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Accueil » Troubles musculo-squelettiques d’origine professionnelle : un fléau croissant de la santé au travail 
SANTE vendredi, 26 juin, 2026,09:405 Mins Read

Troubles musculo-squelettiques d’origine professionnelle : un fléau croissant de la santé au travail 

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L’assurance-maladie les classe sous l’acronyme impassible et détaché de «TMS». Les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont pourtant devenus un dangereux fléau de santé publique, qui ronge la santé des travailleurs et menace la productivité de nos entreprises. 

Selon les données de l’Institut de la Santé et de la Sécurité au Travail (ISST), ces troubles qui recouvrent un large ensemble d’affections de l’appareil locomoteur, pouvant être provoquées ou aggravées par l’activité professionnelle, comme le syndrome du canal carpien au poignet, les lombalgies (douleurs dans le bas du dos), les cervicalgies (douleurs au cou) ou encore le syndrome de la coiffe des rotateurs (usure des tendons qui permettent la mobilité et la stabilité de l’épaule), sont la première pathologie professionnelle en Tunisie. En 2021, ils représentaient 79,7% du total des maladies professionnelles déclarées auprès de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM). Plus récemment, les statistiques de la CNAM ont confirmé l’ampleur du phénomène en faisant état de 3.524 cas de maladies professionnelles enregistrés en 2023, marquant une hausse préoccupante de 25,1% par rapport à l’année précédente. 

De l’avis des experts, ces indicateurs statistiques officiels restent largement en dessous de la réalité vécue au sein des entreprises, des administrations et du secteur agricole. «Ces données ne représentent que les cas déclarés, et la réalité est beaucoup plus préoccupante sur le terrain», a souligné l’expert en sécurité sociale Hédi Dahmen dans une déclaration accordée début juin à Express FM.

Selon lui, plusieurs facteurs expliquent cette sous-évaluation chronique. D’une part, les statistiques n’intègrent ni la fonction publique ni l’économie informelle, qui représente près de 40% du produit intérieur brut (PIB). D’autre part, dans le secteur privé, la précarité paralyse les salariés. Par crainte de perdre leur emploi ou face à la lourdeur des procédures administratives d’indemnisation, de nombreux travailleurs préfèrent souffrir en silence et renoncent aux démarches de déclaration des TMS. 

 

L’industrie, l’agriculture et le travail sur écran en première ligne 

Sur le plan sectoriel, les industries caractérisées par des tâches répétitives et des cadences soutenues demeurent les principaux foyers de propagation des TMS. Le secteur du textile, de l’habillement, du cuir et de la chaussure arrive en tête des zones de vulnérabilité. Une étude de l’ISST intitulée «Prévalence des symptômes des troubles musculo-squelettiques et facteurs associés chez les couturières de la région du Cap Bon», menée auprès de plus de 200 ouvrières, a démontré l’impact dévastateur du travail de couture. L’intensité des mouvements répétitifs exécutés tout au long de la journée provoque une dégradation sévère des membres supérieurs. D’après Samia Fehri, chargée de la gestion de l’ISST, cette prévalence élevée s’observe dans l’ensemble du tissu industriel tunisien. Les industries électriques et mécaniques, la fabrication de composants automobiles, ainsi que le secteur du bâtiment & travaux publics (BTP) cumulent les facteurs de risque : manipulation de charges lourdes, postures inconfortables et équipements vieillissants. De même, le monde agricole, particulièrement les travailleurs non déclarés, paie un tribut invisible mais lourd à la pénibilité physique, accentuée par l’absence de suivi médical.

Parallèlement à ces formes traditionnelles, la numérisation accroît la pression des TMS chez les cols blancs. Le travail prolongé devant un écran et l’utilisation intensive des ordinateurs génèrent des TMS d’un genre nouveau, touchant la colonne cervicale et les poignets. Ces affections sont, en effet, favorisées par les mouvements répétitifs dans certaines professions ou, au contraire, par les positions fixes. Ils s’installent le plus souvent de façon progressive après une longue période de sollicitations intensives des parties du corps atteintes. De surcroît, les experts soulignent une interconnexion croissante entre souffrance physique et risques psychosociaux. La pression professionnelle, le stress chronique et le burnout agissent aujourd’hui comme de puissants catalyseurs, aggravant les tensions musculaires.

 

L’impératif de la transition vers une culture de prévention

En matière de gestion de l’explosion de ce genre de maladies professionnelles, le modèle actuel montre ses limites. La législation du travail en vigueur privilégie encore massivement une logique de réparation financière et de gestion des effets des TMS au détriment d’une véritable politique de prévention. En effet, environ 90% des dépenses consacrées aux maladies professionnelles et aux accidents du travail sont orientées vers l’indemnisation, contre à peine 10% dédiées à la prévention. Or, l’investissement préventif coûte nettement moins cher à la collectivité et aux entreprises que la prise en charge des arrêts de travail prolongés et des frais de soins. 

Pour inverser cette tendance, la refonte du cadre juridique s’impose. L’essentiel de la législation encadrant les maladies professionnelles en Tunisie remonte aux années 1994 et 1995. Ce décalage de plus de trente ans rend les textes obsolètes face aux transformations technologiques contemporaines. Il est indispensable de mettre à jour régulièrement les listes officielles des maladies professionnelles pour y intégrer les nouvelles pathologies liées au numérique et à l’épuisement professionnel.

Sur le terrain, les entreprises doivent intégrer l’ergonomie au cœur de leur gouvernance opérationnelle. La mise en place d’études ergonomiques participatives, soutenues par l’ISST, permet d’adaptation des postes de travail aux capacités réelles des employés, de moderniser les outils et de réorganiser les rythmes de travail afin de préserver la santé et la productivité. Le renforcement de la médecine du travail, des inspections et des commissions de santé et de sécurité professionnelle est également capital pour accompagner les employeurs. D’autant plus que la multiplication des TMS engendre des coûts directs colossaux qui pèsent sur les entreprises et menacent la viabilité financière de nos caisses de sécurité sociale.

Walid KHEFIFI 

 

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