Des médecins et des chercheurs ont appelé, vendredi, à intensifier les recherches scientifiques nationales sur le trouble du spectre de l’autisme (TSA), afin de mieux comprendre ses spécificités, d’en identifier les facteurs et de développer les mécanismes de son diagnostic et de sa prise en charge.
Lors d’un colloque tuniso-français organisé par le département des sciences de l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts « Beït al-Hikma », en collaboration avec l’Association des amis du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Razi, l’Association tunisienne de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et l’association française « Prisme Autisme », les intervenants ont souligné l’importance de disposer de données scientifiques nationales précises sur le trouble du spectre de l’autisme (TSA), compte tenu de la diversité de ses caractéristiques et de ses signes.
Selon eux, cela permettrait de développer des interventions adaptées aux besoins des personnes présentant un trouble du spectre de l’autisme et de leurs familles, et fondées sur des données scientifiques probantes.
S’exprimant à cette occasion, la spécialiste en génétique, Dr Habiba Mohamed Chaabouni, a affirmé que la grande diversité génétique des populations africaines, conjuguée à la prévalence élevée des mariages consanguins dans plusieurs sociétés arabes, souligne la nécessité de mener des recherches génétiques à l’échelle régionale, notamment en Tunisie, afin de mieux comprendre les caractéristiques génétiques associées au trouble du spectre de l’autisme (TSA) et les facteurs susceptibles de contribuer à son apparition.
Selon elle, les recherches menées en Tunisie portent davantage sur les enfants atteints de troubles du spectre de l’autisme (TSA), au détriment des adultes, qui ne bénéficient pas d’une attention scientifique suffisante, alors que certains n’ont pas été diagnostiqués durant leur enfance et peuvent ainsi rencontrer des difficultés dans leur vie quotidienne, parfois mal interprétées ou confondues avec d’autres troubles psychiques ou mentaux.
À cet égard, elle a appelé à élargir le champ de la recherche et du diagnostic afin de couvrir les différentes tranches d’âge, ainsi qu’à mettre en place des politiques favorisant l’inclusion des adultes présentant un trouble du spectre de l’autisme dans la société et le marché du travail, en tenant compte de leurs capacités, de leurs besoins et du niveau d’accompagnement nécessaire à chaque situation.
Étude des facteurs environnementaux et de l’impact des polluants sur le développement neurologique
Pour sa part, l’experte auprès des Nations unies dans le domaine des polluants environnementaux, Amal Hamza Chafai, a souligné que les recherches sur le trouble du spectre de l’autisme (TSA) ne devraient pas se limiter à la dimension génétique, mais devraient également englober les facteurs environnementaux et l’impact de l’exposition aux polluants sur le développement neurologique, notamment durant la grossesse.
Elle a évoqué certains polluants, notamment les métaux lourds tels que le mercure et le plomb, ainsi que les polluants organiques, qui peuvent s’accumuler dans certaines espèces marines, en particulier les mollusques et les poissons de grande taille, dans les zones maritimes polluées.
À cet égard, elle a souligné la nécessité de mener des recherches de terrain approfondies afin d’explorer un éventuel lien entre l’exposition à ces substances et le trouble du spectre de l’autisme (TSA). Leur transmission le long de la chaîne alimentaire rend d’autant plus nécessaire l’évaluation des niveaux d’exposition à ces contaminants et de leurs éventuelles répercussions sur la santé de la mère et du fœtus.
Dans ce contexte, elle a déploré le manque d’études et de recherches menées en Tunisie dans ce domaine, malgré l’existence de laboratoires et de compétences scientifiques nationales capables de les réaliser. Elle a, par ailleurs, appelé à renforcer le contrôle des sources de pollution et des rejets industriels, ainsi qu’à veiller à l’application effective de la législation en vigueur.
Des politiques nationales inclusives pour garantir une prise en charge adaptée
De son côté, la professeure en pédopsychiatrie à l’hôpital Razi, Zeineb Abbes, a fait état de plusieurs initiatives et travaux de recherche menés en Tunisie pour mieux comprendre le trouble du spectre de l’autisme (TSA), améliorer les conditions de prise en charge des personnes diagnostiquées et renforcer leur inclusion.
Cependant, a-t-elle dit, ces efforts demeurent insuffisants et nécessitent davantage d’approfondissement et de continuité, ainsi que l’élaboration de politiques nationales plus claires et plus inclusives.
Elle a également souligné que le défi ne consiste pas uniquement à intégrer les enfants présentant un TSA dans les établissements scolaires ou à leur garantir des places au sein de ces structures, mais aussi à leur garantir un environnement adapté à leurs spécificités, favorisant leurs interactions et créant un véritable sentiment d’appartenance à leur milieu. Pour ce faire, elle a plaidé en faveur de l’accompagnement psychologique, sociale et éducatif de l’enfant autiste et de l’aménagement des espaces qu’il fréquente, notamment, les jardins d’enfants, en adaptant leur architecture, leurs infrastructures et leurs équipements à leurs besoins.
En somme, elle a appelé à passer d’initiatives dispersées à une vision nationale intégrée, qui considère l’enfant présentant un trouble du spectre de l’autisme comme un individu à part entière, doté de droits, de potentialités et de capacités qu’il convient de reconnaître et de développer, plutôt que comme une simple personne nécessitant une prise en charge.
(D’après Tap)
