Par Kamel ZAIEM
Ce qui a été annoncé au cours du CMR tenu samedi dernier à propos de la transformation numérique est d’une importance capitale. La Cheffe du gouvernement a rappelé qu’il s’agit, là, d’un pilier essentiel de la vision nationale de développement, un levier de réforme administrative et économique et un outil de transparence, de lutte contre la corruption et de réduction des disparités régionales, conformément aux orientations du Président de la République, Kaïs Saïed.
Le Conseil ministériel restreint (CMR) tenu samedi dernier sous la présidence de la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, a ouvert grandes les portes d’une transformation numérique fort attendue et devenue nécessaire pour mieux aborder l’avenir.
La Cheffe du gouvernement, soucieuse de mettre en application les recommandations du Président de la République qui a souvent appelé à accorder une priorité absolue à ce secteur vital, a profité de ce CMR pour faire le point sur 114 projets de transformation numérique actuellement en cours de réalisation, dont certains ont dépassé les 90% d’avancement, et a surtout annoncé le lancement imminent de l’application mobile «Khadamet», destinée à offrir plus de 40 services administratifs en ligne.
Ce Conseil a été l’occasion de réaffirmer, conformément aux directives du Président de la République, le rôle central de la numérisation dans la modernisation de l’administration, la lutte contre la corruption, le renforcement de la transparence et la réduction des disparités régionales.
Parmi les réalisations du premier semestre 2026 figurent la Plateforme nationale de l’investisseur, la digitalisation intégrale des transactions du Registre national des entreprises, le renouvellement à distance du passeport pour les Tunisiens à l’étranger, la généralisation du timbre fiscal électronique, et l’ouverture de 34 maisons de services digitales réparties dans 21 gouvernorats.
Concernant ce dernier point, il y a lieu d’évoquer le déploiement de centres numériques pour rapprocher les services publics des citoyens, en particulier dans les régions où l’accès administratif devient quasiment vital. Ce dispositif doit bénéficier à près de 900.000 personnes, selon les objectifs présentés par la présidence du gouvernement. Il cible en priorité les usagers peu familiers des outils digitaux, avec l’ambition de faciliter l’accès aux démarches administratives, d’élargir l’usage du paiement électronique et de réduire les écarts entre les zones côtières et les régions intérieures.
Il y a lieu de rappeler que parmi les 114 projets actuellement en cours d’exécution, certains affichent un taux de réalisation supérieur à 90%. Et là, tout y passe puisque ces chantiers couvrent notamment la demande d’attestation de résidence à distance, le renouvellement du permis de conduire en ligne, la généralisation du passeport à distance, ainsi que la demande à distance de la carte d’identité nationale et du permis de conduire. S’y ajoutent le registre de l’Identifiant national de santé et la modernisation des systèmes d’information de la Douane et de la CNAM.
«Khadamet», une application fort prometteuse
Le lancement prochain de l’application «Khadamet» constitue l’une des principales nouveautés annoncées. Accessible via l’identité numérique (Mobile ID), elle permettra aux citoyens d’effectuer leurs démarches administratives et de régler leurs frais par paiement électronique, notamment par cartes bancaires, postales ou portefeuilles virtuels.
Le gouvernement a également mis en place la demande en ligne d’actes d’état civil traduits et la patente en ligne, ainsi que la plateforme «Taâmir» pour les permis de bâtir, le portail unique de la vie scolaire, le portail administratif khadamet.gov.tn et les services de l’«Hôpital numérique».
Le Conseil s’est également penché sur les infrastructures télécoms, avec la généralisation de la fibre optique, la couverture des zones non desservies et le renforcement de la connectivité internationale. Volet inclusion financière, l’accent a été mis sur la promotion des portefeuilles électroniques et l’incitation des opérateurs télécoms à investir dans le secteur de la fintech, tandis que la stratégie nationale de cybersécurité poursuit son déploiement.
A ce propos, Sarra Zaâfrani Zenzri a insisté sur la nécessité d’accompagner le développement de l’intelligence artificielle d’une anticipation des risques qui lui sont associés, dans une logique de souveraineté numérique et de sécurisation de l’espace cybernétique.
D’ailleurs, le ministre des Technologies de la Communication n’a pas manqué de présenter, à cette occasion, les grandes lignes de la Stratégie nationale d’intelligence artificielle 2026-2030, destinée à encadrer le développement de l’IA dans le respect de la vie privée et de la souveraineté nationale. Il a rappelé que la Tunisie mise sur sa 29ᵉ place mondiale en publications scientifiques sur l’IA, ses compétences académiques, son cadre juridique pionnier avec le Startup Act, ainsi que sa position géographique stratégique entre l’Europe, l’Afrique et le monde arabe, pour s’imposer comme un hub régional de l’exportation de solutions numériques.
L’éducation, pour sa part, aura bien une part importante dans ces énormes projets. Le portail unifié de la vie scolaire a été lancé afin de regrouper les services destinés aux élèves, aux parents ainsi qu’aux cadres pédagogiques et administratifs relevant du ministère de l’Éducation.
Plusieurs plateformes sectorielles ont aussi été développées, notamment pour l’enregistrement des exportateurs étrangers, la numérisation des procédures d’autorisation relatives au domaine public hydraulique, la mise à disposition de données en temps réel sur les systèmes hydrauliques et la commercialisation des produits des femmes et des jeunes filles en milieu rural.
Le chantier de la transformation numérique ne se limite toutefois pas aux démarches administratives. Plusieurs programmes portent sur les infrastructures de télécommunications, avec la généralisation du réseau de fibre optique, la connexion des zones encore dépourvues de couverture et le renforcement de la connectivité internationale à internet à travers les câbles sous-marins.
Des services relevant de «l’hôpital numérique» ont, en outre, été lancés afin de proposer des prestations de santé supplémentaires en ligne.
Plus qu’une simple numérisation
En clôture des travaux du Conseil, la Cheffe du gouvernement a insisté sur la nécessité d’améliorer la gouvernance de la mise en œuvre des projets en renforçant les mécanismes de suivi précis et en liant leur réalisation à des résultats concrets.
Elle a également souligné l’importance d’une meilleure coordination entre l’ensemble des structures publiques et de l’accélération du rythme de réalisation des projets structurants, en accordant une priorité absolue à ceux ayant un impact direct sur les citoyens, tout en garantissant la durabilité, l’intégration et la sécurité des solutions numériques.
Sarra Zaâfrani Zenzri a enfin affirmé que la transformation numérique constitue un processus national stratégique qui dépasse la simple numérisation des procédures pour englober une véritable réingénierie des processus administratifs, afin de consacrer les fondements d’une administration moderne, de soutenir une économie numérique compétitive et de renforcer la justice sociale, conformément à la vision du président de la République, Kaïs Saïed.
Ce que la Cheffe du gouvernement révèle et ce que contient le bouquet de projets sur la transformation numérique ne sont point anodins puisqu’il s’agit d’une réalité de plus en plus évidente dans le quotidien du citoyen tunisien. Pour preuve, ce que vient de révéler une enquête nationale sur l’utilisation d’Internet et les compétences numériques 2026, publiée par l’Observatoire de l’Instance nationale des télécommunications (INT).
L’enquête fait également état d’un recours croissant aux services d’administration électronique (e-gouvernement). En effet, 26,5% des internautes déclarent utiliser les plateformes et services publics numérisés, ce qui témoigne d’un potentiel important pour accélérer la transformation numérique de l’administration publique et simplifier les démarches administratives des citoyens.
Enfin, l’un des principaux enseignements de l’enquête 2026 réside dans l’adoption rapide des technologies émergentes par les utilisateurs tunisiens. Les résultats montrent que 47,9% des internautes utilisent des applications et des outils basés sur l’intelligence artificielle (IA), illustrant ainsi la rapidité avec laquelle les Tunisiens s’adaptent aux mutations numériques mondiales et développent les compétences nécessaires aux métiers et usages de demain.
Passage rapide à l’action
Dans ce même chapitre des chantiers actuellement ouverts pour la réalisation de tous ces projets, il faut rappeler que la Tunisie a présenté, lors de la récente réunion ministérielle du Forum du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), à Genève, une vision nationale de la transition numérique inscrite dans son plan de développement 2026-2030, faisant des technologies numériques et de l’intelligence artificielle (IA) des leviers de croissance, d’innovation et d’attractivité pour les investissements. Intervenant lors cette réunion, Sofiène Hemissi, le ministre des Technologies de la communication, a indiqué que cette stratégie repose sur le renforcement des infrastructures numériques, la généralisation de la digitalisation des services publics et l’amélioration du climat des affaires, selon un communiqué de son département.
Concernant l’intelligence artificielle, Hemissi a affirmé que la stratégie nationale s’appuie sur plusieurs principes, notamment la primauté de l’humain, la préservation de la souveraineté nationale et des données, ainsi que le respect des valeurs éthiques, culturelles et sociales.
C’est dire que ce qui a été révélé lors du CMR de samedi dernier n’est qu’un rapide et louable passage à l’acte décidé par le gouvernement pour tenir ses promesses et pour faire avancer tous ces projets qui ont, on ne peut s’en douter, un impact direct et positif sur la vie quotidienne du citoyen tunisien.
Kamel ZAIEM
