Par Slim BEN YOUSSEF
Redresser Tunisair est une responsabilité nationale. Une décision qui engage le temps long, l’image du pays et sa capacité à se déplacer dans le monde. Une compagnie aérienne nationale transporte des passagers, mais aussi une réputation, une trajectoire, parfois une signature — un miroir culturel de la nation. L’appareil trace une ligne de souveraineté dans le ciel.
La décennie Ennahdha a laissé à Tunisair l’héritage d’un chaos organisé : recrutements sans fonction, déficits chroniques, décisions sans horizon. La compagnie a payé le prix fort d’une gouvernance qui confondait gestion publique et gestion d’un butin. Le coût réel ne se lit pas seulement en milliards de dinars engloutis, mais en avions restés à l’état de projets, en hubs jamais modernisés, en opportunités logistiques laissées au sol.
L’argent dilapidé a aussi consommé du temps. Or le temps, à l’échelle d’une nation, est une ressource qui ne se refinance pas.
À l’international, le secteur aérien a avancé. Vite. Sans attendre. Digitalisation, automatisation, e-commerce, intelligence artificielle appliquée à la maintenance et aux flux pressés. Le ciel s’est densifié, les standards se sont durcis, les marges se sont déplacées. Une compagnie qui demeure immobile finit toujours par voler à vide, à ne plus porter que son propre poids.
Le redressement de Tunisair passe par une transformation complète. Infrastructures, outils numériques, formation des équipes, réforme du personnel navigant et au sol. Une remise à niveau méthodique, sans fétichisme technologique. Le passager et la cargaison, le service et la donnée, le comptoir et l’algorithme. Une même chaîne, la même rigueur.
L’Afrique offre un horizon concret. La Tunisie dispose d’un ancrage qui attend d’être pris au sérieux. Entre Europe et continent africain, un hub crédible reste à portée, au prix d’une expansion organisée et d’une stratégie assumée. Un carrefour se gagne dans le temps : la géographie offre, la constance décide.
Tunisair est un ambassadeur silencieux. La revitaliser coûtera cher, en argent et en rigueur. Elle exigera surtout de rompre avec les pratiques anciennes. Faute de réforme audacieuse, de gouvernance claire et de vision durable, toute relance retombera dans l’habitude.
Maîtriser sa mobilité, c’est maîtriser une part de son destin. Le reste appartient aux vents contraires.
