La formule « La Mosaïque célèbre la harissa » résonne comme une magnifique métaphore de l’identité tunisienne. Elle tisse un pont entre deux grands patrimoines du pays : :L’art de la mosaïque, héritage historique d’une immensité artistique ancrée dans la terre tunisienne (de Carthage à El Jem) et l’ harissa, ce condiment national à base de piments, de piquant et de soleil, élevé au rang de patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.Quand les créateurs et les artisans s’emparent de symboles du terroir comme la harissa . C’est toute la richesse d’un patrimoine vivant qui se recompose pièce par pièce.
A Dar Nbeul,les marteaux de taillant résonnent comme un rythme immuable. Ici, la pierre et la pte de verre dialoguent avec l’histoire. Mais aujourd’hui, c’est un autre patrimoine, aussi vibrant que le piment séché au soleil, qui s’invite sur les tables de travail : l’harissa. Entre éclats de marbre rouge, de calcaire blanc et de schiste noir, les maîtres mosaïstes immortalisent l’emblème culinaire national, élevant le condiment au rang d’œuvre d’art pérenne.. Il suffit de voir de près ces artistes en train de composer des tableaux par touches successives. Ces mosaïstes ont un rapport brut à l’harissa, de défaire pour refaire, de répéter ce même geste sûr pour placer la tesselle à sa juste place, jusqu’au moment perceptible et unique où ils délivrent une composition définitivement aboutie. Fruit d’un long processus de création où ils ont le don de marier de façon inattendue des matières minérales et organiques entre elles, ils possèdent cette patience et cette force intérieure pour révéler le beau, l’harmonie, cette finesse si rare qui n’est pas livrée au premier coup d’œil et qui trouve sa puissance dans les détails de l’œuvre.
Quand la pierre et le piment s’embrasent : La Mosaïque célèbre la harissa
Au-delà de la simple figuration, cette synergie artistique insuffle une dynamique nouvelle au secteur. Les tables en mosaïque incrustées de motifs d’harissa, les tableaux séduisent les visiteurs en quête d’authenticité et de design.Ce pont jeté entre l’artisanat d’art et l’agroalimentaire crée une vitrine culturelle puissante lors des foires et expositions internationales. Les jeunes mosaïstes voient dans ces créations thématiques un moyen moderne d’exprimer leur attachement au patrimoine tunisien tout en répondant aux tendances du marché de la décoration. Lotfi a déjà su se tailler une place de choix dans le paysage culturel d’ici. Sa spécialité? La mosaïque, une technique basée sur l’assemblage de fragments d’assiettes.Soigneusement taillés et agencés, les éclats d’assiettes qu’il récupère lui servent à créer un verger de piments d’une grande intensité. Hend s’adonne à la mosaïque depuis des années. Son style, si particulier, est le fruit des nombreuses années de formation, de réflexion et de pratique.Confectionnées à partir d’un mélange de matériaux bruts, ses œuvres témoignent du rapport étroit qu’elle entretient avec la nature, et d’un amour profond des contrastes. Takoua et Radhi créent de splendides œuvres dans lesquelles l’harissa occupe souvent une grande place. Ils aiment partager leur passion avec les autres. . Une façon pour eux de rendre l’art accessible au plus grand nombre.
En transformant le condiment quotidien en tableau d’art intemporel, les mosaïstes de Nabeul rappellent comme l’a souligné le directeur du festival de l’harissa Samir Kerkeni que le patrimoine tunisien est un tout organique. Par la magie de la pierre et de la couleur, l’harissa quitte les assiettes pour s’ancrer pour les siècles des siècles dans la pierre de nos murs, témoignant d’un art de vivre généreux, résilient et résolument ancré dans la beauté.
Kamel Bouaouina
Photos Rached Berrazagua





