Le Président de la République, Kaïs Saïed, a évoqué, a tenu une séance de travail avant-hier en présence de la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, des ministres des Finances, Michket Slama Khaldi, de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh et des Affaires sociales, Issam Lahmar. Au cours de cette réunion, le Chef de l’Etat a insisté sur l’application des dispositions de l’article 15 de la loi de Finances 2026, qui prévoit des majorations salariales dans les secteurs public et privé au titre des années 2026, 2027 et 2028 ainsi qu’une revalorisation des pensions de retraite.
Cette annonce intervient dans un contexte international difficile marqué par un conflit sanglant au Moyen-Orient, avec des répercussions très néfastes sur les cours des produits énergétiques et des denrées alimentaires, ainsi que des perturbations des chaînes d’approvisionnement et un renchérissement des coûts du transport maritime partout dans le monde.
Alors que le pouvoir d’achat des ménages s’est gravement détérioré ces dernières années sous l’effet d’une envolée de l’inflation, les augmentations prévues devraient se baser sur des arbitrages difficiles entre les aspirations des citoyens à une vie décente et les équilibres budgétaires fragiles.
Selon des sources proches de la présidence du gouvernement, des augmentations salariales unifiées de 6% devraient faire l’objet d’un décret qui sera promulgué d’ici le 1er mai prochain, date de la célébration de la fête internationale du Travail. Ce taux prend en compte à la fois les besoins de compensation de la baisse du pouvoir d’achat et les capacités financières limitées de l’État.
La dernière majoration des salaires au profit des agents de l’Etat, des collectivités locales et des établissements publics à caractère administratif a été versée au titre des années 2023, 2024 et 2025. Elle a varié entre 65 dinars par an pour les catégories C et D et 100 dinars pour la catégorie A. Dans le secteur privé, un accord avait été alors trouvé entre l’Union générale tunisienne du travail (UTGTT) et l’Union tunisienne de l’industrie du commerce et de l’artisanat (UTICA) sur des augmentations salariales de 6,75%.
Suspension du dialogue social dans le secteur privé
Cette année, l’Exécutif a choisi pour la première fois depuis plusieurs décennies d’accorder des majorations des salaires dans les secteurs public et privé sans passer par des négociations collectives entre les partenaires sociaux.
La politique contractuelle mise en œuvre en 1973 prévoit des négociations collectives entre le gouvernement, l’UGTT et l’UTIA, plus particulièrement en ce qui concerne la répartition des fruits de la croissance entre les détenteurs de capitaux et les travailleurs. La négociation collective, qui constitue l’instrument essentiel du dialogue social, était jusque-là bien enracinée dans le système de gestion des relations professionnelles.
Pour rappel, un nouveau round de négociations sociales dans le secteur privé entamé en mai 2025 avait calé d’entrée, en raison d’un désaccord entre l’UGTT et l’UTICA sur les modalités de ces pourparlers bipartites. Une séance de travail tenue le 23 mai dernier entre des délégations de représentants des deux organisations, sous l’égide du ministre des Affaires sociales Issam Lahmar, a tourné court, suite à l’attachement des patrons à des négociations centralisées, qui aboutiraient à des majorations salariales unifiées couvrant l’ensemble des secteurs d’activité économique, selon le procès-verbal de la réunion rendu public par l’UGTT. La centrale syndicale s’est, quant à elle, attachée à des négociations au niveau sectoriel pour prendre en considération les spécificités de chaque secteur d’activité en ce qui concerne les taux des augmentations salariales. Au regard de ces divergences des points de vue, les deux organisations sont convenues de reporter la séance de travail à une date ultérieure, d’après la centrale syndicale. Aucun contact entre les deux organisations n’a eu lieu depuis.
L’UGTT a d’autre part appelé à plusieurs reprises au lancement d’un nouveau round de négociations sociales dans le secteur public, pour limiter la détérioration du pouvoir d’achat des fonctionnaires, des employés des entreprises publiques. Ses sollicitations sont cependant restées lettre morte.
Walid KHEFIFI
