En Tunisie, les citoyens sont-ils contents des prestations sanitaires disponibles et de l’accès à des soins médicaux appropriés et suffisants ? D’après les statistiques, le secteur vit d’importants progrès, mais des défaillances continuent à subsister et à empêcher certains de jouir d’un suivi médical complet. De même, l’OMS appelle les gouvernements à soutenir la science pour développer la santé publique. Est-ce le cas dans notre pays ?
Pour dire vrai, il y a lieu de rappeler qu’en Tunisie, l’évolution du système sanitaire au cours des dernières décennies a été marquée par des avancées notables, se traduisant par une augmentation du nombre de structures de santé. Le nombre de centres de soins de santé de base est passé de 1.730 en 1994 à 2.231 en 2025, tandis que le nombre de cliniques privées est passé de 82 en 2013 à plus de 130 en 2025, et celui des services d’urgence de 183 en 2014 à une estimation de près de 200 en 2025, selon les récentes statistiques. Le gouvernement a également commencé par améliorer les conditions de travail des professionnels de santé et réformer le financement du système.
En parallèle, le système est confronté à des défis majeurs tels que les inégalités d’accès entre les zones urbaines et rurales, un manque de personnel qualifié, la dégradation des infrastructures et un financement insuffisant, selon la même étude.
D’ailleurs, selon les résultats de la plus récente enquête d’Afrobaromètre, près de la moitié des Tunisiens déclarent avoir eu recours à un établissement de santé publique au cours des 12 derniers mois, une augmentation notable depuis 2020. Cependant, de nombreux défis subsistent pour accéder aux soins médicaux, y compris les longs temps d’attente, le manque de médicaments, les infrastructures défaillantes, l’absence de personnel médical et le coût élevé des soins.
Pour ce qui est de l’accès à une couverture maladie, la plupart des Tunisiens déclarent en posséder, principalement via un service d’assurance national ou public. La grande majorité des citoyens dit s’inquiéter de ne pas pouvoir obtenir ou se payer des soins médicaux en cas de besoin, et soutient l’accès universel aux soins de santé, même si cela nécessite une augmentation des impôts.
Enfin, près de la moitié des citoyens déclarent faire confiance au ministère de la Santé, mais une proportion moindre exige une amélioration des services de santé de base.
Appel de l’OMS à miser sur la science pour développer la santé
Pour sa part, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) incite les gouvernements à soutenir la science pour développer la santé publique. Ainsi, tous les pays vont devoir adhérer à la campagne internationale initiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour un avenir plus sain et plus sûr pour tous. C’est l’objectif primordial annoncé à l’occasion de la célébration, au mois d’avril 2026, de la Journée mondiale de la santé, un évènement qui a pour thème cette année «Unissons-nous pour la santé, soutenons la science».
La campagne va durer un an et impliquera la mobilisation des pouvoirs publics, des scientifiques, des professionnels de santé et du grand public dans tous les pays, autour de trois objectifs globaux consistant à soutenir la science, restaurer la confiance dans la santé publique et promouvoir des solutions technologiques répondant aux priorités sanitaires.
A la même occasion, des organisations de la société civile en Tunisie ont émis un communiqué par lequel elles appellent le gouvernement à changer son approche en ce qui concerne la gestion du domaine de la santé publique et à engager un dialogue transparent et sérieux avec tous les acteurs de la société civile, impliqués dans le secteur conformément aux engagements de l’Etat tunisien vis-à-vis des résolutions de l’Assemblée Mondiale de la Santé tenue au mois de mai 2024. Cet appel vient confirmer que malgré le fait que l’accès à la santé soit un droit constitutionnel, le quart de la population tunisienne ne bénéficie toujours pas d’une couverture des services de santé essentiels.
Cette assemblée a notamment incité les gouvernements à garantir une participation active de la société civile dans la prise de décision, la conception des programmes et la gouvernance du système de la santé.
Les exigences de la société civile
Est-ce le cas de la Tunisie ? Les organisations signataires dudit communiqué, en l’occurrence l’Association tunisienne de défense du droit à la santé (ATDDS), le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES), l’Association tunisienne de défense des droits de l’enfant (ATDDE) et la Voix de l’Enfant, estiment en effet que de multiples mesures annoncées par les pouvoirs publics au cours de ces dernières années et qui sont destinées à garantir le droit à la santé et à la couverture sanitaire équitable à tous les Tunisiens comme le stipule la constitution, tardent à se traduire en actes.
D’ailleurs, selon ces mêmes associations, la célébration de la Journée mondiale de la santé intervient cette année dans un contexte marqué par la dégradation du système de la santé publique en Tunisie. Elles considèrent qu’une grande partie de la population continue à souffrir et trouve de grandes difficultés à accéder à des soins de qualité.
Et de rappeler le diagnostic fait en décembre 2025 à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la couverture santé universelle, et qui a mis en lumière le manque flagrant de personnels de santé, la pénurie de médicaments et l’insuffisance des équipements médicaux qui nuisent à la fiabilité des diagnostics et empêchent souvent la prescription des traitements adéquats.
Face à cette situation, les associations signataires du communiqué invitent toutes les parties impliquées dans le domaine de la santé dans notre pays, à coordonner leurs efforts pour l’élaboration d’une feuille de route en vue d’atteindre la couverture santé universelle (CSU) en Tunisie.
Cette couverture exige une bonne gouvernance, des structures de financement justes et durables, des personnels de santé disponibles et accessibles en nombre suffisant, des systèmes solides d’achat et d’approvisionnement en médicaments et technologies de santé, ainsi qu’un bon fonctionnement des systèmes d’information sanitaire.
Tout un chantier en perspective. L’Etat tunisien en est conscient et doit s’ouvrir à toutes les parties prenantes pour prendre les meilleures décisions. La volonté y est et le secteur, malgré les limites des ressources financières, est capable d’atteindre ses ambitieux objectifs pour peu que le travail collégial soit la règle principale dans la prise de décision.
Kamel ZAIEM
