ainsi que les enjeux transversaux liés à la gouvernance, au financement, à l’innovation et à la mobilisation des différents acteurs», a indiqué le FNACC.
De son côté, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a souligné que ce processus a été conduit sous la coordination du ministère de l’Environnement, avec son appui technique, et se base sur une large mobilisation des acteurs nationaux et régionaux, notamment la société civile, les jeunes et le secteur privé.
Le PNUD a salué la soumission de la CDN 3.0 de la Tunisie, estimant qu’elle reflète «une ambition climatique renforcée», notamment à travers l’objectif de réduire de 62% l’intensité carbone à l’horizon 2035 par rapport à l’année de référence 2010.
Dans ce contexte, il convient de rappeler que les Contributions déterminées au niveau national (CDN) constituent des plans d’action climatique élaborés par chaque pays dans le cadre de l’Accord de Paris.
Selon l’ONU, elles décrivent la manière dont chaque État entend réduire ses émissions de gaz à effet de serre afin de contribuer à l’objectif global de limitation du réchauffement climatique à 1,5°C, tout en renforçant son adaptation aux impacts des changements climatiques. L’Accord de Paris prévoit également que ces contributions soient révisées tous les cinq ans.
Un objectif revu à la hausse
S’agissant de la CDN 3.0, le document souligne que, conformément aux recommandations issues du premier bilan mondial, la Tunisie a revu à la hausse son ambition climatique en renforçant ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) aux horizons 2030 et 2035.
«Ainsi, par rapport à l’année de référence 2010, la Tunisie vise désormais une réduction de l’intensité carbone de son économie de 62% d’ici à 2035», précise le document.
Le document ajoute que les émissions prises en compte couvrent l’ensemble du territoire national, ainsi que tous les secteurs d’émission et d’absorption définis par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), notamment l’énergie, les procédés industriels, les déchets et l’AFAT (Agriculture, Foresterie et Autres Affectations des Terres).
Dans la continuité des précédents engagements climatiques du pays, le document rappelle également que l’année de référence retenue pour la CDN 3.0 demeure 2010, soit la même année utilisée dans la CDN initiale soumise en 2015, ainsi que dans la CDN actualisée présentée en 2021.
En revenant sur la trajectoire historique, le document précise que la CDN initiale de la Tunisie, soumise en 2015, visait une réduction de 41% de l’intensité carbone de l’économie tunisienne à l’horizon 2030 par rapport au niveau de 2010. Cet objectif a ensuite été rehaussé à 45% dans la CDN actualisée.
Des besoins de financement estimés à 55 milliards de dollars
En termes de financement, le document indique que la mise en œuvre de la CDN 3.0 nécessitera une mobilisation financière considérable afin de soutenir les efforts d’atténuation et d’adaptation. «Les besoins sont ainsi estimés à près de 55 milliards de dollars américains sur la période 2026-2035, répartis entre l’atténuation (47%) et l’adaptation (53%)», précise-t-il.
Le document souligne également que les besoins liés au renforcement des capacités, au transfert de technologies et à l’accompagnement des programmes prévus dans le cadre de la CDN 3.0 sont évalués à environ 3 milliards de dollars, dont 1,25 milliard consacrés à l’atténuation et 1,85 milliard à l’adaptation. Ces dépenses représentent près de 6% du volume total des financements nécessaires à la concrétisation des engagements climatiques de la Tunisie.
Priorités et orientations stratégiques
Le document souligne aussi que l’élaboration de cette nouvelle CDN repose sur plusieurs piliers stratégiques visant à renforcer l’efficacité et l’impact de l’action climatique tunisienne.
En premier lieu, l’importance de l’appropriation et de l’implication des différentes parties prenantes, notamment les jeunes et les acteurs territoriaux, considérés comme des leviers essentiels de la transition climatique.
Parallèlement, la CDN 3.0 prévoit un relèvement de l’ambition climatique à travers des politiques et mesures renforcées en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Les engagements couvrant la période 2026-2035 visent ainsi à poser les bases d’un découplage durable entre la croissance économique et l’évolution des émissions de GES.
Le document met également l’accent sur la résilience climatique, avec la fixation d’objectifs quantifiés ambitieux alignés sur l’Objectif mondial d’adaptation (GGA). Cette orientation s’accompagne d’une approche fondée sur la justice climatique, intégrant les impacts des changements climatiques sur les populations les plus vulnérables.
Dans une perspective de long terme, la CDN 3.0 vise également à renforcer les synergies avec les Objectifs de développement durable et la trajectoire de neutralité carbone à l’horizon 2050. Elle prévoit en outre l’amélioration du cadre de transparence afin de garantir une meilleure lisibilité, un suivi rigoureux et une évaluation continue des progrès réalisés.
Par ailleurs, afin d’accélérer la mise en œuvre de cette feuille de route climatique, plusieurs conditions structurantes sont prévues, notamment le renforcement de la gouvernance climatique, l’élaboration d’une première liste d’activités éligibles à la taxonomie climatique pour faciliter la mobilisation des financements publics et privés, ainsi que la programmation pluriannuelle des investissements et l’identification des projets prioritaires.
Nouha MAINSI
