Par Slim BEN YOUSSEF
Il faut considérer ceci : Donald Trump pourrait croire que Cuba lui offrira la victoire facile que l’Iran lui a refusée. Ce serait une erreur monumentale. Après l’échec stratégique de Washington face à Téhéran, l’administration américaine chercherait un trophée de substitution, un pays à exhiber comme preuve de force retrouvée. Cuba, vieille obsession de l’empire, redeviendrait alors la cible idéale : proche, symbolique, haïe par une partie de l’électorat floridien et commode à désigner comme menace.
Mais Cuba n’est pas le Venezuela. Washington aurait pu croire, après Caracas, que les régimes hostiles à son hégémonie impérialiste tombaient comme des fruits mûrs. Il aurait pu confondre infiltration, trahison d’élites et supériorité stratégique. Mais La Havane n’est pas une citadelle de carton que l’on renverse depuis les coulisses de la CIA. C’est une île forgée par un vieux feu guévariste et par soixante ans de blocus, d’humiliations, de pressions, de pénuries et de résistance.
Une société capable de maintenir en vie de vieilles Chevrolet 1957 avec du fil de fer ne s’effondre pas au premier coup de menton de Marco Rubio. C’est l’os trop dur à ronger pour Trump. Le scénario d’un fiasco annoncé.
L’accusation de terrorisme, ressortie comme une vieille pancarte de propagande, servirait surtout à fabriquer le prétexte. Rien de neuf dans la méthode : on criminalise, on isole, on étrangle, puis on prétend intervenir au nom de la sécurité. C’est la grammaire habituelle des guerres impérialistes américaines. La « sécurité » internationale n’est plus qu’un paravent ; l’objectif réel est intérieur. Trump a besoin d’une victoire avant les élections de mi-mandat, d’un coup de force pour masquer les factures de sa défaite iranienne et la crise économique qui s’annonce.
Or c’est précisément là que le piège se referme. Une attaque contre Cuba ne ressouderait pas forcément l’Amérique derrière son président. Elle pourrait au contraire ajouter un fiasco caribéen au revers iranien. En croyant offrir à sa base un spectacle de puissance, Trump risquerait d’ouvrir un front d’usure. Cuba pourrait devenir non pas la cerise sur le gâteau de sa politique étrangère hégémoniste, mais la pierre dans sa chaussure impériale.
C’est une vieille leçon de l’histoire : il suffit d’une petite île, d’un vieux blocus et de la braise révolutionnaire du Che pour rappeler à un empire qu’il n’est pas invincible.
