A Testour, la grenade est considérée comme un fruit précieux depuis les temps les plus éloignés de l’histoire de cette cité. D’anciens agriculteurs s’adonnent à sa production en développant de nouvelles variétés. Dans cette ville fondée par les Maures venus d’Espagne au XVIIe siècle, plusieurs citoyens ont gardé l’habitude de s’y rendre pour déguster ces grenades aux grains rouges. A cette occasion, la ville accueille du 27 octobre au 1er novembre 2026 la dixième édition du Festival de la Grenade. Un rendez-vous devenu incontournable, qui vise à valoriser ce fruit emblématique et à accompagner les démarches engagées pour l’obtention du label d’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC).
A l’entrée de la ville de Testour, tous les étals de fruits proposent des grenades, fruit de saison. Les prix varient entre 1 et 2 dinars, suivant un critère unique : le calibre. La qualité ? Le refrain habituel. Chaque commerçant approché jure à tous ses saints que c’est ce qu’il y a de mieux, sans plus. Pas de nom de la variété, encore moins l’origine du produit. Plusieurs citoyens ont gardé l’habitude de s’y rendre pour déguster ces grenades. Les grenadiers s’étalent sur une superficie de 1.300 hectares à Testour sur un total de 12 mille hectares répartis sur les différentes régions de la Tunisie. La délégation de Testour produit 20% de la production nationale de la grenade, soit une production annuelle de 18 mille tonnes. Un programme a été mis en place pour assister les producteurs en matière de protection de la production. Pour faire fructifier économiquement la culture de la grenade, plusieurs agriculteurs plaident toutefois pour la création d’un «label» unique, d’autres parlent d’«Appellation d’origine», jugeant le grand nombre de variétés locales contreproductif.
Transformer la récolte en retombées économiques durables
Cinq agriculteurs de Testour commencent à exporter une quantité de grenades biologiques transformées vers l’Union européenne après l’obtention du label «Ecocert». La certification «Ecocert» de 50 hectares de culture du grenadier à Testour permettra de valoriser l’exportation de ce fruit vers les pays européens. L’exportation de la grenade transformée sous forme de jus ou confiture biologique donnera une plus-value au produit agricole et ouvrira de nouvelles perspectives en incitant les agriculteurs à adopter le modèle de l’agriculture biologique qui est de plus en plus demandée dans le marché national et international.
Pour valoriser cette culture, l’Association de sauvegarde de la ville de Testour (ASVT) en collaboration avec le bureau local de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP) et le Commissariat régional du développement agricole de Béja (CRDA), a concocté un programme culturel riche et varié. Ce festival est un moment fort pour les Testouriens et l’occasion rêvée de faire la fête. ll y a des événements culturels, des expositions de grenades, de l’animation de rue, de la danse et des feux d’artifice dans un programme complet de 4 jours. Pour célébrer ce temps fort, il suffit de visiter une propriété agricole et, le temps d’une journée, de se glisser dans la peau d’un fellah. La récolte est en effet le moment idéal pour découvrir ce métier et les secrets de son savoir-faire. L’enjeu ne se limite donc pas à la quantité récoltée. Si les conditions climatiques de cette saison laissent espérer une campagne favorable, la consolidation de la filière dépendra aussi de sa capacité à mieux valoriser les fruits, à renforcer l’encadrement des producteurs et à structurer les débouchés commerciaux. Autant de leviers pour transformer cette récolte prometteuse en retombées économiques durables pour les agriculteurs et le territoire.
Kamel BOUAOUINA
